La littérature sous caféine


vendredi 6 mars 2015

Brillant clocher (Clochemerle, Gabriel Lechevallier)



C’est une vraie surprise, ce Clochermerle de 1934. On connaît surtout Gabriel Chevallier pour son poignant roman La peur, transcrivant son expérience des tranchées, mais c’est avec cette fiction burlesque qu’il rencontra un succès planétaire. Je m’attendais à une pochade – comment espérer autre chose quand le texte annonce des rivalités granguignolesques autour d’une pissotière dans un village du Beaujolais ? Et la surprise est divine : le roman vaut beaucoup mieux que son argument. Les portraits s’enchaînent avec un imparable mordant, les bons mots sont légions, la satire féroce, les dialogues enlevés. Dans ce genre sarcastique, Chevallier vole mille coudées au-dessus d’un Jean Dutourd – laborieux – ou d’un Jacques Laurent – bavard. C’est d’ailleurs l’un des paradoxes de ce roman que de pâtir, en fin de compte, de son intrigue bas de plafond alors même qu’elle a fait son triomphe. Quoi qu’il en soit, je viens de trouver avec lui ma référence en matière de fiction comique – d’un niveau comparable à Trois hommes dans un bateau, par exemple.

« Jeune médecin, le Dr Mouraille commit pour la santé des corps la même erreur que commit, jeune prêtre, le curé Ponosse pour la santé des âmes : il voulut faire du zèle. Il attaqua la maladie avec des diagnostics audacieux, imaginatifs, et de violentes contre-offensives thérapeutiques. Ce système lui donna vingt-trois pour cent de pertes, dans les cas graves, proportion qui fut rapidement ramenée à neuf pour cent, lorsqu’il décida de s’en tenir à la médecine de constatation, comme faisaient généralement ses confrères des pays voisins. »

lundi 9 février 2015

Une recension très complète de "J'ai entraîné mon peuple..."

Sur le blog Appuyez sur la touche lecture , une recension très complète de "J'ai entraîné mon peuple dans cette aventure" :

"Le plus haut degré de la sagesse humaine est de savoir plier son caractère aux circonstances et se faire un intérieur calme en dépit des orages extérieurs" (Daniel Defoe).

J'aurais parfaitement pu prendre comme titre de ce billet la phrase mise en exergue de notre livre du jour, également tirée de "Robinson Crusoë", mais je suis allé en chercher une autre. Coquetterie de blogueur, disons. Mais, vous verrez que le roman de Defoe va revenir dans le courant de ce billet, c'est certain. En attendant, préparer vous à voyager dans un endroit paradisiaque, une de ces fameuses îles dont quelques images nous feraient automatiquement rêver, surtout en ce gris et froid hiver. Mais, comme souvent, quand il y a paradis, l'enfer n'est jamais très loin. Aussi voisin que le rêve l'est du cauchemar. Aymeric Patricot s'empare d'une histoire vraie, qui aurait pu s'appeler "Grandeur et décadence de l'île de Nauru", mais qu'il raconte, en y incluant une trame romanesque sous le titre "J'ai entraîné mon peuple dans cette aventure" (en grand format aux éditions Anne Carrière). Et, au coeur de tout cela, un personnage dont le rêve était l'exact symétrie des nôtres...

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samedi 24 janvier 2015

Présentation du roman à la librairie La manoeuvre

Je présenterai "J'ai entraîné mon peuple dans cette aventure" à la librairie La Manoeuvre, le mardi 27 janvier 2015, à partir de 19 heures - 83 rue de la Roquette dans le 11e. La présentation sera suivie d'un verre sur place puis d'un dîner dans le quartier.

mercredi 21 janvier 2015

Houellebecq ou la paresse de l'Occident



Quelques remarques, en vrac, sur le dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission.

- Dans le premier tiers du livre, Houellebecq renonce à son adjectif fétiche, « pénible », pour adopter « dense » et « intense ». Le mot « chatte », quant à lui, reste assez présent.

