La littérature sous caféine


vendredi 8 septembre 2006

Christine Angot : Les Désaxés (Livre de Poche, 2005), Rendez-vous (Flammarion, 2006)



Moins bien accueilli, moins bien vendu que les précédents, Les Désaxés s’est vu reprocher de tourner le dos à l’autofiction. Pourtant Christine Angot y mettait au point un style plus fluide qu’auparavant, également plus dépouillé, cherchant à saisir au plus près la déliquescence d’un couple. Les faits et les pensées nous apparaissaient dans ce qu’ils avaient de plus quotidiens. Les meilleurs pages évoquaient Selby, par leur tentative d’approcher une sorte d’énergie fondamentale et fruste.

Revenant à ce qui fait son succès – la dissection de son propre vécu -, Angot reprend pourtant dans Rendez-vous le souffle, étonnamment limpide, dont elle avait trouvé la formule avec le précédent. Il faut reconnaître que ces confidences sur l’amour, le sexe et l’écriture font mouche. On regrettera quelques longueurs sur la fin, pour mieux apprécier la très forte exigence, sensible dès l’ouverture, d’une écriture à la fois dense et fortement innervée par la vie.

mardi 5 septembre 2006

Olivier Adam : Falaises (Points, 2006)



Difficile d’écrire sur le deuil de sa mère sans être ennuyeux, ni triste à mourir, ni désespérément répétitif. Olivier Adam réussit le parfait équilibre entre l’épanchement de la douleur et la tension romanesque. Dans un livre de facture très classique – court, bien construit, au style ciselé – il fait passer une très large palette d’émotions, souvent sombres, mais toujours puissantes.

« Paris regorgeait d’hallucinations, d’apparitions fugaces au coin d’une rue, dans l’ombre d’un porche, le reflet d’une vitrine. Paris débordait de sosies de ma mère. Femmes discrètes et livides, maigres et blondes, se hâtant sur les trottoirs, au milieu des voitures, disparaissant dans les bouches de métro, le hall d’un hôtel, la porte codée d’un hôtel particulier. Etrangement il s’agissait presque toujours de femmes élégantes et mystérieuses. » (p150)

lundi 4 septembre 2006

Citation de Bataille



Dans la prose torturée de Georges Bataille, ses éternels élancements de désespoir et d’accablement, ses ressassements de quelques vérités, il nous arrive de tomber sur ce genre de fulgurance :

« Se demander devant un autre : par quelle voie apaise-t-il en lui le désir d’être tout ? sacrifice, conformisme, tricherie, poésie, morale, snobisme, héroïsme, religion, révolte, vanité, argent ? ou plusieurs voies ensemble ? ou toutes ensemble ? Un clin d’œil où brille une malice, un sourire mélancolique, une grimace de fatigue décèlent la souffrance dissimulée que nous donne l’étonnement de n’être pas tout, d’avoir même de courtes limites. Une souffrance si peu avouable, mène à l’hypocrisie intérieure, à des exigences lointaines, solennelles (telle la morale de Kant). » (L’expérience intérieure, p10)

samedi 2 septembre 2006

Maylis de kerangal : ni fleurs ni couronnes (Verticales, 2006)

Deux courtes histoires de misère, de naufrage et d'amour retrouvé - merveilleusement écrites. Mine de rien, je connais peu d'auteurs contemporains maniant aussi joliment la plume, et frôlant la préciosité sans jamais l'atteindre.
De plus, des nouvelles aussi dépouillées lorgnent rapidement du côté du conte. Or l'auteur évite ici l'écueil de la parabole, et du ton pontifiant allant de pair. Cet équilibre subtil est la vraie réussite du livre.

"Entre Cork et Kinsale, il y a le bourg de Belgooly, en amont d'un bras de mer glacé. Des hameaux poitrinaires s'y disputent la boue, la terre et les racines, les poignées d'herbes sales. L'un d'entre eux, situé en retrait de la route de Carrigaline, à l'est, est la hameau de Sugàan. C'est là que Finbarr Peary vint au monde, gras et splendide, d'une mère à demi morte et d'n père faible et brutal."

mercredi 30 août 2006

Kathy Acker : La vie enfantine de la tarentule noire, par la tarentule noire (Collection Désordres, éditions du Rocher, 2006)



Série de monologues hallucinés : des femmes laissent parler leur désir et leurs folies. Les temps se télescopent, les contradictions révèlent sursauts psychiques et tensions. La précision, l’énergie l’emportent et la poésie du recueil est indéniable.

Extrait :
« Je suis encore une enfant lorsque je vois mon père et ma mère traînés jusqu’à l’hospice des pauvres du quartier, j’erre seule dans les rues de la ville un vieil homme m’arrête me demande si j’ai besoin d’aide je m’enfuis un homme noir glisse sa main sous mon maillot de corps touche ma poitrine plate un fermier du coin m’engage comme servante. Trois années de merde il faut que je sois forte j’apprends vite. » (p19)

Philippe Forest : Sariganawa (Folio, 2005)

Série d’essais sur l’œuvre et la vie d’artistes japonais. Le livre s’ouvre par une longue digression de l’auteur sur son propre rapport à la vie, la littérature et ses rêves d’enfant. Ce bout de prose somptueuse, à l’éloquence à la fois classique et discrète, laisse une forte impression. Les essais, par la suite, perdent un peu de cette éclatante densité.

Extrait :
« Tous les souvenirs enfin s’effacent. Et puis restent les rêves. Alors, comme ils sont seuls désormais, c’est à eux que l’on confie le souci de sa vie. » (p15)

lundi 14 août 2006

Perle des cours de français n° 4

- Quelqu’un connaît le sens du mot « anthropologie » ?

- Monsieur, c’est là où il y a des entrepôts ?

Perle des cours de français n° 3

- Monsieur, la punition que vous m’avez donnée, c’était bien, conjugué à tous les temps : « J’emmerde le professeur » ?