Pat's Blog


LITTERATURE ET CHRONIQUES URBAINES


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samedi 28 février 2009

Noisette de prestige / La Seconde Guerre Mondiale est finie...



1) Dans un bistrot de Belleville, une femme entre deux âges, à l'allure modeste, se campe fièrement sur le zinc :
- Je voudrais que vous me serviez quelque chose de prestige !
- Quelque chose de prestige ?
- Oui, quelque chose pour fêter un grand événement !
- Du champagne, par exemple ?
- Euh... Du champagne... Mmm... Servez-moi un café noisette, en fait... Je crois que ça me suffira...

2) Dans une classe de seconde :
- Ecoute, file dans la salle des profs, demande gentiment si quelqu'un peut te faire une photocopie de ce texte... Si vraiment il n'y a personne, va chercher un pion...
- Un pion ? Vous dites un pion ?
- Euh, oui... Un pion... Un surveillant, si tu préfères !
- Ouah Monsieur ! Il dit encore pion le prof ! Trop fort ! Eh, Monsieur, on n'est plus au dix-neuvième siècle ! On dit plus pion !
- Ouh là là ! Vous vivez à quelle époque ! Ouah vous avez quel âge !
- Eh, Monsieur, elle est finie la Deuxième Guerre Mondiale ! On est en 2009 Monsieur !
- Bon, ok, ça va... Je croyais qu'on le disait encore...

Quelques minutes plus tard, l'élève parti faire une photocopie revient en classe:

- Ouah, Monsieur, j'ai dit aux surveillants que vous les appeliez des pions... Ils ont pas apprécié, Monsieur !

3) Dans une classe de seconde:
- Bon, je t'ai suffisamment prévenue... Tu me feras la punition pour demain.
- Oh non, c'est pas possible, Monsieur, c'est vraiment pas possible pour demain !
- Qu'est-ce qu'il y a de si grave ?
- Bah c'est pas possible, Monsieur ! Je regarde la télé, moi, le mercredi après-midi !

vendredi 20 février 2009

Non au Temps ! (Barthes et le refus de guérir)



Plusieurs fois, j'ai trouvé très pénible qu'une fille puisse me dire : "Ne t'inquiète pas, tu vas oublier... C'est vrai qu'on s'est aimé très fort, tous les deux... Mais ça passe... Tu verras... Laisse faire le temps... Tu m'oublieras, comme le reste..." (Sous-entendu : moi je t'ai déjà un peu oublié...)

Je trouvais ça révoltant... Et d'une tristesse ! Quoi, déjà si peu de romantisme après des semaines de sentimentalisme ? La même fille pouvait me dire, à quelques jours d'intervalle : "Je t'aimerai toute ma vie... Tu es celui que j'ai le plus aimé...", puis : "Je vais disparaître de ton esprit, tu vas disparaître du mien et ce sera très bien." Forcément, je ne pouvais être qu'en colère contre le personnage d'amoureuse folle qu'elle avait monté de toutes pièces.

A moins qu'on puisse concevoir des phases de sincérité successives et contradictoires... "Je t'aime absolument le jour J", puis : "Je t'oublie absolument le jour J + 1." Je le comprends, mais j'ai du mal à m'y faire. Quoi que, les années passant, effectivement... Mais alors il faudrait faire l'effort de ne plus utiliser de mots trop romantiques !

Je suis heureux de voir que Barthes éprouvait le même mouvement de répulsion contre cette sorte de fatalisme temporel. C'est avec un plaisir gourmand que je dévore ainsi les pages pourtant pathétiques de son Journal de Deuil (Seuil-Imec, en librairie depuis le 5/02/09), le journal qu'il a tenu depuis la mort de sa mère en 1977. On y découvre le constat pur et simple de la souffrance, et le refus d'en être consolé... C'est magnifique, comme à peu près toujours chez Barthes, avec ce miracle constant de l'intelligence lumineuse...

"20 mars

On dit (me dit Mme Panzera) : le Temps apaise le deuil - Non, le Temps ne fait rien passer ; il fait passer seulement l'émotivité du deuil."

"12 mai

J'oscille - dans l'obscurité - entre la constatation (mais précisément : juste ?) que je ne suis malheureux que par moments, par à-coups, d'une façon sporadique, même si ces spasmes sont rapprochés - et la conviction qu'au fond, en fait, je suis sans cesse, tout le temps, malheureux depuis la mort de mam
."

dimanche 1 février 2009

Sushis surréalistes



(Vidéo : Nas is like, le meilleur titre de toute la carrière de NAS, rappeur new-yorkais... Seul bémol : il devrait changer de survêtement...)

1) Un élève de seconde : "Ouah Monsieur, on a vu vos vidéos sur dailymotion... Franchement, trop cool... On vous a vus, là, avec le verre de bière... Franchement, un prof de français avec un verre de bière, trop cool...

- Et sinon, vous avez retenu quoi de la vidéo ?

- Trop cool la bière franchement, trop cool..."

2) En classe de première, pendant l'étude de quelques poèmes surréalistes :

- C'est un des Surréalistes, Aragon, qui a un jour écrit cette phrases célèbre : "La Femme est l'avenir de l'Homme..." Vous la comprenez, cette phrase ? Qu'est-ce que vous en pensez ?

- La Femme, avenir de l'Homme... Euh... Oui, ça se voit que c'est une phrase surréaliste... La femme avenir de l'homme... Oui, c'est ça, complètement surréaliste...

