lundi 12 octobre 2026
Petit pot d'Allais
Par admin, lundi 12 octobre 2026 à 16:01 :: Cercle d'études potaches
Le restaurant "Au chat noir" ne convenait pas, trop bruyant pour les potaches appliqués que nous sommes. Nous avons migré cent mètres plus loin, vers "Musa". Ce nom me plaisait d'autant plus que le dieu du potache allait nous accompagner sous forme de vignette représentant la "dive bouteille", croquée de façon grotesque par un dessinateur de l'époque.
La précédente soirée consacrée au Tarot n'ayant que moyennement attiré, contrairement à ce que laissaient entrevoir mes prédictions, j'ai été surpris de constater que la figure d'Allais, pourtant connue des seuls happy few, séduisait. Les voies de la facétie sont impénétrables ! Et j'ai fait sauter la jauge de six personnes pour en autoriser dix.
L'environnement sonore nous a contraints à tendre l'oreille mais surtout à déclamer avec force des textes qui méritaient cette mise en scène. JBH, que j'ai présenté comme punk et comique, et qui révélerait par ailleurs une surprenante appétence pour les maths, a ouvert le bal en lisant un courte variation poétique de Sonia sur le thème du Chat noir, texte qu'elle n'arrivait plus à lire elle-même. Nos yeux ne nous appartiennent plus ! De même que nos cerveaux, si j'en crois les polémiques actuelles sur l'IA, qui ont d'ailleurs animé quelques bribes de conversation.

Soirée potache 9 (2/4)
En début de séance, j'ai présenté les convives par ordre chronologique de connaissance (convives pas cons, mais sacrément vifs). Pas moins de quatre étaient de fraîches recrues (non que les autres soient moins fraîches, cela dit). J'ai par ailleurs affirmé tout ce que le potache devait à la figure d'Allais, et profité de l'occasion pour annoncer la publication d'une Feuille potache inspirée du fameux journal du Chat noir, intitulée L'escargot.
Raphaël nous a présenté son tableau peint pour l'occasion, un grand escargot coloré, proche d'un jeu de l'oie, en partie fondé sur la roue combinatoire de Raymond Lulle, ainsi qu'un portait d'Allais, ceint d'un front hugolien, inspiré par ce que Guitry disait d'Allais. J'ai déclaré vouloir moi-même me frotter à la peinture en réalisant ma toute première croûte, certes repoussante mais chargée de sens, présentant la galaxie des figures tutélaires du Cercle, avec Rabelais-Dieu-le-Père au centre et des dizaines de satellites dont Jarry, Breton, Dali... et désormais Allais. Tout le temps du dîner, Sonia a griffonné ce qui donnerait un poème, garanti sans IA. De même, une fois les deux heures du Cercle closes, alors que la conversation se prolongerait, Raphaël dessinerait sur une page des dizaines de petits donuts dont il nous expliquerait (trop) rapidement le sens. Celui-ci se perdrait dans les brumes de la "bière philosophale", selon le mot de Rodolphe Salis.

Soirée potache 9 (3/4)
Je n'ai sonné la cloche qu'une fois. Je discutais avec mon voisin, me perdant avec lui dans les arcanes redoutables de la vie éditoriale. Mais le Cercle prétend justement nous extraire de ce genre de miasmes ! Je me suis donc ressaisi, sonnant la cloche pour annoncer la lecture de quelques strophes de l'inscription placardée sur Thélème, censée repousser les importuns. Trente minutes plus tôt j'avais déclamé une histoire de mon cru, dans un style allaisien (il faudra que Bastien me délivre un brevet de conformité). JBH avait apprécié la phrase finale dite par le protagoniste, juste avant la chute: "Je n'ai rien foutu et je vous emmerde."
JBH qu'au passage j'ai nommé Musicien officiel du Cercle, tout en le gratifiant d'un droit qu'il a réclamé, celui de ne rien faire. L'après-midi même j'avais trouvé l'Historien officiel en la personne de Rodolphe Trouilleux, éminent spécialiste du Paris fin 19eme. Plus tard dans la soirée je nommerais Fabrice Danseur officiel, puisque ça le démangeait de nous offrir quelques déhanchés.
Soirée potache 9 (4/4)
Bastien n'a pas été en reste. Digne représentant des conservateurs de la mémoire d'Allais, puisque guide au musée Allais de Honfleur (Plus petit musée de France) et arborant une splendide médaille de l'Académie Allais (représentant la fameuse comète) (plus grosse que ma propre médaille conçue par JeanFi ! Il faudra que je m'en fasse forger une plus grosse encore), il a saisi la parole avec conviction pour énumérer des créations du Maître. Ensuite, il a lu quelques saillies narratives de l'éminent conteur, piochées dans un volume bardé de post-its. Quel travail, la facétie ! J'intercalerais moi-même la récitation d'une autre histoire, écrite par le même Allais, mettant en scène un maharaja goûtant quelque forme singulière de nudité. En revanche, je n'aurais pas le temps de placer un poème inspiré du Hareng saur de Cros.
Last but not least, au même moment se déroulait dans un autre quartier de Paris une soirée de lectures organisée par une grande spécialiste du Chat noir, Marine Degli. Décidément, les happy few ne sont pas si few ! Mais ils sont tous happy. Nul doute que la deuxième saison du Cercle, débutant en 2027, trouvera dans ce 9ème épisode de quoi renouveler sa formule, en misant par exemple sur des interventions plus travaillées.
Décidément, alors que se poursuit la critique du patriarcat, s'ouvre sans doute une période de dénonciations des manquements des mères, puisque dans un genre très différent la rentrée nous propose aussi le texte de Louise Chennevière, "Faire la peau" (P.O.L.). Un nouveau filon littéraire ? Il a déjà ses pépites, en tout cas.











