La littérature sous caféine


dimanche 30 août 2026

Le surréaliste intégral

J'ai toujours trouvé qu'il y avait contradiction dans l'œuvre de Breton entre son éloge du rêve et son attitude intransigeante, sa fâcheuse tendance à excommunier. Des spécialistes rétorquent qu'il fallait ces principes de feu pour une période de remous politiques. Il fallait aussi des règles pour tenir un programme artistique si révolutionnaire. Je le soupçonne malgré tout d'avoir caché sous cette posture de manitou un goût pour le pouvoir. N'est-il pas absurde de vouloir régenter le surréalisme ? On n'entre pas en révolution existentielle pour subir la férule de nouveaux flics. Je suis soulagé de lire dans l'étonnant "Journal d'un génie" de Dali - certains comme Soupault l'accusaient de salir le mouvement - que la rupture entre les deux mages est effectivement intervenue à l'occasion de ce débat. Et malgré le caractère loufoque du texte, je dois bien avouer que je penche du côté de la sensibilité dalienne : liberté totale en matière de création ! "Quelqu'un comme moi qui prétendais être un vrai fou, vivant et organisé, d'une précision pythagoricienne dans le sens le plus nietzschéen du mot, ne pouvait exister. Arriva ce qui devait arriver : Dali, surréaliste intégral, postulant une absolue absence de contrainte esthétique ou morale, animé de la "volonté de puissance nietzschéenne", affirma que toute expérience pouvait être portée à ses limites extrêmes, sans solution de continuité."

Néo-décadents

Je découvre amusé l'œuvre de Jean Lorrain (1855-1906), figure haute en couleur du décadentisme. Ce n'est pas un hasard s'il dédie certain de ses recueils à Huysmans, dont il reprend l'élitisme, la culture du luxe, le goût du raffinement, les atmosphères crépusculaires - le tout à Paris ou dans les environs de Fécamp, ce qui est original. Ce genre de cocktail existe-t-il encore ? Peut-être y avait-il de cela chez Sollers dont la joie, qui paraissait souvent forcée, cachait quelque chose de l'avachissement des vies de satrapes. Toute l'œuvre de Houellebecq est également dominée par un côté jouissons-vite-avant-que-le-monde-ne-disparaisse. Son rapport avec Huysmans est d'ailleurs explicite dans "Soumission" (2015). Il y a bien par ailleurs certains essayistes qui déclarent l'époque en décadence, mais le luxe et le désespoir ont désormais trop mauvaise presse pour qu'ils assument le mode de vie qui pourrait aller avec.

lundi 17 août 2026

Colette pour happy few

J'ai découvert Colette à une époque où on la lisait moins. Son œuvre paraissait vieillie. D'autres icônes féminines avaient pris sa place, avec des écritures plus franches, moins exigeantes. Ses belles éditions de poches ternissaient dans les bibliothèques et elle avait disparu des programmes. Je me faisais l'impression d'être snob à aimer et à conseiller ses livres denses comme de la poésie. Puis elle est revenue à la mode. Son personnage de femme libre et provocante a semblé moderne - on lui pardonne ses piques contre le féminisme. Elle est devenue lecture obligatoire en lycée. J'étais presque déçu de ne plus appartenir au club très fermé des fidèles par-delà les âges. Seulement, si j'en crois les retours de lecture d'étudiants, la pauvre Colette n'a pas l'heur de beaucoup plaire... On la trouve ennuyeuse, difficile à lire. Bientôt une nouvelle éclipse de son prestige ? Grâce à quoi je redeviendrais l'un des happy few...

Chenu

J'ai beaucoup aimé l'ensemble du festival "Barjac m'enchante", goûtant notamment cette force d'incarnation que l'on ne retrouve pas toujours en disque. C'est au Québec que j'ai attrapé le virus des chansonniers, puis au Lapin agile à Paris (la chose se fait rare, en France). Je ne me permettrai qu'une seule remarque, amusée. Je ne m'attendais pas à ce que festival de la "chanson de caractère" soit en fait un festival de la chanson engagée. Il y a quelque chose de cocasse à voir de jeunes chanteurs brandir le poing, célébrer la diversité et appeler à faire la révolution devant des parterres de têtes exclusivement blanches (par la peau, par les cheveux). Je me perds un peu dans la variété des commentaires que cela pourrait inspirer... 🙂

samedi 15 août 2026

Musidora



Au festival "Barjac m'enchante", j'ai été ravi qu'Alissa Wenz entonne une chanson hommage à Musidora, cette actrice égérie des surréalistes, ancêtre des vamps, qui affolait les esprits par ses talents fantasques de voleuse et ses déguisements félins. (Par ailleurs, elle réalisait des adaptations de Colette !) Dans le même genre, le cinéma français va bientôt présenter sur les écrans une nouvelle adaptation de Fantômas, apparemment plus fidèle aux romans. Ceux-ci étaient des modèles de noirceur et de facétie, loin de la version qu'en auront donnée Marais et Du Funès. Fantômas inspirait les Surréalistes, lui aussi. Je suis ravi de ce retour à la mode de ce genre de personnages, qu'à vrai dire je n'espérais même pas.

Nerval mystique

Il y a quelques jours au dîner potache Étienne et Pierre récitaient par bribes le célèbre "El Desdichado" de Nerval. Avant hier au joli festival "Barjac m'enchante" Romain Didier que je ne connaissais pas (je comble peu à peu mes lacunes en chanson française) rendait hommage au même Nerval par une belle chanson sur le thème des souvenirs d'enfance et de l'amour qui perdure au-delà de la mort. J'ai toujours aimé le charme tendre et mélancolique du poète au homard. Je découvre tardivement sa dimension mystique, du moins j'y suis beaucoup plus sensible, ainsi qu'à sa façon de mêler les époques et les mythes pour une sorte de panthéon personnel. Sa poésie modeste par la forme (peu nombreuse et classique) mais ambitieuse par ses références et sa visée m'accompagnera cet été.

vendredi 7 août 2026

Curieux exotisme

La Belgique flamande paraît refouler cette culture française dont elle est voisine et qu'elle est contrainte d'épouser. Anvers me fait l'effet d'une petite Allemagne au charme cossu, calme et propret. Tout le monde mange italien, la cathédrale brille d'un blanc immaculé, Rubens veille sur la ville et je réalise que je ne connais rien de la littérature flamande alors que dans la plupart des autres littératures européennes j'ai quelques repères. Curieux exotisme d'un pays limitrophe...

La valise



La tâche du professeur ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances, à gérer des classes, mais aussi à travailler la forme de ses cours. Celle-ci évolue avec les années, les publics, la vie même du professeur. Pour ma part j'ai tendance à multiplier les rituels, présents chaque cours ou chaque année. Ils bourgeonnent, certains disparaissent, d'autres fleurissent, décorant la pratique, l'encadrant, la structurant, l'envahissant parfois - mots du jour, citations, exposés, carnets, tournois rhétoriques, boîte à images, peintures collectives... En écoutant Pierre Mérot dans l'émission de Beigbeder Chez Lapérouse j'ai découvert l'une de ses habitudes de professeur de collège : le jeu du libraire, pendant lequel il distribue des livres de sa propre bibliothèque. Génial ! Un nouveau rituel vient de naître dans mes cours, je l'adopterai l'année prochaine. Il ne me reste qu'à trouver une jolie valise avec laquelle je ferai mon entrée en classe.