3) Dans un restaurant japonais du 20ème, un homme avec son petit garçon :

- Papa, il parle chinois le monsieur ?
- Non, c'est un Japonais... On est dans un restaurant japonais...
- Oui, mais il parle chinois ?
- Non, je te dis qu'on est dans un restaurant japonais... Les sushis, c'est japonais, les rouleaux de printemps, c'est chinois... (sic) Là ce sont des sushis que tu as devant toi...
- D'accord papa, mais il parle chinois le monsieur ?
- Bordel, je te dis qu'il est JAPONAIS ! Les Japonais, c'est pas pareil que les Chinois ! Il parle japonais le monsieur ! S'il vend des sushis c'est qu'il parle japonais !
- Il parle chinois alors ou pas ?
- Bon, maintenant tu manges tes sushis et tu te tais...

mardi 27 janvier 2009

Les pédophiles et le maquillage à l'avocat




(Court moment d'anthologie dans ce débat entre (notamment) Zemmour et Wolton sur France O : observez bien les tics d'agacement du présentateur, Jean-Marc Bramy, qui montent en puissance à partir de 5'30" pour exploser vers la 6eme minute dans un coup de gueule très peu crédible ! J'ai vraiment cru me reconnaître lorsque je perds patience face à une classe... Je dois faire le même effet de colère pas du tout impressionnante...)

Dans mes classes de seconde au lycée de La Courneuve (93) :

1) - Nous venons de voir quelques-uns des types que l'on retrouve souvent dans le théâtre classique... Le jeune premier... L'amoureuse... Le valet... La confidente... Comment appelle-t-on d'ailleurs le vieux monsieur qui veut épouser la jeune femme ?

Toute la classe, enthousiaste et d'une seule voix :

- Le pédophile !
- J'aurais préféré le barbon, mais bon...

2) - Monsieur, vous êtes trop gentil...
- Ah oui ? Pourquoi tu dis ça ?
- Vous laissez passer trop de trucs... Les retards, les bavardages, tout ça...
- C'est vrai, tu as raison... J'avais d'ailleurs l'intention de resserrer la vis... Je vais sanctionner beaucoup plus sévèrement le bavardage, maintenant...

Une élève habituellemet bavarde, à quelques rangs de là, me fait signe discrètement et murmure, penaude :

- Oh non, s'il vous plaît, Monsieur, restez gentil...

3) Des voisin de table dans un Starbuck's du Marais :

- Putain, mais qu'est-ce que tu te mets, là ?
- Rien...
- Putain mais c'est vert ton truc !
- Je te dis que c'est rien !
- C'est du maquillage, non ?
- C'est rien, putain, merde !
- Putain, tu te mets du maquillage à l'avocat, c'est ça ?
- Putain mais t'es vraiment trop con, toi, tu le sais ça ? T'es vraiment trop con putain...
- Putain, du maquillage à l'avocat...

mardi 30 décembre 2008

Dé-bloguer



Il est temps je crois d'arrêter là ce blog - du moins de changer le rythme des billets : depuis plus de deux ans maintenant, je m'efforce de présenter deux ou trois billets par semaine, un oeil rivé sur les statistiques, et j'aimerais ne plus me soucier de délais. Je vais me contenter désormais de billets plus rares, seulement quand le désir m'en viendra, l'envie d'écrire sur un sujet précis.

J'ai envie de réfléchir, aussi, à un autre blog, anonyme celui-ci, pour me livrer à des expériences plus radicales (d'un point de vue artistique). Je vais me laisser quelques semaines pour aboutir à la forme qui conviendrait à mes envies de tâtonnement, dans un domaine qu'on pourrait définir comme "l'association poésie-photo".

Rapide bilan des deux années passées derrière cet écran : un début maladroit, à la fois trop théorique et parfois véhément (lié notamment au fait que je débutais en collège dans le 94, et que l'expérience m'a heurté). Cela m'a valu quelques solides inimitiés - fruit de malentendus, à mon humble avis : cela ne m'empêche pas de le regretter...

Puis une vitesse de croisière, qui s'est mise en place après la première année, et qui a atteint sa (modeste) apogée dans la première moitié de 2008, avec 250 visiteurs uniques quotidiens. J'ai beaucoup aimé pratiquer ce mélange de chroniques littéraires et de discrets billets d'humeur, ponctués de perles de mes cours de français. Je remercie au passage les quelques internautes qui auront régulièrement enrichi le site de leurs commentaires.

Il me reste à vous souhaiter une excellente année 2009, saturée d'expériences littéraires de toutes sortes !

(En vidéo, la bande-annonce du meilleur film de 2008 à mon goût, parmi les 70 environ que je suis allé voir : No Country For Old Men, des Frères Coen)

mercredi 17 décembre 2008

La Halde voudrait mater la littérature : HORS-SUJET !



Nul doute que la lutte contre les discriminations soit un combat juste. Mais quel dommage que la Halde, dont la noblesse du travail est évidente, se compromette dans une série d'affaires qui ternissent son blason ! Je pense notamment au rapport paru le mois dernier, "Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires", qui a de quoi faire froid dans le dos au professeur de lettres que je suis - plus encore, à l'amateur de littérature.

J'ai découvert l'existence de ce rapport en début de semaine, grâce à la lecture de plusieurs blogs. J'ai passé une bonne partie de la soirée à dévorer le texte, à glaner des articles et à m'inquiéter des perspectives vertigineuses que ce genre de rapport ouvrait dans le domaine de la censure et du politiquement correct.

