Pat's Blog


LITTERATURE ET CHRONIQUES URBAINES


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 >

lundi 30 juin 2008

Quelques nouveaux mots pour l'été (Néologismes de copies du bac français 2008)



Pause estivale pour ce blog qui mine de rien fête ses deux ans...

Programme de l'été : lecture de classiques (Madame Bovary, Moby Dick...), de pavés contemporains (Gass, Vollmann...), 15 jours en Californie (s'il reste quelques arbres) et 10 jours en Sicile... Sans compter l'écriture, évidemment, avec plusieurs projets que j'entame ou que je poursuis.

En attendant de vous retrouver en Septembre, quelques jolis néologismes des copies toutes fraîches du Bac de Français 2008 :

1) "Bouvard et Pécuchet mènent ennuyeusement leur vie..."

2) "Cette phrase démontre la passabilité de cette femme face aux nouvelles tendances des villes..."

3) "Nous montrerons l'importance de l'aspect échapatoir de la réalité dans un roman..."

4) "Bouvard et Pécuchet veulent recommencer ailleurs une vie ambitieuse et prospérante..."

mercredi 25 juin 2008

Les réponses un peu fausses (Avant-goût des perles du Bac de français 2008)



(Clip : premier extrait, faiblard, du tout dernier album des N.E.R.D, le groupe de Pharrell Williams, Seeing Sounds, album d'électro-funk par ailleurs plutôt bon, voire excellent, à déguster pour l'été qui vient...)

1) Perle 2007 racontée par un prof pendant une réunion de préparation de l'oral du bac 2008 :
- Parle-moi de l'auteur du texte.
- Alors, euh... Luis-Fernandez Céline...
- Pardon ?
- Euh... Luis-Fernandez Céline...
- Je suppose que tu es fan de football ?
- Euh... Oui, pourquoi ?

2) Idem :
- Alors, Marivaux, elle est née au 17ème siècle...
- Pardon ?
- Euh... 16ème siècle ?
- Non, c'est pas grave, oublie de quel siècle il s'agit... Tu as bien dit "elle" ?...
- Euh... Bin ouais... Je sais pas, moi... C'est bien Marie, non ?... Marie... Vaux...

3) Une prof consternée par le tournant récent que prend le Brevet des collèges :
"C'est bien ce qu'il nous a dit, l'inspecteur, le brevet est un brevet social, maintenant... Globalement, on le donne... L'année dernière, on avait pour instruction de rattraper tous les élèves qui avaient au-dessus de 7,5 / 20... En français, il fallait mettre les points quand l'élève se contentait de répondre par Oui ou par Non à une question, et en maths, il fallait mettre des points, pas tous, mais des points quand même, quand les réponses étaient jugée "un peu fausses, mais pas trop..."

dimanche 22 juin 2008

Les angoisses du célibataire, celles de l'homme marié



(Photo : Javier Marias)

Je lis toujours avec une certaine avidité les romans qui mettent en scène les relations de couple... Indépendammant de la qualité même du roman, d'ailleurs. Il suffit souvent que l'intrigue soit fondée sur un doute du narrateur, un questionnement inquiet sur sa vie sentimentale, pour que je me sente littéralement happé.

Récemment j'ai ainsi dévoré deux livres qui pourraient représenter deux symétriques en la matière : le très bon recueil de Serge Joncour, Combien de fois je t'aime (Flammarion, 2008), série de textes sur les attachements plus ou moins fugaces du narrateur, ses angoisses à l'idée que le temps passe et que les sentiments fluctuent, s'effacent, échouent, reviennent, fassent souffrir, exaltent ou déçoivent... Ce sont les mille tracas de la vie de célibataire, passés par le filtre d'une vision mélancolique et juste. Le recueil évoque les novellistes américains comme Carver par son immédiate simplicité, sa manière de coller au tempo des sentiments les palpables, les plus acérés.

