Bertrand Guillot pratique un genre singulier : le récit historique mêlé d'essai, ou plutôt de commentaires croisés sur notre époque et celle qu'il décrit. Anachronismes ? Je comprends tout à fait le plaisir à repérer dans le passé les échos d'enjeux contemporains. Dans "L'abolition des privilèges" (Les Avrils, 2022), il avait déjà raconté, d'une plume alerte et complice, la fameuse Nuit du 4 août, dont on ferait bien selon lui de s'inspirer. Dans "Querelle à la française" (2026) il remonte plus loin, vers la fin du Moyen-âge et ce "Roman de la rose" devenu l'objet d'une controverse, la toute première de la littéraire française, entre Jean de Montreuil célébrant le joyau de la courtoisie et Christine de Pisan, féministe avant l'heure, dénonçant sous les affèteries du style galant une vision brutale de la masculinité, qu'il ne faudrait pas avoir de scrupule à évacuer. J'avais précisément entrepris de lire l'année dernière ce grand classique, quelque peu oublié aujourd'hui, et j'ai été agréablement surpris que Bertrand - puisque nous nous connaissons depuis des décennies ! - s'attaque à un tel monument. J'ai aimé son érudition joyeuse, qui a l'élégance de rendre vivante une époque révolue, sans renoncer aux détails qui font le sel du genre. Et j'ai compris que l'on veuille trouver rétrograde ce "Roman de la rose". Cependant j'y avais surtout lu, pour ma part, un véritable traité mystique et l'oeuvre est si foisonnante qu'il me paraîtrait absurde de l'"annuler". Je rangerai donc les deux livres côte à côte dans mon rayon Moyen-âge, d'ailleurs destiné à grandir ces prochaines années.