Je comprends la démarche : guider la société vers une représentativité plus fidèle, plus équitable, de la population qui la compose. Mais encore faudrait-il ne pas verser dans le ridicule et la mesquinerie quand on s'attaque à la littérature. Je crois que le bon sens peut faire beaucoup en la matière, et nul doute que la personne responsable du paragraphe suivant devrait faire l'effort, disons, d'une certaine humilité... :

« Nous n’avons pas eu la possibilité, faute de temps, d’étudier les textes des manuels. En effet, certains textes pourraient contenir des stéréotypes. Par exemple, en français, le poème de Ronsard ''Mignonne allons voir si la rose...'' est étudié par tous les élèves. Toutefois, ce texte véhicule une image somme toute très négative des seniors. Il serait intéressant de pouvoir mesurer combien de textes proposés aux élèves présentent ce type de stéréotypes, et chercher d’autres textes présentant une image plus positive des seniors pour contrebalancer ces stéréotypes. ».

Franchement, c'est effrayant... Cela me frappe d'autant plus que je viens précisément d'étudier ce poème avec deux classes de secondes, et une classe de première de mon lycée de la Courneuve. Je reproduis ici l'une des trois strophes du poème, celle qui pourrait éventuellement (mais il faut être d'une singulière mauvaise foi) offrir une "image négative" des seniors :

"Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !"
(2ème strophe du poème de Ronsard, "Mignonne, allons voir si la rose...")

En classe je me suis amusé à expliquer qu'au 16ème siècle, les poètes français, s'inspirant des italiens, cherchaient à séduire les femmes par ce genre de compliments à double tranchant : invoquer la rose, c'était invoquer le spectre de la vieillesse, et donc inciter la femme à "profiter de la vie"... "Méfiez-vous, Mesdames, des garçons qui vous répètent que vous êtes jolies comme des roses !" Puis nous avons comparé ce texte avec celui de Baudelaire, quelques siècles plus tard, Une Charogne, qui préfère établir un parallèle entre la femme et le cadavre qu'elle ne manquera pas de devenir...

Bref, les pistes de discussion sont nombreuses, et les explications littéraires plutôt fructueuses.

Personne je crois n'aurait eu l'idée dans la classe de voir dans ce poème une stigmatisation des seniors... Quand bien même on chercherait à lire entre les lignes, ce serait une singulière distorsion de sens que de voir dans ce texte une insulte aux personnes âgées (la seule entité vraiment visée, c'est d'ailleurs "la Nature", traitée de "marâtre", ce qui donne une image plutôt digne, finalement, des fameux seniors...) Cette façon de triturer le texte pour lui faire dire ce qu'il ne dit pas me glace le sang.

Je conçois qu'il soit important de présenter des seniors une vision équilibrée (encore que je ne sois pas sûr qu'ils souffrent de si grandes discriminations que ça...), mais laissons la littérature tranquille ! Engageons ce genre de débat en éducation civique, en histoire, à la télévision, mais laissons l'imagination travailler en paix. Que le professeur de français puisse étudier la poésie sans se poser la question de savoir si toutes les minorités sont représentées dans un texte ! C'est absurde, anxiogène et contre-productif. S'il vous plaît, ne réécrivons pas l'histoire de la littérature : elle est trop précieuse et trop belle.

On s'est ému récemment que des gendarmes pénètrent dans une classe de collège avec leurs chiens pour intimider des gamins... L'intrusion d'une police de la pensée me ferait à peu près le même effet.

Louis Schweitzer, président de la Halde, préconise souvent de présenter dans les médias (et les manuels scolaires, donc...) non pas la réalité telle qu'elle est, mais telle qu'elle devrait être... Cela s'appelle au mieux de la politique (ou de l'angélisme), au pire, de l'idéologie. Dans les deux cas, il me paraît important que l'étude de la littérature en soit exempt (sauf peut-être quand il s'agit de questions d'actualité...)

J'ai précisément choisi de consacrer une bonne partie de ma vie à l'écriture pour regarder la réalité telle qu'elle était, sonder ces parts de l'imaginaire et de la société qu'il n'est pas commode de regarder en face. Cette annonce d'un temps où l'on nous interdira peut-être la parole, avec les meilleures intentions du monde, quand elle ne sera pas "statistiquement représentative", me rend sincèrement triste.

Si j'ai choisi d'être également professeur, c'est pour transmettre un peu de mon goût pour les mots, un peu de ma sensibilité littéraire. Je trouverais insupportable qu'on assèche mes cours à coups de political correctness. Ce serait un vrai motif de démission - plus qu'aucun autre, d'ailleurs, et le seul dont je serais relativement fier.

lundi 15 décembre 2008

L'art de la décharge explosive et continue (Prince / Easton Ellis)





J'aime établir des équivalences entre musique et littérature : y a-t-il par exemple un écrivain qui parvienne à donner sur papier la même sensation de folie millimétrée que Prince sur scène ? Ce qui est incroyable avec ce type (du moins dans la première partie de sa carrière...), c'est l'explosion d'énergie, de radicale démesure, dans chacune des minutes qu'il passe en concert... Les corps se contorsionnent, les mélodies fusent, les saxos gueulent, les cris ponctuent les solos de guitare, les danseuses se démênent dans ce qui ressemble fort à des bacchanales, des carnavals furieux où tous les codes sociaux volent en éclat...

C'est assez frappant dans la vidéo ci-dessus : la version live du tube Housequake, issu de son chef-d'oeuvre Sign'O The Times.

Faut-il chercher l'équivalent en littérature dans la catégorie des auteurs délirants, comme Palahniuk que nous avons récemment évoqué ? Je pense en fait plutôt à Bret Easton Ellis, quand il écrit des nouvelles... J'ai relu cet été son recueil Zombies (10/18), que j'avais pris sous le bras pour mon petit tour en Californie (toutes ces nouvelles se passent à Los Angeles), et j'ai été frappé par la force constante qui se dégage de chacune de ses pages, beaucoup plus que dans les oeuvres longues d'Easton Ellis d'ailleurs, comme le fameux American Psycho.