« Sans chercher à faire moins que son âge, sans le refuser, il y a un jour où on sent bien que la jeunesse ne nous concerne plus, qu'elle est un territoire autre, un monde livré à des êtres faciles, des détachés aux moeurs étranges et au langage divergeant, un jour on réalise que la jeunesse est un exil dont on est revenu, on s'en sait pour tout dire exclu. Entre toi et moi je croyais qu'il n'y avait qu'une génération d'écart, alors qu'en fait c'est tout un monde qui nous sépare, une civilisation. » (Extrait de Combien de fois je t'aime, p123)

Dans Un coeur si Blanc (Folio, 2008), le romancier espagnol Javier Marias (décidément, y aurait-il une « nouvelle vague » espagnole ? J'entends de plus en plus parler d'excellents romanciers hispaniques, et j'en lis de plus en plus...) met en scène un narrateur analysant longuement certains épisodes de sa vie depuis le jour précis de son mariage, et le pressentiment croissant que tout cela se finira par un désastre. Beaucoup de longueurs et d'effets de narration dans ce texte, mais d'amples et belles pages aussi, surtout celles font la part belle à la noirceur et à la désillusion (comme c'est bon, en littérature, tout ce qui sent le désastre...)

« « En réalité, je me demande si quelqu'un m'a jamais aimée sans que je l'y oblige, même mes enfants, enfin, ce sont toujours les enfants que l'on contraint le plus. Cela s'est toujours passé ainsi pour moi, mais je me demande s'il n'en va pas de même pour tout le monde. Voyez-vous, je ne crois pas à toutes ces histoires que l'on raconte à la télévision, des personnes qui se rencontrent et s'aiment sans aucune difficulté, libres et disponibles tous les deux, aucune n'a d'hésitation ni de culpabilité préalables. Je ne crois pas que cela arrive jamais, même chez les jeunes. Toute relation personnelle est toujours une accumulation de problèmes, de résistances, mais aussi d'offenses et d'humiliations. Tout le monde oblige tout le monde, non pas tant à faire ce qu'il ne veut pas que ce qu'il ignore vouloir, car pratiquement personne ne sait ce qu'il ne veut pas, et moins encore ce qu'il veut, et cela, il n'y a aucun moyen de le savoir." » (Extrait de Un coeur si blanc, p98)

jeudi 19 juin 2008

Bégaudeau, volontiers volontaire



Il y a plusieurs manières de parler des établissements dits sensibles, et plus généralement de ce qu'on appelle "les problèmes de banlieue" : soit on montre le bon côté des choses, soit on noircit le tableau, soit on essaye de rester le plus neutre possible, relevant simplement des faits.

François Bégaudeau, dont le succès soit dit en passant force le respect (plus de 200 000 exemplaires vendus de son Entre les Murs, et cette Palme d'Or à Cannes 2008 pour le film tiré du livre...), a choisi de combiner deux postures : il annonce d'une part s'en tenir au réel, et faire un relevé clinique de certaines situations, de certains discours ("Juste documenter la quotidienneté laborieuse", écrit-il en 4ème de couverture), d'autre part il enrobe le tout dans une série de commentaires délibérément optimistes, considérant (à juste titre d'ailleurs, je l'espère tout du moins) que ces populations dites "sensibles" ne forment pas une pâte humaine différente des autres et qu'elles dégagent une énergie, une volonté de s'en sortir dont il faut apprendre à tirer le meilleur parti.

Un professeur s'exprimant dans son livre :

"J'en ai marre de ces guignols, j'peux plus les voir, j'veux plus les voir. Ils m'ont fait un souk j'en peux plus, j'peux plus les supporter, j'peux plus, j'peux plus, ça sait rien du tout et ça te regarde comme si t'étais une chaise dès qu'tu veux leur apprendre quelque chose, mais qu'il y restent dans leur merde, qu'ils y restent, moi j'irai pas les rechercher, j'ai fait c'que j'avais à faire, j'ai essayé de les tirer mais ils veulent pas, c'est tout, y'a rien à faire, putain j'peux plus les voir..." (p 200)



Par rapport à cette vision volontariste, un juste milieu pourrait être représenté par l'excellent article du Nouvel Observateur du 15 Mai 2008 dans lequel un jeune professeur témoignait de son expérience dans un collège de Clichy-sous-Bois. Pour le coup, le principe de neutralité y était vraiment tenu, puisque l'article décrivait le travail des professeurs, mais relevait également un certain nombre d'impasses, de désespoirs, et de perspectives pour le moins sordides.

