La littérature sous caféine


dimanche 6 juillet 2025

Trouvez Hortense

Le thème était pointu, je n’attendais que trois personnes et nous fûmes neuf… Je n’ai donc pas été capable de tenir le chiffre de six – à croire que la mise en abyme affole les compteurs. Il s’agissait de célébrer ce bar où j’ai pris mes habitudes depuis quinze ans. Ça tombe bien, Brigitte Le Guern nous a annoncé son prochain départ. Un cycle s’achève ! Et se fond dans un autre – je pense à une future soirée géométrie. En attendant nous n’étions que deux à avoir lu le roman de Roubaud, et j’ai découvert à cette occasion mon curieux penchant à l’extrapolation : Pierre-Yves m’avait annoncé qu’un de ses amis se trouvait dans le volume 2, j’en ai conclu qu’il avait une connaissance intime du texte et nous parlerait du quartier. De même, Marien dont la mémoire est légendaire a cru se rappeler de moi dans un débat auquel je n’ai pas participé. J’ai remis avec fierté les médailles conçues par le surréaliste JeanFi et les conversations se sont enfuies vers la politique (différences droite-gauche, transhumanisme, féminisme) et la littérature (Sollers, Michaud). Heureusement la cloche a souvent battu la chamade, notamment dix minutes avant la fin : dans le feu d’artifice final Pierre-Yves a lu des passages lestes qui m’avaient échappé (je me suis promis de relire ce roman d’abord détesté) et j’ai conclu par le mystérieux poème H de Rimbaud, qui s’achève par le célèbre « Trouvez Hortense ! » Cette Hortense, nous l’avons à peine approchée mais elle s’est inscrite en nous.

Maître

Pour la troisième année consécutive, j'ai animé la finale du tournoi rhétorique interprépa de Troyes. Les HEC l'ont emporté sur les scientifiques mais la compétition fut féroce, d'autant qu'un "Maître des forces obscures" hantait les lieux, prêt à départager les candidats en cas d'égalité - il aurait incarné la puissance du hasard. C'est également lui qui a remis coupe et médailles, amplement méritées par des candidats qui se sont battus toute l'année pour atteindre la finale.

jeudi 3 juillet 2025

Les fantômes d'Hortense



Ce soir-là nous avons eu des fantômes lointains, des fantômes de longue date, des fantômes éternels, des fantômes réincarnés, des fantômes incompréhensibles.

Refus du potache

Depuis trente ans j'ai ce livre de Roubaud dans ma bibliothèque, tellement décati que les vrillettes ont attaqué les pages. Je ne l'avais jamais lu ! Ce n'était pas faute d'avoir essayé... J'aimais ce nom de Roubaud et j'étais attaché à l'Oulipo depuis qu'à Tokyo j'avais rencontré Michel Butor, friand de jeux littéraires. Mais le ton badin m'assomait. Sa légèreté me paraissait superficielle, son humour ne me faisait pas rire. Et puis, nouveau paradoxe : je me suis mis en tête d'organiser ce "Belle Hortense à La belle Hortense" ; je me suis donc contraint à le lire, ce qui n'a rien de potache. L'ai-je davantage aimé ? L'ai-je même compris ? Je ne saurais pas dire. Et cela, en revanche, sonne bel et bien potache.

mardi 1 juillet 2025

Tunnels

On se plaint souvent des descriptions. Mais ne juge-t-on pas les romanciers d'abord à leurs tunnels ? Les vrais morceaux de bravoure, ce sont eux. Même dans les textes où on ne les attend pas, comme dans cette "Histoire d'O" qui raconte des supplices très dénudés mais brille curieusement par ses descriptions d'habits...

mardi 24 juin 2025

Sponsor

La 5e soirée potache ("La belle Hortense à La belle Hortense", dimanche 29 juin) sera sponsorisée par Jean-philippe Gilliot, artiste belge et potache s'il en est, qui nous a fait l'amitié de concevoir autocollants et médailles à cette occasion. Je remettrai donc à chaque participant, ce soir-là, la première médaille de l'histoire du cercle. Gageons qu'il y en aura d'autres !

Soirée potache 5: La belle Hortense à La belle Hortense

mercredi 11 juin 2025

De la famille à la société

"Vipère au poing" vaut bien mieux que son statut de classique de collège. Je découvre sur le tard la plume acérée d'Hervé Bazin, qui me rappelle celle de Jules Vallès. Tous les deux se ressemblent : d'une jeunesse sans amour ils tirent la volonté de combattre la société, le refus de se soumettre. Ce n'est pas d'abord le spectacle des injustices qui décide de leur engagement, mais une souffrance au sein de la famille. Ils auraient pu se contenter de détester leurs parents, ils étendent leur colère à la sphère sociale. C'est dire la force de ce qu'ils ont ressenti ! Et leur caractère obstiné... "Je suis une force de la nature. Je suis le choix de la révolte. Je suis celui qui vit de tout ce qui les empêche de vivre. Je suis la négation de leurs oui plaintifs distribués à toutes les idées reçues."