Tous les personnages de Zombies se droguent, se tuent, baisent, tombent en dépression, s'achètent des fringues, changent de bagnole, changent de pays, trimbalent partout leur mal-être. Easton Ellis en fait-il trop dans la déglingue ? Ce n'est pas trop grave : disons qu'il fait dans la métaphore... Je n'ai à peu près jamais connu d'autre auteur procurant cette sensation d'absolue vie, de recherche quasi-constante de ce que la vie peut offrir de plus excitant et de plus glacial à la fois...

"Bruce m'explique que tout est allé de travers depuis que Robert a quitté l'appartement qu'ils partageaient à l'intersection de la 56e Rue et de Park Avenue, pour aller descendre le Colorado en raft avec son beau-père, laissant son amie Lauren, qui vit aussi dans l'appart, en tête à tête avec Bruce mais je sais bien par quel genre de fille est séduit par Robert, des filles superbes et capables de faire semblant d'ignorer que Robert, à vingt-deux ans, pèse à peu près trois cents millions de dollars ; je m'imagine cette fille, Lauren, allongée sur le futon de Robert, la tête renversée en arrière, et Bruce, les yeux obstinément fermés, qui s'agite doucement au-dessus d'elle." (Extrait de Zombies, p 10, 10/18)

samedi 13 décembre 2008

Le pays le plus ridicule du monde / Méfiez-vous des expressions



1) Deux jeunes filles dans un café du quartier des Halles :

"Ouah faut que je te raconte putain, tu sais là l'autre le mec qui me faisait kiffer, enfin mais pas trop quand même, mais bon, ça pouvait aller tu vois, alors le mec il me chauffe à fond tu vois, depuis des jours qu'il me chauffait le mec, et surtout l'autre soir putain, comment il me chauffait trop et ça me foutait l'affiche mais bon tu vois moi je profitais tu vois, alors je le laissais me chauffer...

"Mais bon putain tu sais ce qu'il me dit le mec ? Il me dit "faut que je te dise un truc", et là tu vois ce qu'il me dit c'est qu'il a une copine... Putain le mec ! Je le crois pas ! Il voulait que je sois sa sex friend tu vois putain ! Mais attends ! Attends ! Attends ! Le pire c'est pas ça tu vois, putain ! Le pire c'est qu'il me dit que sa copine tu vois elle est au Kazakhstan ! Tu le crois ça putain ? Le Kazakhstan !! Le pays le plus ridicule du monde ! Putain ! Et elle est là-bas, et elle l'attend, et lui il veut que je sois sa sex friend ! Putain ! Le Kazakhstan...

"Alors moi tu vois c'est pas possible... De toutes façons il me faisait que kiffer moyen... Tu vois, ça pouvait être possible mais en fait non... Alors j'en ai profité tu vois, quand tu peux maîtriser le truc une fois de temps en temps t'en profite, c'est pas tous les jours ! Alors je l'ai fait saliver le mec tu vois ! Putain comment il était chaud ! Il en pouvait plus le mec ! L'autre soir il était à bloc ! Trois semaines que ça dure ! Mais moi je profite... Je lui ai dit plein de fois que peut-être un jour, mais pas maintenant... Et l'autre soir j'ai fini par lui dire que c'était pas possible... Il était vert putain ! Le délire ! Il me kiffait trop mais moi c'est pas possible putain... Le Kazakhstan..."

2) Une élève de seconde en fin de cours : "Ouah Monsieur, pourquoi vous avez fait prof de français ? C'est trop zarbe le français, franchement ! Non mais vous trouvez pas ? Les figures de style, tout ça... Trop zarbe, vraiment, trop zarbe... Vous en avez pas marre de faire des trucs zarbes comme ça ?"

3) Discussion en salle des profs : "Il y a des expressions, je me demande vraiment d'où elles viennent... Par exemple, "avoir le cul bordé de nouilles..." Je serais curieux de savoir quelle est son origine ! Je m'attends à quelque chose de vraiment graveleux !
- Attends, je cherche sur le net !
-Oh mon Dieu, je m'attends au pire !
- Eh bien, tu avais raison... Ils expliquent, là, que le "cul", c'est souvent un synonyme de "chance", de "bol" (d'où l'association avec les nouilles). Mais surtout, l'expression viendrait de certaines moeurs en prison... Si l'on en croit certaines hypothèses, certains prisonniers se laisseraient plus facilement que d'autres prendre sous les douches, offrant leur corps en quelque sorte pour obtenir certains avantages en nature... Ils finiraient de cette façon par avoir un certain pouvoir, dans la prison, une certaine influence, interprétés comme une certaine chance... Et comme les hommes qui se laissent un peu aller à ce niveau-là développent assez facilement des hémorroïdes, je ne vais pas vous faire un dessin...
- Oh mon Dieu ! Je m'en doutais, je m'en doutais..."

(Clip de la semaine : Réussite parfaite de l'album de Gainsbourg, Histoire de Mélodie Nelson (1971), langoureux funk psamoldié qui n'a pas pris une ride, jazz rock soyeux, le genre d'album qui fait regretter que Gainsbourg n'ait pas travaillé un tout petit peu plus sérieusement, et ne se soit pas si souvent contenté de ballades brillantes et légères...)

mercredi 10 décembre 2008

Courneuvication / Les déboires de l'écrivain sont-ils cools ?