"Le 14 avril dernier, une enseignante a surgi dans la salle des profs pour nous annoncer qu'il y avait eu une explosion et que les élèves fuyaient hors du collège. Nous sommes sortis pour les encadrer, sans même réfléchir au danger. Il faut dire qu'avec le temps, on devient moins impressionnable. Un mois plus tôt, nous enterrions un ancien élève tué d'un coup de couteau dans Clichy. Devant le portail, les cailloux volaient. L'un d'eux a atterri sur le plexus d'un collègue. Deux nouvelles explosions ont eu lieu entre 10h30 et 12h30, puis d'autres encore à 14 heures. Huit bombes à l'acide chlorhydriques en tout. (...)"

"Le lendemain, l'inspecteur d'académie déclairait que l'incident ne représentait pas un "danger grave et imminent" ! Ultime provocation d'une administration coupée de la réalité et qui nous répond que Louise-Michel n'est pas le seul collège à connaître ce type de violences. (...) Un renoncement complet ! Nous sommes totalement abandonnés."

"A Louise-Michel, les WC sont ouverts et fermés à clé par les surveillants, depuis le viol d'une collégienne. Certains de nos gamins sont des repris de justice, d'autres finiront à Sciences-Po. Impossible de dresser le portrait type de l'élève de banlieue, si ce n'est qu'il est souvent un peu perdu, et qu'il n'a pas le même capital social et culturel que la plupart des autres petits Français."

La vision noire, alarmiste, pourrait être représentée par Alain Finkielkraut, auquel Bégaudeau aime d'ailleurs s'affronter sur le terrain des idées (cf ICI). Avec Azima la Rouge, pour ma part, je m'étais placé sur le terrain de la fiction pure, m'extrayant de toute vision idéologique pour tirer de la situation un parti romanesque : ne jugeant pas les faits, ne tirant aucune conclusion, mais m'inspirant d'événements réels pour en extraire une matière sombre et belle - un peu comme le font les auteurs de polars. Au final il y a quelques pages que je regrette un peu, car elles ont pu être mal interprétées, mais il y a toujours le risque, quand on aborde un sujet aussi délicat que celui-ci, d'être rejeté malgré soi dans un camp ou dans l'autre.

samedi 14 juin 2008

Badiou contre la dépression sarkozyste



Succès de librairie pour l'opuscule du philosophe Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes, janv 2008).

Ce texte singulier consiste moins, finalement, en un pamphlet contre celui que l'auteur appelle "l'homme aux rats" (clin d'oeil à la légende de cet homme qui attirait les rats par le son de sa flûte, et référence au fait que les rats quittent le navire socialiste pour aller à la soupe), qu'en une attaque en règle de notre démocratie - pure et simple imposture qui permettrait au système capitalistico-militaire de s'auto-valider (Badiou parle du "fétichisme parlementaire", qui nous donne l'illusion que l'Assemblée puisse nous représenter...)

Sarkozy à cet égard serait le plus parfait représentant d'un certain "transcendantal pétainiste", c'est-à-dire une tradition politique jouant sur la peur, et coupable de désorienter le peuple en prônant par exemple un vigoureux sentiment national, tout en faisant le jeu de forces étrangères (hier, les Nazis, aujourd'hui, les Etats-Unis).

"Je ne dis pas que l'essence des élections est répressive. Je dis qu'elles sont incorporées à une forme d'Etat, le capitalo-parlementarisme, appropriée à la maintenance de l'ordre établi, et que, par conséquent, elles ont toujours une fonction conservatrice, qui devient, en cas de troubles, une fonction répressive." (p44)

"Que les étrangers nous apprennent au moins à devenir étrangers à nous-mêmes, à nous projeter hors de nous-mêmes, assez pour ne plus être captifs de cette longue histoire occidentale et blanche qui s'achève, et dont n'avons plus rien à attendre que la stérilité et la guerre. Contre cette attente catastrophique, sécuritaire et nihiliste, saluons l'étrangeté du matin." (p 94)

Le passage le plus intéressant du livre à mon goût se situe lorsque Alain Badiou, cherchant à contrer l'état dépressif qui fait suite chez l'homme de gauche à l'élection de Sarkozy, fait appel à Lacan définissant ce qu'est une cure :

