La littérature sous caféine


dimanche 8 mars 2026

Et de deux !

Et de deux ! "La Viveuse" (Léo Scheer, 2022) était le premier roman français à s'emparer du thème de l'accompagnement s... pour handicapés. "Assistante s..." (Nouveaux interdits, 2026) le fait à son tour, et en pariant sur l'érotisme. "Ils ont osé !" me suis-je écrié en découvrant le livre sur les tables de La Musardine. Il faut dire que j'avais reçu quelques volées de bois vert pour avoir écrit, selon certaines, trop de scènes explicites. J'avais pourtant plutôt fait dans le réalisme social. Ici, l'auteur s'amuse à mettre les pieds dans le plat : il y va franco dans le fantasme, enchaînant saynètes et personnages. Cependant l'émotion pointe, les réalités humaines affleurent, si bien que le roman s'écarte peu à peu de l'érotisme... Nos deux romans, partant de points de vue différents, finissent par se toiser de part et d'autre d'une frontière entre genres fine comme du papier à cigarettes.

Fête des fous

Quand on pense aux carnavals on pense à la libération des corps. Mais ce sont aussi des mots ! Rites, chansons, traditions littéraires... Ils s'ancrent dans de vieux fantasmes de fusion des âmes et des instincts. Le but est de laisser parler l'énergie qui dort en soi, puis de la mêler à celle des autres. Quand je vais boire au carnaval de Dunkerque, suis-je le seul à garder en tête Rabelais (son œuvre est un immense chamboule-tout), Céline (qui en propose un lointain écho), la fête des fous de "Notre-Dame de Paris" ?

mardi 3 mars 2026

Equilibre

La littérature érotique reste assez genrée, je trouve. On identifie assez vite une pente : les hommes ont tendance à dériver vers le mécanique, l'excessif, le cruel (Sade, Louÿs, Apollinaire, Miller), les femmes vers le sentimental et le psychologique. Parfois cela devient caricatural et on sort de l'érotique proprement dit. Parfois l'équilibre reste maintenu, par exemple chez Claire Von corda qui dans "Animale" (Musardine 2026) clôt son roman, après de nombreux scènes intenses, par un final à la fois très sexuel et très amoureux... Tout un art !

Lapin agile

A Montreal j'avais bêtement versé ma larme au spectacle de chansonniers. L'Aigle noir à l'accordéon m'avait déchiré le ventre. J'avais bu les paroles d'auteurs-compositeurs que Paris ne connaît pas, pris au dépourvu par l'émotion d'entendre à l'autre bout du monde ces morceaux tendres et passionnés. J'ai pourtant pris du temps à aimer la chanson à texte. J'ai longtemps préféré le classique, le funk, le rock, le rap, l'électro - tout plutôt que la cérébralité française. Et voilà qu'au Lapin agile, qui fait vivre la tradition du cabaret devant des quarterons de touristes, je suis pris de la même émotion. J'aurais pu résister à cette sorte de pantomime ! Je ne l'ai pas fait, séduit par l'énergie de ces chanteurs qui déclament avec coeur - et en chœur - des classiques du répertoire. Moi qui deviens obsédé par Rabelais - le Cercle potache m'y a aidé - je me persuade peu à peu qu'il existe en France, plus ancré que la raison de Descartes ou l'abstraction de Rousseau, un vieux fond de délire émotionnel.

jeudi 26 février 2026

Serge Safran

Très heureux de publier mon prochain roman dans quelques mois sous l'égide de Serge Safran, éditeur au parcours splendide, chez Zulma ou ailleurs. Ici dans son QG, le bien nommé Café des Anges, à deux pas des éditions Héliopoles qui hébergent sa collection.

Les tarés du tarot

mardi 17 février 2026

Héros

"Les sentinelles" (série Canal plus, 2025, adaptée de Xavier Dorison) n'a sans doute pas été assez célébrée. Réussite totale en termes d'intensité visuelle et de scénario (avec d'ahurissants clins d'oeil à d'autres univers), elle a le mérite de proposer de nouveaux héros dans un pays, la France, qui ne parvient guère qu'à faire revivre des gloires centenaires (Monte-Cristo, Lupin...). Pourquoi cette frilosité ? D'autant que cette série a l'intelligence de faire fond sur un contexte historique puissant, la Première guerre mondiale, et d'y insuffler tout ce qu'il faut de rage, de douleur, de fantasmes. Aujourd'hui nous sommes redevenus très forts dans le film d'horreur (The substance (Coralie Fargeat, 2024)), la comédie, la comédie sentimentale. A quand un retour assumé de l'aventure et du fantastique ?

Melting pot

Dans "Quatre jours sans ma mère" (Philippe Rey, 2025), Ramsès Kefi dresse avec tendresse un certain état des lieux du melting pot français - car il y a bien melting pot, et de plus en plus inspiré du modèle américain. Chacun se revendique de cultures différentes. Quand il refoule certaines origines, il se voit embarqué dans des intrigues à tiroirs. Ainsi de ce narrateur qui voit sa mère disparaître, rejoignant une Tunisie qu'il lui reste à découvrir... "A la Caverne , sa bande est trop mixte pour qu'une langue l'emporte sur le français. Et puis les Nord-Africains du quartier sont pour la plupart berbérophones, originaires du Rif ou de Kabylie. Hédi avait été clair avec les Ben Hafsia et les Ferchichi, les deux familles tunisiennes de la cité, arrivées presque en même temps que mes parents : ils seraient compatriotes de HLM, rien de plus." (p89)

Dans les "Petits blancs" et "La révolte des Gaulois", j'avais précisément fait le portrait de Français qui n'arrivaient plus à se situer parce qu'ils se sentaient pauvres en identités mêlées. La solution serait peut-être de dresser une forme d'équivalence entre la diversité des origines extra-européennes et la diversité des régions françaises... L'échelon national y perdant alors en épaisseur.