Je dévore sur dailymotion et youtube tous les documents qu'on pourrait regrouper sous le terme générique de "faits de société" - documentaires, interviews, scènes filmées... La violence est omniprésente, évidemment, parce que c'est elle qui focalise l'attention de la plupart des internautes.

Dans le genre on trouve beaucoup d'interventions policières filmées (provenant de la télévision américaine) ainsi qu'un nombre assez remarquable de bavures policières (souvent françaises, cette fois-ci).

(Frappant d'ailleurs de constater comme le côté "cow-boy" de la police américaine, dont beaucoup de citoyens paraissent là-bas très fiers, est beaucoup moins accentué dans ce qu'on nous présente du travail de la police française. Peut-être parce qu'en France on aurait honte d'exposer cet aspect-là du métier...)

La vidéo ci-dessus a beaucoup circulé sur le net : on y voit des policiers tabasser un adolescent à La Courneuve, et je viens de me rendre compte qu'elle se passait exactement là où, chaque matin, me dépose le tram non loin de mon lycée.

Je me suis habitué au lieu, mais il faut reconnaître que la première fois que je suis arrivé dans le coin, j'ai été saisi par son côté sordide - que rend à merveille la terrible vidéo. Le travail au quotidien dans mon lycée n'est pas aussi déprimant, heureusement, mais j'aime compenser le caractère anxiogène de ces bouts de films par d'autres qui stylisent quelque peu nos galères quotidiennes.

Et quel meilleur bain de jouvence que l'excellente série Californication ? (La première saison est un chef-d'oeuvre, sauf peut-être la fin, truffée d'invraisemblances...) On y voit David Duchovny dans la peau d'un écrivain que sa femme vient de quitter, perdant l'inspiration, noyant ses chagrins dans l'alcool et le sexe... Le tout sur fond de soleil californien, truffé de répliques dignes des meilleurs Woody Allen, et mâtiné de noirceur et de cynisme à la Bukowski...

J'ai été très surpris qu'un écrivain puisse devenir une incarnation de la cool attitude dans une série américaine, et que cela nous donne, qui plus est, un résultat si réjouissant (Duchovny s'appelle d'ailleurs Hank Moody, dans la série : clin d'oeil au très bon Rick Moody, l'auteur de Ice Storm ?) Je vais regarder d'un autre oeil, à partir de maintenant, mes petits états d'âme d'écrivain qui se cherche...

dimanche 7 décembre 2008

Les auteurs dans l'air du temps (Ballard / Palahniuk)



Un groupe d'immeubles en Angleterre conçu pour des milliers d'habitants... Des dizaines d'étages, des équipements de luxe... Jusqu'à ce que les choses dégénèrent : des tensions paraissent, des groupes se forment et les premières morts surviennent...

J.G. Ballard a le chic pour mettre le doigt sur des thèmes qui frappent par leur aspect brut et contemporain. I.G.H est le troisième tome de la trilogie du célèbre auteur britannique, très justement appelée "Trilogie du béton", après le fameux Crash adapté par Cronenberg au cinéma. Tous les romans de Ballard procurent en tout cas la délicieuse sensation d'être parfaitement de leur époque - ce sont des histoires d'émeutes urbaines, de perversions mécaniques, de terrorisme aveugle...

Ils ont la qualité supplémentaire d'être très bien écrits, ce qui n'est pas toujours le cas pour ce genre de littérature apocalyptique, même si la plupart des romans de Ballard, à mon goût, traînent en longueur et s'achèvent (très) laborieusement.

A chaque lecture je me répète que ses livres constitueraient une excellente base de travail pour des films, et je n'ai donc pas été surpris d'apprendre que I.G.H allait précisément être adapté au cinéma, par un réalisateur dont j'admire d'ailleurs le premier coup de maître qu'est Cube, délicieuse machinerie métaphysico-fantastique. Son incroyable Cypher m'avait également subjugué, petit bijou de science-fiction millimétrée, passé quasiment inaperçu en France - si ce n'est de quelques amateurs forcenés.



Pas étonnant non plus que Chuck Palahniuk, qui donne la même sensation de procurer à l'époque les images dont elle a besoin, auteur du mythique Fight Club (dont David Fincher à tiré le film), soit adapté pour la troisième fois sur grand écran : Choke sortira début janvier 2009.

J'ai beaucoup aimé les premiers chapitres de ce roman étonnamment déjanté. Le protagoniste y travaille en costume dans un parc à thème et cherche désespérément à guérir d'une addiction au sexe, s'embarquant dans une série très dense de délires familiaux et sentimentaux... Le risque avec ce type de littérature, c'est bien sûr que la tension retombe et qu'on se lasse de la surenchère. Je ne suis pas allé au bout du livre, mais le chapitre d'ouverture est magistral. Sur le coup, j'ai vraiment été persuadé de tenir l'un des romans du siècle - énergie, rage, mystère, tension, densité narrative, humour... Et puis j'ai lâché prise, quelques dizaines de pages plus loin. Sans doute faut-il savoir doser le délire...