"Lacan disait que l'enjeu d'une cure c'est "d'élever l'impuissance à l'impossible." Si nous sommes dans un syndrome dont le symptôme majeur est l'impuissance avérée, alors nous pouvons élever l'impuissance à l'impossible. Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Beaucoup de choses. Cela veut dire trouver le point réel sur lequel tenir coûte que coûte. N'être plus dans le filet vague de l'impuissance, de la nostalgie historique, de la composante dépressive, mais trouver, construire, et tenir un point réel, dont nous savons que nous allons le tenir, précisément parce que c'est un point ininscriptible dans la loi de la situation. Si vous trouvez un point, de pensée et d'agir, ininscriptible dans la situation, déclaré par l'opinion dominante unanime à la fois (et contradictoirement...) absolument déplorable et tout à fait impraticable, mais dont vous déclarez vous-mêmes que vous allez le tenir coûte que coûte, alors vous êtes en état d'élever l'impuissance à l'impossible." (p46)

J'ai du mal à savoir que penser de ces propos (écrits par ailleurs dans un style proche de celui de Lacan, par exemple dans ce genre de phrase, p100 : "Le courage (...) s'origine d'une conversion héroïque...") : je trouve l'intuition psychologique de Lacan plutôt séduisante, à première vue (même si j'aurais tendance, pour me sortir d'un état qui tend à la dépression, à chercher le contact avec le réel le plus immédiat, plutôt qu'un quelconque "impossible"...). Mais je reconnais qu'il me serait difficile, en bon progressiste-réformiste, de clamer haut et fort la nécessité de chercher des voies impraticables...

mercredi 11 juin 2008

Douceur des hommes (Barthes et la féminité)



Je me souviens d'une conversation à Tokyo avec une jeune femme qui se disait féministe, au cours de laquelle j'avais essayé de définir ce que représentait la féminité pour moi. La jeune femme s'était irritée que je cherche à déterminer une "essence de la femme": j'avais beau préciser que je parlais de "traits féminins", indépendamment du sexe de la personne, elle se braquait à mon discours.

Au fond, j'étais sans doute plus féministe qu'elle... Elle n'arrivait pas à comprendre que je ne parlais pas de la femme, mais de la féminité. Elle n'entendait que ce mot "femme", contenu dans "féminité". Il aurait fallu que nous inventions un vocabulaire nouveau, pour notre petit bout de conversation.

Des années plus tard, je dévore le livre splendide de Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, malheureusement non disponible en poche (Oeuvres Complètes, vol. 5), et je repense à cette ancienne conversation. Non seulement Barthes évoque cette part de féminité en l'homme :

"Il s'ensuit que dans tout homme qui parle l'absence de l'autre, du féminin se déclare : cet homme qui attend et qui en souffre, est miraculeusement féminisé. Un homme n'est pas féminisé parce qu'il est inverti, mais parce qu'il est amoureux." (dans le chapitre L'Absent).

...mais tout le livre est baigné, me semble-t-il, par cette féminité qu'il définit par intermittences : cette douleur douce, cette attention pour les signes infimes, cet art de l'attente, de la souffrance muette et délicate, du silence non pas accusateur mais stupéfait, de l'analyse détachée, presque drôle, évanescente...

Tout au long de cet essai composé par courts chapitres, eux-mêmes divisés par paragraphes structurés autour de citations, de références, d'éclats de pensée, c'est dans le murmure d'un auteur qu'on s'immerge, c'est la pudeur d'un grand écrivain qu'on découvre, écrivain par ailleurs brillant mais dont ce livre est peut-être le plus accessible, le plus limpide. Il y a une forme d'élégance et de raffinement dans ces confidences délicieusement adoucies - celle du philosophe qui ne se trahit que par aphorismes.

"Je souffrirai donc avec l'autre, mais sans appuyer, sans me perdre. Cette conduite, à la fois très affective et très surveillée, très amoureuse et très policée, on peut lui donner un nom : c'est la délicatesse : elle est comme la forme "saine" (civilisée, artistique) de la compassion."

vendredi 6 juin 2008

Il ne nous reste qu'à prier Dieu

J'emmenais hier des élèves voir la pièce de Musset, Les Caprices de Mariane, dans une toute petite salle (au théâtre de l'Epouvantail) avec des acteurs plutôt doués. Certains élèves ont failli se faire virer, les premières minutes, à force de rigoler. Puis le silence s'est installé, et tout le monde s'est laissé guider par le joli morceau de littérature.

