Il y a quelques années j'ai eu l'idée de monter un Prix du livre trash. On se serait bien amusé. J'ai laissé tomber faute de temps, faute d'écho dans un milieu littéraire français souvent frileux de ce côté-là. En lisant "Métaphysique de la viande" (Diable Vauvert, 2019, prix Sade), je me dis que Christophe Siébert y aurait forcément reçu un prix d'honneur ! Je n'ai jamais rien lu de plus radical dans le genre tribulations d'un psychopathe. Toutes les abominations y passent, dans un catalogue halluciné d'actes tendu vers la fin terrifiante du personnage. Le narrateur s'en tient aux faits, parfois aux fantasmes, sans tomber dans l'éclairage psychologisant. Le lecteur n'a pas le temps de souffler, pas le temps de s'ennuyer non plus, ce qui fait l'efficacité perverse du texte.
En comparaison, mes romans de chez Léo Scheer, pourtant gratinés, étaient de la petite bière ! J'ai même eu le projet d'écrire un jour "Les amours d'un tueur de chiens" : il aurait fait pâle figure à côté de ce brûlot. J'ai peu à peu laissé de côté ma veine terrible, lassé par les faibles retours. Je me suis persuadé qu'il fallait mûrir. Ce livre, ainsi que la fréquentation de Lovecraft ou de King, pourrait bien me donner envie de renouer avec certains démons...