"Ce à quoi vous avez droit, ici, c'est à une histoire stupide à propos d'un petit garçon stupide. une histoire vraie de la vraie vie concernant des individus que jamais vous ne voudriez rencontrer. Imaginez ce petit hystéro criard, qui vous arrive à la taille, avec ses petits cheveux bien chiches, très proprement coiffés, et une raie sur le côté. Imaginez-le, ce petit merdeux, tellement déjà dans la norme, sur de vieilles photos de classe avec déjà quelques dents de lait tombées et ses premières dents définitives qui poussent de travers. Imaginez-le vêtu d'un chandail ridicule à rayures bleues et jaunes, un cadeau d'anniversaire, qui avait jadis été son pull préféré. Même à un si jeune âge, imaginez-le en train de se le ronger, ses ongles de tête de gland. Ses chaussures préférées ? Des Keds. Sa nourriture préférée ? Des corn-dogs, des putains de saucisses en pain de maïs." (Extrait de Choke, Folio Policier, p 13)

jeudi 4 décembre 2008

Les mots qui ne viennent de nulle part / Enrichir le dictionnaire



Il y a des mots qui circulent dans ma famille, et jusqu'à une date récente je ne pouvais pas dire quelle était leur origine... Par exemple, le verbe "chourouper", qui signifie "faire du bruit quand on boit sa soupe". J'ai toujours cru que c'était un mot courant, jusqu'à ce que des gens me demandent ce que ça voulait dire. J'ai cherché dans le dictionnaire, et je ne l'ai pas trouvé. J'ai fini par le dénicher sur le net, sur le forum de discussion d'un site consacré à la pêche au bar, et dans le cadre d'une discussion concernant la vie en pays catalan : "ne pas oublier de chourouper !", précise un internaute à propos des cargolades, ces repas proposant uniquement des escargots...

Je comprends mieux, maintenant : j'ai passé toutes mes vacances, enfant, dans le pays catalan, une partie de ma famille y étant installée depuis longtemps. Certaines expressions régionales sont entrées dans le vocabulaire de la famille, sans que nous en soyons forcément conscients.

Même chose pour l'adjectif "tatasse" : quelqu'un de tatasse, pour moi, c'était quelqu'un d'un peu tarte, d'un peu benêt.. Je me suis récemment dit que ce mot, qu'on utilisait couramment dans la famille, venait aussi du catalan. Mais en vérifiant sur le net, je constate d'une part qu'une définition plus précise pourrait être "tatillon", d'autre part que le mot provient du ch'ti... Je n'arrive pas à savoir comment le mot s'est infiltré dans nos discussions. Simple goût pour les sonorités d'un mot entendu par hasard ? Fréquentation de quelqu'un venant du Nord ? Origines communes de certains mots propres au ch'ti et au catalan ? Mot plus courant que je n'aurais pu le croire ?

En tout cas je suis surpris par la mine d'information que le net propose en la matière... En quelques clics j'ai pu répondre à des questions que je croyais sans réponse. La poésie de ces mots fantômes se dissipe quelque peu, mais je me mets à rêver, parfois, au travail accompli par les poètes de la Pléiade (j'étudie brièvement avec mes classes de seconde, en ce moment, quelques poèmes du 16ème siècle), ce groupe dont faisait partie Ronsard ou Du Bellay, et qui avait pour ambition d'enrichir le dictionnaire avec des néologismes, certes, mais en exhumant aussi tout un ensemble de mots populaires. Ce serait incroyable de pouvoir constituer la recension de tous les mots de français qui aient existé depuis, disons, mille ans ?...

mardi 2 décembre 2008

Les ouvertures magistrales / Les bavardages savants (Mc Cullers et Norman Rush)



Il y a des romans qui s'abattent sur vous dès les premières pages : c'est la sensation que j'ai ressentie quand je me suis plongé dans la lecture du classique de Carson Mc Cullers, cet écrivain surdouée, publiée si jeune : Le coeur est un chasseur solitaire, merveilleux titre pour un roman qui ne l'est pas moins, tout en tendresse, en subtilités psychologiques et en épaisseur humaine.

Force est de reconnaître cependant que le premier chapitre (récit de l'amitié de deux sourds-muets dans une petite ville du sud des Etats-Unis), éblouissant de densité romanesque et de fluidité, laisse attendre beaucoup de la suite, et qu'on est assez naturellement déçu quand on poursuit le livre (la chronique douce-amère, assez lente, des vies modestes que mènent les propriétaires et les clients principaux d'un petit bar), même si la douceur et la qualité de l'écriture restent au rendez-vous.

Même sentiment avec l'imposant roman de Norman Rush, Accouplement, acclamé par la critique et tenu par beaucoup pour l'un des livres les plus importants du siècle aux Etats-Unis : les premières pages sont impressionnantes, car on tient un pavé dans les mains et le monologue de cette jeune femme qui débarque en Afrique et tombe bientôt amoureuse d'un personnage romanesque de la savane vous emporte d'emblée par sa clarté, la richesse des informations fournies, le rendu des sentiments...

La force de cette première impression dépent évidemment de l'épaisseur du livre, car on devient curieux de savoir si l'auteur saura maintenir la pression pendant plus de 500 (grandes) pages. Mais il ne la maintient que très peu, justement, et le livre sombre (du moins dans ce que j'en ai lu pour l'instant) dans un savant bavardage qui n'est pas inintéressant, mais ressemble vraiment à une performance, celle d'un auteur qui cherche à écrire le plus possible et à épater le lecteur par son art de la digression permanente.

Je me rappelle d'ailleurs avoir été très déçu par un autre roman américain encensé par la critique, il y a quelques petites années de cela, Les Corrections de Franzen, interminable opus sur les déboires d'une famille qui part en vrille... Chaque page pouvait être considérée comme un beau morceau d'analyse sociologique mêlé de grotesque et d'anecdotes héroï-comiques, mais mises à bout cela devenait indigeste (il faudrait que je le relise, cependant). Difficile à trouver, l'équilibre entre digressions brillantes et pur et simple bavardage...

dimanche 30 novembre 2008

La politique des polars (Mankell et la soupe suédoise)



Il est assez fréquent de pouvoir classer les polars dans un bord politique : la personnalité des "méchants", notamment, renseigne assez bien sur les détestations et les phobies de l'auteur. S'agit-il de redoutables capitalistes prêts à toutes les manipulations pour un coup plus juteux que d'autres ? Ou bien a-t-on affaire avec de petites crapules pourries jusqu'à la moëlle, irrécupérables pour la société ? Dites-moi les ennemis que vous mettez en scène, je vous dirai pour qui vous votez...