Un moment le séducteur de la pièce, Octave, lance à la belle Mariane, pour achever de la convaincre (elle est supposée avoir 19 ans) :

"Vous avez donc encore cinq ou six ans pour être aimée, huit ou dix pour aimer vous-même, et le reste pour prier Dieu." (I, 2)

A cette réplique, un spectateur plus âgé s'est mis à rire, de manière très sonore. Certains élèves se sont tournés vers lui, très étonnés, presque indignés qu'on puisse rire à ce genre de tirade. Sans doute dans quelques années pourront-ils mieux sentir la cruauté, la noirceur désinvolte de ce genre de phrase... Ils sont beaux, parfois, ceux qui ne perçoivent même pas le cynisme !

jeudi 5 juin 2008

Deleuze fait du kung-fu / les petits cubes de pensée de Van Damme



Quelques passages d'anthologie dans le film JVCD qui vient de sortir au cinéma. C'est l'interview de Jean-Claude Van Damme dans le Parisien d'hier qui m'a décidé à aller le voir, et notamment le passage suivant :

"Ca va mieux. J'ai 47 ans, beaucoup plus de maturité. Sans le faire à l'américaine, il y a aussi une question de "chemical balance". Je fais partie des gens qui ont des hauts et des bas dans une journée. Alors, pour rester d'humeur neutre, je suis un programme très spécial. Car je suis un mec qui pense un peu trop vite. J'ai beaucoup de petits cubes de pensée, et je dois me concentrer pour rester conscient, "aware" comme on dit (rire)."

Personnage sympathique que ce Jean-Claude, sans doute en voie de mythification rapide grâce à ce film d'un genre nouveau pour lui (il y met en abyme sa carrière, et une partie de sa vie privée).

Mine de rien, j'aime beaucoup cette image des "petits cubes de pensée" (même si je ne la comprends qu'à moitié...) J'aurais été très curieux d'assister à l'oral du bac de français de JCVD, si cet oral a bien eu lieu... Peut-être que l'examinateur l'aurait trouvé fin, après tout.

mercredi 4 juin 2008

Voir les choses comme Bergman ou comme Allen ?

Dans les périodes troublées de sa vie, plusieurs manières de voir les choses : soit on penche vers la tragédie froide, implacable, humaine en même temps, que nous présente Bergman (des dialogues tendus, denses, noirs, hantés par la mort)...



... soit on bascule vers le swing de Woody Allen, sa mélancolie, ses drames qui s'achèvent en pirouettes, ses tragédies qui se concluent par un bon mot, ses engueulades rattrapées par l'humour...



Le paradoxe étant qu'il faut être en pleine forme pour apprécier vraiment les films de Bergman, et presque joyeux pour ne pas en tirer de conséquences sur sa propre vie. Un couple qui regarde Scènes de la vie conjugale sans immédiatement se séparer peut vraiment croire en son avenir !

Le besoin d'humour est-il vraiment bon signe ?

Hier soir je me suis plongé avec délices dans le très bon Steak (cf vidéo) avec Eric et Ramzy, que je pensais pourtant catalogué navet sidéral. J'ai hâte de pouvoir me replonger sereinement dans Bergman, ou même goûter l'humour racé de Woody, sa mélancolie jazzy...



dimanche 1 juin 2008

Spielberg, plus grand écrivain français du 19ème siècle (+ clip de la semaine)

1) - Que veut dire la "polygamie" ?
- Plusieurs femmes !
- Pour être plus précis, la polygamie, c'est le fait d'avoir plusieurs conjoints, plusieurs partenaires sexuels. Quand un homme épouse plusieurs femmes, on appelle ca la "polygynie"... Et quand une femme a plusieurs hommes ? Comment appelle-t-on ça ?
- Une partouze !

2) Lors d'un quizz de culture générale en classe de seconde :
- Qui a écrit le Rouge et le Noir ?
- Spielberg !

3) - Quel est le titre du film de Spielberg qui se passe en Pologne, pendant la 2ème Guerre Mondiale ?
- E.T. !