- D’un point de vue dramatique, c’est son roman le plus tenu : l’intrigue ne se disperse pas, le propos est clair, l’auteur se permet même un certain suspense. Rien à voir avec le côté vague du précédent, La carte et le territoire, qui m’avait fait l’effet d’une sorte d’édulcoration générale de l’art houellebecquien.

- Le livre n’est pas vraiment islamophobe : il est plutôt critique vis-à-vis d’un Occident fatigué, prêt à renoncer à ses grands principes. L’Islam est présenté comme une religion conservatrice, prenant le relai du catholicisme qui se décompose. La grande originalité du livre est d’ailleurs de décrire un Islam jouant le jeu de la démocratie, conquérant le pouvoir par une alliance avec le PS. Assez peu crédible, l’hypothèse n’en est pas absurde pour autant. Après tout, le PS doit aujourd’hui sa place au fait que l’électorat musulman se porte vers lui à une écrasante majorité – ce qui pourrait un jour se retourner contre ce même PS dans la mesure où cet électorat, par la force des choses, reste conservateur.

- Le personnage le plus attaqué dans le livre s’appelle François Bayrou, présenté comme un homme lâche et bête. Plus généralement, le livre est une satire – des mondes politique, journalistique et universitaire. Certains personnages sont sympathiques, la plupart assez mous, voire assez vils. Le narrateur exprime une sorte de misanthropie light qui fait son charme.

- Dans La carte et le territoire, Houellebecq faisait l’éloge d’une certaine gastronomie trash (escargots, tripes…) assurant à la France une partie de son succès. Ici, il enfonce le clou. Le narrateur s’intéresse beaucoup au terroir. Et s’il décrit la gastronomie comme un substitut aux plaisirs sexuels, il ne lui réserve pas moins une place de choix – celle de la tendresse, celle du raffinement, ce qui est rare après tout dans l’univers de Houellebecq.

- Quelques scènes de sexe explicite, cependant moins provocantes que d’habitude – ici, pas d’histoires de femmes sortant de partouze en civière. J’ai appris une jolie expression : la feuille de rose, l’autre nom de l’anulingus.

- Un nouveau venu dans les gimmicks qui définissent l’art de Houellebeq, à côté des scènes de sexe ou de supermarché : l’évocation des phénomènes météorologiques. Il est beaucoup question de dépressions ou de pression atmosphérique. Reflet amusé de l’importance que revêt la météo dans les bulletins d’information ? Métaphore sur le côté dérisoire des destinées humaines ?

- De belles pages sur Huysmans, de longues citations de Péguy, quelques vannes sur Paulhan… C’est l’aspect que je préfère désormais chez Houellebecq, la très grande justesse avec laquelle il parle d’autres écrivains – ce qui ne le retient pas, bien sûr, d’en insulter quelques-uns, ce qui me fait rire.

lundi 19 janvier 2015

"J'ai entraîné mon peuple..." sur France Bleu

Le Castor aime l'aventure ("J'ai entraîné mon peuple dans cette aventure")

Un beau billet de Vincent Edin sur son Blog du Castor:

"Je ne sais pas vous, mais je n'ai pas réussi à lire depuis le 7 janvier. Quelques centaines d'articles, quelques dizaines de tribunes, de points de vue, de désintox et de décentrages; beaucoup trop de cette infobésité qui nous a submergé, englouti, sans que nous puissions nous en détacher. J'ai essayé, en vain. J'ai lu un livre sur les luttes des intermittents du spectacle, mais un livre de travail, Stabilo en main et notes à venir. Aisé. Mais s'échapper avec de la fiction, impossible. J'ai bien tenté de suivre le grand Ian Mc Ewan, mais ce livre que j'ai fini mardi dernier m'a filé entre les doigts. D'un point de vue technique, on peut considérer que je l'ai lu puisque j'ai atteint la dernière page, mais il n'en restera rien. Qu'il me pardonne.