(Il existe ainsi toute une tradition du "polar de gauche à la française", de même que certains auteurs américains peuvent être assez légitimement tenus pour de francs réactionnaires).

Je viens cependant de finir un Henning Mankell (la star du polar suédois) qui n'a pas manqué de me surprendre. Ce n'est pas sa qualité qui m'a sauté aux yeux - je suis assez déçu par ma lecture de Meurtriers sans visage, la première enquête du célèbre policier Kurt Wallander : écriture fade (et même répétitive), intrigue sans relief, psychologie sommaire, et même quelque chose d'assez terne qui plombe un peu ce livre long, quoi que fluide...

(Rien à voir avec l'incroyable densité stylistique de James Ellroy ou d'Edward Bunker)

Non, ce qui m'a sauté aux yeux est le thème éminemment politique de ce roman : pour faire vite, un crime atroce est commis dans la campagne suédoise, et des étrangers sont mis en accusation, provoquant une vague impressionnante de xénophobie dans la région. Kurt Wallander va se rendre compte à quel point la politique d'immigration du pays n'est pas maîtrisée... La fréquence dans le roman de digressions (un brin simplistes, d'ailleurs) sur les dangers de laisser entrer n'importe qui dans le pays m'a naturellement laissé penser que l'auteur exprimait ici des opinions, disons... plutôt conservatrices.

Dans l'extrait suivant, c'est Kurt Wallander qui parle :

"C'est l'absence d'une véritable politique, sur ce point, qui est à l'origine de ce chaos. En ce moment, nous vivons dans un pays où n'importe qui peut pénétrer n'importe où, n'importe quand, de n'importe quelle façon et pour n'importe quelle raison. Il n'y a plus de contrôles aux frontières. La douane est paralysée. Il existe tout un tas de petits aérodromes non surveillés sur lesquels on débarque chaque nuit des immigrants en situation irrégulière ainsi que de la drogue." (Extrait de Meurtriers sans visage, Points, p 299)

Et pourtant j'ai lu quelques entretiens de l'auteur qui paraissaient contredire complètement la thèse exposée dans le roman (du moins, ce que j'en avais compris). Par exemple, dans une interview accordée au Nouvel Obs en janvier 2008 :

"Pour moi, le centre symbolique de l’Europe, c’est la petite île de Lampedusa, au sud de l’Italie. Car c’est là qu’échouent chaque jour les cadavres d’immigrants clandestins venus d’Afrique. Je trouve ça dégueulasse [en français dans le texte]. Et ce scandale nous oblige à nous demander: pouvons-nous accepter un tel monde? N’y a-t-il pas un autre moyen d’envisager l’immigration? J’ai un rêve simple: construire un pont entre le Maroc et l’Espagne. Nous savons bien que nous avons besoin de ces immigrants."

On dirait les propos de Kurt Wallander, en complètement inversés. L'auteur aurait-il complètement viré sa cutie au cours de sa carrière d'écrivain ? Cherche-t-il à exorciser dans ses romans la part conservatrice qu'il conserve en lui ? Présente-t-il au contraire un visage de parfait progressiste en interview pour faire pièce à ses atmosphères romanesques plus contrastées ? Prête-t-il à ses personnages fétiches des propos dont il se désolidarise complètement ?

A moins que les opinions exprimées par Wallander d'une part, et Mankell de l'autre, ne soient pas si contradictoires, dans la mesure où il est parfaitement possible, après tout, d'appeler à la fois de ses voeux des flux migratoires accrus, et des flux migratoires un tant soit peu "organisés"...

En tout état de cause je vais davantage me méfier, dorénavant, des couleurs politiques que je croirai déceler dans les romans. Ce devrait rester un principe, d'ailleurs, que de ne jamais chercher à savoir ce que pense le romancier, caché derrière les personnages qu'il met en lumière...

vendredi 28 novembre 2008

La politesse extrême / Les billets doux



(Clip de la semaine : je découvre en ce moment la discographie du groupe Foo Fighters, formé par la batteur de Nirvana juste après la mort de Kurt Cobain. Leur dernier album en date, Echoes, silence, patience and Grace, sorti en 2007, est un savant mélange de pop-rock et de métal, à l'image de l'incroyable premier titre, The Pretender, dont le clip est une merveille de rage et d'énergie plus ou moins contenue.)

1) Toujours cette satanée politesse excessive :
quand un élève sur le chemin de la sortie de cours balance un chewing-gum ou une boule de papier dans la corbeille, j'ai fâcheusement tendance à lui dire merci.

Mais il m'arrive de croiser des personnes qui souffrent du même symptôme : tout à l'heure je cherchais à m'extraire péniblement d'une rame surchargée du métro, bousculant plusieurs voyageurs alors que j'aurais dû m'y prendre beaucoup plus tôt. L'un d'eux m'a dit, textuellement : "Je vous prie de bien vouloir me pardonner..."

