vendredi 11 septembre 2026
Par admin,
vendredi 11 septembre 2026 à 15:51 :: Littérature française
e ne sais pas si Jacques Prévert est un con, comme l'annonçait Houellebecq dans un article célèbre, mais il avait un bien jolie maison dans le Cotentin (sa dernière demeure), couronnée par un splendide atelier où il réalisait ses collages. Il a écrit des poèmes que ma fille récitait en école primaire, nous a offert les dialogue de quelques-uns des plus beaux films français et, last but not least, a claqué la porte au nez de Breton dans un célèbre pamphlet, Un cadavre, faisant écho à un premier, au nom d'une liberté créatrice dont j'ai déjà parlé ici. Dans la boutique, j'ai dégotté un recueil de poèmes et de collages dont le seul titre, "Fatras", vaudra à Prevert l'inscription honorifique au Panthéon du Cercle potache.
aucun commentaire
Par admin,
vendredi 11 septembre 2026 à 15:51 :: Littérature française
Des six grands romanciers français du 19eme, c'est Zola que j'ai le plus de plaisir à lire - prose fluide, nourrie, pas vieillie pour un sou. Relisant "L'œuvre" (1886, 14ème volume des Rougon-Macquart), je suis cependant frappé par quelques contradictions, du moins quelques tensions travaillant le livre. La fascination de l'auteur pour la fatalité génétique fait un peu tache dans une carrière qui s'affiche comme progressiste. A vrai dire, plus personne n'oserait aborder la question, si ce n'est pour la saborder !
Quant à sa fascination pour la déchéance, qui l'a souvent fait accuser de misérabilisme, elle n'est pas vraiment un problème - après tout, cette complaisance avec l'échec et la morbidité vaut bien d'autres tonalités. Baudelaire peignait la dépression, Aragon faisait agoniser certaines figures pendant cinquante pages. Non, ce qui suprend est le plaisir manifeste que prend Zola à décrire par le menu chutes et ressassements de la misère. On dirait que, sous la profession de foi de l'humaniste, travaillant à élever le citoyen en offrant le tableau des pièges à éviter, dort un sombre romantique, adepte de visions de cauchemar et de décadence. Ce qui, au fond, n'est pas pour me déplaire.
aucun commentaire
lundi 7 septembre 2026
Par admin,
lundi 7 septembre 2026 à 15:52 :: Billets d'humeur (relative)
C'est une source d'étonnement pour moi, les régions de belles maisons. Pourquoi donc les Alsaciens, les Basques, les Bretons, d'autres encore, mettent-ils tant d'application à construire de belles bâtisses ? Cela trahit-il de la richesse, du travail, du goût, le sens de la beauté ? Cette énergie, physique et psychique, qu'en font donc les autres ? Y aurait-il décidément des réserves de force que l'on choisirait d'investir dans tel ou tel domaine, au détriment d'autres ? Comment s'opère la répartition ? Quand on quitte l'Alsace en traversant les Vosges, vers l'ouest, on quitte ainsi des plaines et des vallées de maisons cossues, propres et colorées, pour découvrir des zones qui sentent l'usure et la peine. Je ne sais pas dans quelle mesure les conditions sociales et historiques expliquent seules ces contrastes.
aucun commentaire
Par admin,
lundi 7 septembre 2026 à 15:50 :: Cercle d'études potaches
L'escargot est devenu l'animal totem du Cercle potache (bientôt viendra le légume, à l'occasion d'un dîner Fruits et légumes). Il est apparu en chair et en os lors du tout premier dîner, le Dîner de l'escargot (vivant sur la table, rôti dans les assiettes) et j'ai pris plaisir à voir en lui non seulement la figure mystique de cet homme enroulé sur lui-même de la basilique de Vézelay, mais aussi la gidouille du Père Ubu (l'intériorité, donc, et l'expansion grotesque).
Au merveilleux musée Unterlinden de Colmar, je découvre l'un de ces bustes classiques couverts d'escargots par Théo Mercier. La notice précise que l'escargot rappelle "l'inexorable épreuve du temps et l'ensevelissement progressif des mémoires". C'est un peu plus triste que la gidouille mais c'est joliment dit. Je note pour de futures exégèses cocasses - d'autant que je réalise chaque jour un peu plus combien le projet potache est un travail sur le temps.