(Clip de la semaine : en ce moment je redécouvre le discrographie de James Brown... Son véritable génie, je trouve, réside dans ses titres soul, révisités par un funk ravageur : une émotion virile, massivement sensible, qui déborde progressivement dans une énergie millimétrée... Bel exemple avec sa reprise du classique Sunny :

mercredi 28 mai 2008

20 ans n'est peut-être pas le plus bel âge, mais le plus clairvoyant



Gallimard vient de publier les Cahiers de Jeunesse (1926-1930) de Simone de Beauvoir, qu'elle a rédigés de 18 à 22 ans... Son talent est impressionnant ! Des centaines de pages, déjà, parfaitement fluides et savoureuses, constamment tendues par l'exigence d'accomplir son oeuvre, et d'accomplir sa vie. Le plus frappant, c'est la constance des obsessions tout au long de sa carrière, celles-là même qu'on retrouvera dans les Mémoires d'une jeune fille rangée, par exemple - comme le souci de la transparence.

Quand elle réfléchit au mariage, elle se dit prête à franchir le pas, mais à la seule condition de ne pas soumettre son propre épanouissement à celui de son époux. Ni d'y sacrifier son honnêteté... On dirait les termes mêmes de son futur contrat avec Sartre !

"Un mois déjà que j'ai quitté Paris ; quinze jours que je suis ici. J'aime ces longs après-midi qu'il m'est permis de passer dans un recueillement oisif ; les jours de spleen, c'est dur parce que rien ne vient faire diversion. Mais les jours de lucidité calme, quelle détente saine ! Pouvoir enfin sans être pressée par un travail, gênée par une présence importune, épuiser tous mes sentiments ; ne plus rien étouffer, mais se livrer au caprice des émotions. Si seulement j'avais des livres, j'entends de ces livres qui sont des amis et des maîtres !" (p 69)

On dirait toute sa vie future contenue dans une poignée d'intuitions précoces - un peu comme si les années suivantes se contentaient de donner chair à des visions.

La proximité avec Sartre est également frappante, avant même que la rencontre ait eu lieu, et cela dès les premières pages : le paragraphe suivant, le tout premier du volume, ressemble à s'y méprendre à certaines réflexions de Jean-Paul nous expliquant que La Nausée (son roman sur les troubles existentiels d'un jeune professeur...) perd toute son importance à côté d'un enfant qui meurt (je ne me souviens plus des termes exacts) :

"Devant ces malades de Lourdes, quel dégoût soudain de toutes les élégances intellectuelles et sentimentales ; que sont nos peines morales à côté de cette détresse physique ; de tout cela j'ai eu honte, et seule une vie qui fût un don complet de soi, une totale abnégation, m'a semblé possible. Je crois que j'avais eu tort ; j'ai eu honte de vivre, mais puisque la vie m'a été donnée, j'ai le devoir de la vivre, et le mieux possible."

Les mauvaises langues iront jusqu'à dire que le vrai talent du couple, c'était le Castor... (Certains ne prétendent-ils pas déjà que Simone était arrivée première à l'Agrégation, devant Jean-Paul, mais que le jury avait préféré substituer les noms ?)

Simone me fait l'impression d'être un Jean-Paul en moins philosophe, et donc en plus souple, en plus vivant... (même si les philosophes souples et vivants, ça doit exister !) Y aurait-il un côté jazz chez Simone ?

En la lisant je pense également à une Colette en moins luxuriant, mais en plus prolixe, en plus universel, en plus discrètement conceptuel...

lundi 26 mai 2008

Ecrivains classiques, au boulot !



La littérature française contemporaine m'inspire deux sentiments contradictoires : j'ai l'impression d'une part qu'elle charrie un flot ininterrompu de merdes, d'autre part qu'elle fait preuve d'exigences excessives, en vertu desquelles beaucoup de nos chefs-d'oeuvre classiques ne passeraient pas la rampe. Les longueurs de Balzac ? On coupe ! Les approximations de Maupassant ? On ratiboise ! Les préciosités de Cocteau, de Colette ? On renvoie le texte !

En relisant récemment avec une classe de seconde Le diable au Corps, de Radiguet, je me suis fait la réflexion que ce petit bijou, que j'ai longtemps gardé dans ma bibliothèque dans le coin des livres précieux dont il convenait d'apprendre par coeur certaines phrases, tant elles sont brillantes et concentrées, était finalement bourré de défauts : formules alambiquées, entrée en matière plutôt longuette, paragraphes difficilement compréhensibles à force d'effets...