2) "Baudelaire se compare dans ce poème à un gros meuble contenant des billets doux... Quelqu'un peut-il m'expliquer ce qu'est un billet doux ?
- Euh, c'est un billet de cinq cents Euros ?
- Comment ça ?
- Bah c'est doux, Monsieur, un billet de cinq cents Europs... C'est très doux, même, cinq cents Euros...

3) A 8h30, petit exercice de rédaction dans une classe de seconde. Il s'agit d'écrire un court poème, sachant que le ton peut être mélancolique, dramatique, euphorique, ou même comique. Mouvement d'humeur d'un élève :
"Vas-y, je suis pas comique, moi, à 8h du matin ! C'est pas possible, ça, Monsieur !"

mercredi 26 novembre 2008

Soyons désinvoltes, n'ayons peur de rien (Autoportraits de Houellebecq et BHL en ennemis publics)



L'ouverture du livre est un coup de génie :

"Spécialiste des coups foireux et des pantalonnades médiatiques, vous déshonorez jusqu'aux chemises blanches que vous portez. Intime des puissants, baignant depuis l'enfance dans une richesse obscène, vous êtes emblématique de ce que certains magazines un peu bas de gamme comme Marianne continuent d'appeler la "gauche-caviar" (...). Philosophe sans pensée, mais non sans relations, vous êtes en outre l'auteur du film le plus ridicule de l'histoire du cinéma.

Nihiliste, réactionnaire, cynique, raciste et misogyne honteux : ce serait encore me faire trop d'honneur que de me ranger dans la peau ragoûtante famille des anarchistes de droite ; fondamentalement, je ne suis qu'un beauf. Auteur plat, sans style, je n'ai accédé à la notoriété littéraire que par suite d'une invraisemblable faute de goût commise, il y a quelques années, par des critiques déboussolées. Mes provocations poussives ont depuis, heureusement, fini par lasser
."

C'est ainsi que Houellebecq ouvre le feu dans cette correspondance avec BHL, publiée sous le titre Ennemis Publics et annoncée comme un des grands coups littéraires de cette rentrée. Maintenant on peut lire à peu près partout que les ventes ne sont pas à la hauteur des espérances (tirage de 150 000 pour des ventes qui n'atteignent pas encore les 40 000), et je ne vois d'ailleurs rien de bien étonnant là-dedans : j'ai été surpris qu'on table sur un immense succès pour ce genre de livre, surtout de la part de deux écrivains qu'on voit souvent et qui s'attirent de nombreux commentaires sur leur vie privée. Comment espérer susciter dans ces conditions de véritable curiosité ?

Pourtant je me suis jeté sur le volume, en bon fan de Houellebecq et en lecteur régulier de BHL. Je l'ai lu d'une traite, à la fois saisi par l'évidence de leurs proses respectives (style fluide et solennel de BHL, celui qu'il a dû se forger dans ses copies de philo de Khâgne, et plume toujours aussi délicieusement désinvolte et pince-sans-rire de Houellebecq, avec des touches de gravité parfaitement bien senties), et impatient de voir où le livre nous menait exactement.

La réponse est qu'il ne mène pas vraiment quelque part, le titre indiquant un thème, celui de l'hostilité que tous les deux s'attirent, auquel les deux auteurs ne consacrent qu'une poignée de pages. Il s'agit en fait surtout pour eux de préciser leurs positions philosophiques respectives, et de faire le point sur quelques données biographiques parfois malmenées par la critique. Certaines pages sont savoureuses, par exemple quand Houellebecq précise son rapport à la France :

"Jamais je ne me suis senti de devoir, ni d'obligation, par rapport à la France, et le choix d'un pays de résidence a pour moi à peu près autant de résonance émotive que le choix d'un hôtel. Nous sommes de passage sur cette Terre, je l'ai maintenant parfaitement compris ; nous n'avons pas de racines, nous ne produisons pas de fruit. Notre mode d'existence, en résumé, est différent de celui des arbres. Cela dit j'aime beaucoup les arbres, je les aime même de plus en plus; mais je n'en suis pas un. Nous serions plutôt des pierres, lancées dans le vide, et aussi libres qu'elles ; ou, si l'on tient absolument à voir les choses du bon côté, nous serions un peu comme des comètes. (...)

Il se peut que je revienne un jour en France, et ce sera pour une raison très simple : j'en aurai assez de parler et de lire en anglais, dans ma vie quotidienne. Ca m'énerve un peu de manifester cet attachement à ma langue, je trouve que ça fait posture d'écrivain ; mais c'est la vérité. (...)

Il y a aussi ce qu'on pourrait appeler la France de Denis Tillinac - départementales et confit de canard. (...) Nous avons affaire à un très beau pays. Ces paysages ruraux, avec la subtile alliance de champs cultivés, de prairies et de bois. Les villages au milieu, la pierre des maisons, l'architecture des églises. Tout ceci changeant vite, en cinquante kilomètres on découvre une autre composition, tout aussi harmonieuse. C'est incroyablement beau, ce qu'ont réussi à faire, au cours des siècles, des générations de paysans anonymes
." (Extrait de Ennemis Publics, pp 122-124)

Mais le plus surprenant, le plus saillant reste bien la page d'ouverture... Quel est le degré de sincérité de ce double portrait qui doit ravir tous ceux que nos deux auteur exaspèrent ? Quelle part de jeu, de provocation ?

Ne fallait-il pas un vrai goût du risque pour que BHL laisse passer dès les premières lignes une satire aussi mordante ? Lui qu'on dépeint souvent comme un homme dépourvu d'humour fait preuve ici d'un détachement qui ressemble fort à un coup de poker, un pied de nez à toutes les moqueries. Le rêve aurait été que tout le livre soit de cet acabit...