aucun commentaire
mardi 1 septembre 2026
Par admin,
mardi 1 septembre 2026 à 15:42 :: Les Crapules (2026)
Merci Marin de Viry pour ce bel article du Figaro magazine (29.08) en bonne place dans le dossier Coups de coeur de la rentrée littéraire
"SEXCAM ET LUTTE DES CLASSES
C’est la vengeance d’une actrice porno qui a commencé devant la caméra face à son lit, puis s’est épanouie sur des plateaux plus professionnels. Elle tire son succès relatif de scènes qui alimentent le fantasme ordinaire, banalement poivré, de la mère de famille chaude et sexy. Elle entretient des rapports courtois avec ses collègues. Elle aime son travail. Un jour, une vidéo d’elle circule dans le collège de son fils, qui devient l’objet de la moquerie de ses camarades. C’est le début d’une intrigue qui vire non seulement au polar sociologique haletant, mais aussi à une grande étude sur les déterminants du désir – pas seulement sexuel – dans notre société. Beaucoup trop doué pour céder à la moraline éditoriale, Aymeric Patricot n’a pas fait de l’actrice porno une justicière venue réparer les turpitudes du siècle. C’est une femme simple, presque une femme pauvre à la Léon Bloy, mais dans une société revisitée par le triomphe de la consommation des corps – de leur dévoration. Il y a du monde : un flic corrompu qui veut se faire oublier quelque temps, son épouse hiératique, vengeresse et traumatisée, son grand frère mou, un dealer et souteneur au front de bœuf, un acteur porno de petite taille, une principale de collège droite dans ses escarpins : toute une faune où les échanges libidineux entre petits et grands de ce monde traversent les classes sociales. Tous se battent, se mentent, complotent, comme dans la mythologie grecque ; mais ici et maintenant, dans notre monde de perversité molle, de tiède amour du mal. Excellent !"
aucun commentaire
dimanche 30 août 2026
Par admin,
dimanche 30 août 2026 à 15:49 :: Littérature française
J'ai toujours trouvé qu'il y avait contradiction dans l'œuvre de Breton entre son éloge du rêve et son attitude intransigeante, sa fâcheuse tendance à excommunier. Des spécialistes rétorquent qu'il fallait ces principes de feu pour une période de remous politiques. Il fallait aussi des règles pour tenir un programme artistique si révolutionnaire. Je le soupçonne malgré tout d'avoir caché sous cette posture de manitou un goût pour le pouvoir. N'est-il pas absurde de vouloir régenter le surréalisme ? On n'entre pas en révolution existentielle pour subir la férule de nouveaux flics.
Je suis soulagé de lire dans l'étonnant "Journal d'un génie" de Dali - certains comme Soupault l'accusaient de salir le mouvement - que la rupture entre les deux mages est effectivement intervenue à l'occasion de ce débat. Et malgré le caractère loufoque du texte, je dois bien avouer que je penche du côté de la sensibilité dalienne : liberté totale en matière de création !
"Quelqu'un comme moi qui prétendais être un vrai fou, vivant et organisé, d'une précision pythagoricienne dans le sens le plus nietzschéen du mot, ne pouvait exister. Arriva ce qui devait arriver : Dali, surréaliste intégral, postulant une absolue absence de contrainte esthétique ou morale, animé de la "volonté de puissance nietzschéenne", affirma que toute expérience pouvait être portée à ses limites extrêmes, sans solution de continuité."
aucun commentaire
Par admin,
dimanche 30 août 2026 à 15:46 :: Littérature française
Je découvre amusé l'œuvre de Jean Lorrain (1855-1906), figure haute en couleur du décadentisme. Ce n'est pas un hasard s'il dédie certain de ses recueils à Huysmans, dont il reprend l'élitisme, la culture du luxe, le goût du raffinement, les atmosphères crépusculaires - le tout à Paris ou dans les environs de Fécamp, ce qui est original. Ce genre de cocktail existe-t-il encore ?
Peut-être y avait-il de cela chez Sollers dont la joie, qui paraissait souvent forcée, cachait quelque chose de l'avachissement des vies de satrapes. Toute l'œuvre de Houellebecq est également dominée par un côté jouissons-vite-avant-que-le-monde-ne-disparaisse. Son rapport avec Huysmans est d'ailleurs explicite dans "Soumission" (2015).
Il y a bien par ailleurs certains essayistes qui déclarent l'époque en décadence, mais le luxe et le désespoir ont désormais trop mauvaise presse pour qu'ils assument le mode de vie qui pourrait aller avec.
aucun commentaire
lundi 17 août 2026
Par admin,
lundi 17 août 2026 à 15:08 :: Littérature française
J'ai découvert Colette à une époque où on la lisait moins. Son œuvre paraissait vieillie. D'autres icônes féminines avaient pris sa place, avec des écritures plus franches, moins exigeantes. Ses belles éditions de poches ternissaient dans les bibliothèques et elle avait disparu des programmes. Je me faisais l'impression d'être snob à aimer et à conseiller ses livres denses comme de la poésie. Puis elle est revenue à la mode. Son personnage de femme libre et provocante a semblé moderne - on lui pardonne ses piques contre le féminisme. Elle est devenue lecture obligatoire en lycée. J'étais presque déçu de ne plus appartenir au club très fermé des fidèles par-delà les âges. Seulement, si j'en crois les retours de lecture d'étudiants, la pauvre Colette n'a pas l'heur de beaucoup plaire... On la trouve ennuyeuse, difficile à lire. Bientôt une nouvelle éclipse de son prestige ? Grâce à quoi je redeviendrais l'un des happy few...
aucun commentaire
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 >