Même la page d'ouverture, l'une des plus brillantes de la littérature du 20ème (cf paragraphe suivant), souffre d'un certain sens de la formule poussé à l'excès. D'ailleurs la lecture devant une classe est un excellent test : les élèves sont des juges bien plus impitoyables, bien plus spontanés que le plus exigeant des lecteurs de Gallimard. Et je ne me suis pas attardé sur le sens de certaines phrases, de peur de provoquer l'ironie de certains. Radiguet devrait-il aujourd'hui réviser sa copie ?

"Je vais encourir bien des reproches. Mais qu'y puis-je ? Est-ce ma faute si j'eus douze ans quelques mois avant la déclaration de guerre ? Sans doute, les troubles qui me vinrent de cette période extraordinaire furent d'une sorte qu'on n'éprouve jamais à cet âge; mais comme il n'existe rien d'assez fort pour nous vieillir malgré les apparences, c'est en enfant que je devais me conduire dans une aventure où déjà un homme eût éprouvé de l'embarras. Je ne suis pas le seul. Et mes camarades garderont de cette époque un souvenir qui n'est pas celui de leurs aînés. Que ceux déjà qui m'en veulent se représentent ce que fut la guerre pour tant de très jeunes garçons : quatre ans de grandes vacances."

vendredi 23 mai 2008

Même Socrate n'avait pas prévu le coup



1) Une petite vieille, rougeaude et courbée, s'adresse à la buraliste qu'elle connaît bien, bronzée, manifestement en pleine forme:
- Vous avez mauvaise mine, non ?
- Vous m'avez déjà dit ça hier ! Non, je vous assure, tout va bien...
- Si si, vous avez mauvaise mine...
- Ah bon...
- Oh oui, ça n'a pas l'air d'aller. D'ailleurs, vous avez remarqué, les gens ne vont pas bien en ce moment, non ? Pas bien du tout, vraiment... Tout le monde est malade je trouve...
- Ah bon...

2) - Alors, que pouvez-vous me dire sur le "zen" ? On a déjà vu ça dans le cours sur les haïkus... Le zen, vous vous souvenez ? C'est quoi le zen ?...
- Euh... Le nez ?

3) - Vous vous rappelez ce qu'on disait sur l'anneau de Gygès ? Cette légende grecque rapportée par Socrate selon laquelle un homme possédait une bague qui lui permettait de devenir invisible... La question était de savoir s'il continuerait à bien se comporter, sachant que personne ne le verrait par exemple voler... Je vous soumets maintenant un autre dilemne: imaginez qu'on vous permette d'appuyer sur un bouton qui provoque la mort instantanée de cent Chinois, à l'autre bout de la planète, cent Chinois dont vous n'avez jamais entendu parler, que vous n'avez jamais vus et dont vous n'entendrez plus jamais parler...

- J'appuie direct !

- Attends... Je n'avais même pas fini... Imaginez qu'on vous offre 1 Million de Dollars pour ça... Mais bon, si tu appuies sans même accepter d'argent en contrepartie, tu es pire que tout ce que les légendes grecques imaginaient...

mercredi 21 mai 2008

La beauté vous écrase ou vous foudroie (+ clip de la semaine)

Balade agréable, dimanche, sous un prudent soleil, dans le quartier de Belleville qui ouvrait au public ses dizaines d’ateliers, semés dans une bonne quinzaine de rues (cf ICI). Beaucoup de croûtes au menu, comme de saisissants chefs-d’œuvre, d’autant plus étincelants qu’on ne s’attend pas forcément à les voir ici.

A plusieurs reprises j’ai laissé diffuser en moi de délicieux frissons, quelques minutes après être tombé sur telle ou telle toile. La beauté me fait souvent un effet très particulier. C’est une émotion qui progresse lentement, qui me saisit d’abord, et paraît exploser dans mon corps, avant de m’emporter complètement, comme le grand reflux d’une marée qui s’empare d’un homme sans jambe.

En fait, j’ai la sensation d’être anéanti. Littéralement écrasé par l’évidence de cette chose. Je me fais l’impression de n’être plus rien. C’est à la fois le comble de la vie, et le comble de l’inexistence – je n’ose pas parler de la mort. J’ai toujours envie de pleurer, quand la beauté s’empare de moi. Et même envie de mourir. Elle me tombe dessus, pour me ridiculiser.