Et puis je suis tombé sur le livre d'Aymeric Patricot. Ces deux derniers livres étaient des essais, où l'on trouvait par petites touches sombres des pans de l'horreur actuelle. "Portrait du professeur en territoire difficile" parlait notamment des tensions dans certains quartiers, des tensions ethniques, sociales surtout, identitaires. Un livre sans excès qui n'en était que plus fort. Puis les "petits blancs", une plongée passionnante dans la France hors caméra où l'on avait assimilé, à tort, Patricot a un émule de Zemmour. J'imagine que comme pour Charlie, ça doit être dur d'être aimé par un con. Et que cela lui a donné l'envie de s'évader.

Après avoir terminé le roman, j'apprends qu'il s'agit d'une histoire en partie vraie. Il y a vraiment eu une île d'Océanie devenu la plus propsère au monde grâce à la richesse de ses roches, pleines de phospate. Cela m'a vraiment surpris, non que ça ait existé, mais que Patricot s'en soit inspiré tant ce texte souffle l'évasion et la liberté fictionnelle. Un vrai roman. Et ça fait du bien.

Un vrai roman avec un protagoniste pauvre et humble, mangé par l'envie d'échapper à sa condition, à ses shorts déchirés. Il y a des figures pleines de vies, mentor économique, opposant politique, la femme et la maîtresse, tous vivent parfaitement, mais autour de ce protagoniste, Willie, passionnante figure. Passionnant car il incarne la traduction la plus absolue du bon type au bon moment. Quand il arrive sur l'île, il s'agit d'un rocher sans intérêt. Et l'économie débarque sans coup férir, comme dans la fable de Lordon (j'ai oublié le titre, mais c'est bien et dans la République des Idées). Ils avaient des carrières, ils se découvrent nababs et aspirent au consumérisme. Willie a de l'ambition et va négocier pour tout. Classiquement et en accéléré, l'obésité succède à la malnutrition. Tout va trop vite mais personne ne se pose pour réfléchir, comme l'écrit Patricot "les salaires ont doublé. Même les oisifs vivaient de ce que leur transmettaient familles et amis. Les inégalités s'accroissaient, mais l'euphorie générale gommait tout ressentiment". Quel parfait résumé des 30 glorieuses. Plus dur fut la chute que l'on vit de façon factuelle avec l'arrêt des pelleteuses, et métaphorique avec la déchéance de Willie, prostré, interdit devant une déchéance qu'il n'a pas vu venir, grisé qu'il était par les courbes sans cesse en hausse.

Parce que ça se lit comme un roman et que ça donne à réfléchir sur l'absurdité de la matrice dominante avec un décentrement géographique suffisant pour ne pas y voir un roman à clé, "j'ai entraîné mon peuple dans cette aventure" fait beaucoup de bien à l'âme. En ce moment ce sont les soldes, période pendant laquelle pour 18 euros on ne parvient pas à se procurer du bien être. Pour le même prix, on peut s'offrir ce livre, sans doute une bien meilleure affaire."

vendredi 16 janvier 2015

"Grandeur et misère du développement"

Une brève dans Ouest France du 14/01/2015 à propos de "J'ai entraîné mon peuple dans cette aventure".

"Quand le jeune Willie débarque sur l'île de Nauru, en Océanie, dans les années trente, il est loin de se douter que la petite colonie britannique deviendra bientôt la république la plus prospère du monde, et qu'il en sera le maître Pour l'instant, fuyant la misère qui a tué son père aux Philippines, il compte bien s'intégrer au système de production occidental, entreprise prométhéenne d'extraction du phosphate qui, tout en enrichissant l'île, la ravage. Ce roman raconte, sur plusieurs décennies, son irrésistible ascension et sa chute, épopée dérisoire et brutale d'un homme confronté aux vertiges du pouvoir a l'ère des décolonisations. Comment, quand on veut dominer le sort, rester fidèle a soi-même comme aux autres ? Une vie peut refléter toutes les vies, et le destin des peuples. En concentrant dans l'histoire de Willie, incarnation fulgurante de celle de Nauru les espoirs et les angoisses qui dominent le monde, Aymeric Patricot donne une traduction romanesque, pleine de souffle et de beauté, aux questions de notre temps."

jeudi 15 janvier 2015

Présentation du livre devant la caméra de la librairie Mollat à Bordeaux