La littérature sous caféine


jeudi 3 juillet 2025

Les fantômes d'Hortense



Ce soir-là nous avons eu des fantômes lointains, des fantômes de longue date, des fantômes éternels, des fantômes réincarnés, des fantômes incompréhensibles.

Refus du potache

Depuis trente ans j'ai ce livre de Roubaud dans ma bibliothèque, tellement décati que les vrillettes ont attaqué les pages. Je ne l'avais jamais lu ! Ce n'était pas faute d'avoir essayé... J'aimais ce nom de Roubaud et j'étais attaché à l'Oulipo depuis qu'à Tokyo j'avais rencontré Michel Butor, friand de jeux littéraires. Mais le ton badin m'assomait. Sa légèreté me paraissait superficielle, son humour ne me faisait pas rire. Et puis, nouveau paradoxe : je me suis mis en tête d'organiser ce "Belle Hortense à La belle Hortense" ; je me suis donc contraint à le lire, ce qui n'a rien de potache. L'ai-je davantage aimé ? L'ai-je même compris ? Je ne saurais pas dire. Et cela, en revanche, sonne bel et bien potache.

mardi 1 juillet 2025

Tunnels

On se plaint souvent des descriptions. Mais ne juge-t-on pas les romanciers d'abord à leurs tunnels ? Les vrais morceaux de bravoure, ce sont eux. Même dans les textes où on ne les attend pas, comme dans cette "Histoire d'O" qui raconte des supplices très dénudés mais brille curieusement par ses descriptions d'habits...

mardi 24 juin 2025

Sponsor

La 5e soirée potache ("La belle Hortense à La belle Hortense", dimanche 29 juin) sera sponsorisée par Jean-philippe Gilliot, artiste belge et potache s'il en est, qui nous a fait l'amitié de concevoir autocollants et médailles à cette occasion. Je remettrai donc à chaque participant, ce soir-là, la première médaille de l'histoire du cercle. Gageons qu'il y en aura d'autres !

Soirée potache 5: La belle Hortense à La belle Hortense

mercredi 11 juin 2025

De la famille à la société

"Vipère au poing" vaut bien mieux que son statut de classique de collège. Je découvre sur le tard la plume acérée d'Hervé Bazin, qui me rappelle celle de Jules Vallès. Tous les deux se ressemblent : d'une jeunesse sans amour ils tirent la volonté de combattre la société, le refus de se soumettre. Ce n'est pas d'abord le spectacle des injustices qui décide de leur engagement, mais une souffrance au sein de la famille. Ils auraient pu se contenter de détester leurs parents, ils étendent leur colère à la sphère sociale. C'est dire la force de ce qu'ils ont ressenti ! Et leur caractère obstiné... "Je suis une force de la nature. Je suis le choix de la révolte. Je suis celui qui vit de tout ce qui les empêche de vivre. Je suis la négation de leurs oui plaintifs distribués à toutes les idées reçues."

Saint-Gond

Chaque printemps je rends une visite cérémonieuse à un petit paradis vert, le marais de Saint-Gond. J'y évolue parmi les libellules et les rainettes, je guette les empreintes de cervidés, j'identifie les chants de pouillots véloces et de bergeronnettes, j'approche les fleurs d'aubépine et les iris des marais. L'eau repose mais elle grouille de vies secrètes. Je m'y fais de grands serments de lecture, notamment dans ce genre très américain du Nature writing - promis, cette année j'achève enfin l'imposant Walden de Thoreau !

jeudi 29 mai 2025

La dimension perdue

J'aime beaucoup l'inquiétante étrangeté telle que la définit Freud et telle qu'elle s'exprime dans un certain nombre d'œuvres, du cinéma (Lynch, Cronenberg...) à la littérature (McDowell, Lovecraft...) en passant par la bande-dessinée (Burns, l'eroguro japonais...). Et c'est précisément dans ce genre que Nicolas Le Bault frappe un grand coup avec sa série de bandes-dessinées "La dimension perdue", dont sort tout juste le troisième tome. Ici le sordide se laisse approcher par le bizarre. Le trait naïf et coloré compense la radicalité du propos - ce billet serait censuré si j'en énonçais les thèmes ! Cet art subtil en définitive accomplit une forme supérieure de poésie.