Je me rappelle le fameux poème de Baudelaire, A une passante, dans lequel le poète exprime le même genre de sentiment devant une femme qui passe, si ce n’est qu’elle le foudroie, littéralement, et qu’il retourne dans la nuit quand elle disparaît. Baudelaire est brûlé vif par la beauté, je me sens davantage écrasé par elle…

« Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! Fugitive beauté…
»

(Même sentiment de sublime devant cette chanson méconnue de Curtis Mayfield, Right on for the Darkness, chanson parfaite, extraite de l’album Back to the World : sensibilité tendue, swing précis, colère rentrée s’écoulant dans un lyrisme noir, délicieux…

dimanche 18 mai 2008

Pluto chez les cyniques



1) – Qu’est-ce que la démocratie ?
– Euh… Le pouvoir au peuple ?
– Oui, c’est ça : « cratie », pouvoir, et « démo », peuple. Et la théocratie ?
– Euh…
– « Théo », Dieu, donc le pouvoir à Dieu, ou tout au moins le pouvoir aux représentants de Dieu. Et l’aristocratie ?
– Euh…
– Littéralement, « le pouvoir aux meilleurs »… Et la ploutocratie ?
– Euh… Le pouvoir à Pluto ?
– AH AH ! Trop fort ! T’imagines, le pouvoir à Pluto !
– AH AH AH ! Les chiens au pouvoir ! C’est trop Disneyland ce truc !!
– AH AH ! Trop fort !

2) Petite discussion en salle de profs sur les types d’élèves :
- Il y a un genre d’élèves avec lequel j’ai un peu de mal.
- Ah oui, lequel ?
- Le genre religieux… Tu sais, l’élève qui refuse d’aborder certains thèmes parce qu’il ne faut pas critiquer la religion, et puis qui refuse aussi en cours de dessin de regarder des représentations de femmes nues, et qui refuse aussi de faire les sujets correspondants.
- Pas possible… Vraiment ? Il refuse vraiment de regarder les femmes nues ?
- Je te jure.
- Moi y’a une catégorie qui ne me déplaît pas forcément, c’est les cyniques. Ceux qui te sortent des phrases bien senties, tu sais, assez intelligentes, mais noires.
- C’est vrai. C’est pas mal cette catégorie. Faut juste qu’ils soient vraiment intelligents. Parce que des cyniques pas intelligents, c’est vraiment pénible.
- Oui, tu as raison, il faut un minimum d’intelligence pour être cynique.

3) A propos de cynisme et d’esprit, j’incruste ici un court passage de la pièce de Sacha Guitry, Mon père avait raison. Ca faisait longtemps que je voulais en lire une, et c’est chose faite avec celle-ci parmi les plus connues. Avouons que la pièce donne l’impression d’avoir été vite écrite, pour être vite lue, vite regardée (mais ça, ce n’est pas possible), et vite oubliée.

« - Le plaisir de mentir !
- C’est un plaisir ?
- Ah ! C’est mieux que ça… c’est une volupté !... C’est une des plus grandes voluptés de la vie !... C’est une joie qui n’est pas fatigante… et qui n’est limitée que par la crédulité des autres… tu vois jusqu’où ça peut aller !... C’est une habitude à prendre !... Moi je l’ai prise très jeune… oui… j’ai menti à mes parents… à mes professeurs… j’ai menti à mes maîtresses, à mes amis et puis alors, je me suis marié…
- Et alors… là, n’en parlons pas !
- Là… alors… Parlons-en ! Quand ta pauvre maman est morte, j’avais cinquante ans… comme je ne pouvais plus lui mentir, je me suis mis à me rajeunir pour me distraire !... Je me suis rajeuni jusqu’à soixante-dix ans… et puis alors, tout à coup je me suis mis à vieillir pour avoir l’air plus jeune !... Actuellement, ça ne donne rien encore… mais, dans cinq ou six ans, quand j’aurai soixante-dix-huit ans… songe que je dirai que j’en ai quatre-vingt-cinq !... Et alors tu verras la tête des gens !... Je serai entouré de prévenances et d’admiration… d’autant plus qu’à ce moment-là, tu le penses bien, mes relations avec Louis XVIII auront pris une importance considérable… une sorte d’intimité !...
»