La littérature sous caféine


mercredi 9 mars 2016

Edouard Louis, un petit Blanc à Saint-Germain

Dans le beau premier livre d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, le thème de la race n’apparaissait que de manière incidente. Le narrateur, homosexuel picard, n’évoquait le racisme de sa famille que pour mieux suggérer la misère intellectuelle de cette dernière. Le racisme était ainsi décrit comme l’un des stigmates de la pauvreté blanche – non que le narrateur se décrive comme blanc, mais il montrait que les pauvres restent engoncés dans des schémas de pensée simplistes et que l’ascension sociale consiste précisément à se dégager de ces clichés.

Dans le deuxième livre d’Edouard Louis, tout aussi marquant, Histoire de la violence (2016), le thème de la race devient central – et il y a quelque chose d’ironique à voir le narrateur, évoluant désormais dans une sphère distinguée (celle d’intellectuels parisiens s’offrant des Pléiade) et pensant avoir échappé au marigot des stigmatisations sexuelles, sociales et raciales, les affronter à nouveau mais de manière plus brutale. Car il ne se contente plus d’observer, mal à l’aise, ses parents se perdre en insultes contre les Noirs ou les Arabes : il subit lui-même un viol de la part d’un dénommé Réda.

Le plus intéressant n’est cependant pas ce retour de flamme des rancœurs entre classes et communautés. Mais le fait que le narrateur se sente des scrupules à nommer la race de l’agresseur. A bien y réfléchir, le cœur du livre consiste moins dans le viol d’un Blanc devenu bourgeois par un Kabyle, que dans la mauvaise conscience d’une victime à décrire ce qui constitue l’identité même de l’agresseur. Autrement dit, et pour employer un vocabulaire crûment politique, le livre pose la question suivante : comment résister, quand on est petit Blanc, à l’appel du Front national ?

Devant ce dilemme – ne pas nommer la dimension raciale au risque de perdre en richesse descriptive, ou bien nommer cette part raciale au risque de passer, précisément, pour un raciste –, l’auteur tranche en faveur de la seconde solution. Mais, afin de parer toute accusation de racisme, il désamorce le mal qu’on pourrait penser de l’agresseur en le présentant, in fine, comme la véritable victime – une victime de la violence ancestrale de la société française sur la société algérienne.

Le narrateur établit donc une hiérarchie victimaire implicite : les plus victimes, donc les moins coupables, quels que soient leurs actes, seraient les membres des minorités ethniques ; ensuite viendraient les petits Blancs, coupables d’être blancs mais victimes de pauvreté ; enfin, les bourgeois blancs, coupables de toutes les turpitudes. Cette distribution des rôles permettrait d’établir les droits et les devoirs de chacun. Par exemple, le petit Blanc pourrait se plaindre du regard méprisant du bourgeois ou des brimades sexistes exercées par les siens, mais pas de la violence physique exercée par « plus victime » que lui.

Par ailleurs, le narrateur déclare très explicitement mieux supporter cette dernière violence, quand bien même elle a failli le tuer, que le racisme exprimé par les policiers lorsqu’il leur raconte son agression – suggérant, sans tout à fait le dire, que la première agressivité reste avant tout d’ordre social alors que celle des seconds s’apparente bel et bien à cette horreur absolue qu’est le racisme.

J’ai relevé quelques mots particulièrement symptomatiques à propos de ces hiérarchies. Ainsi la sœur du narrateur déclare-t-elle, page 64 :

« C’est là que l’autre a voulu savoir si Edouard il avait des origines anglaise ou allemandes (…) et Edouard lui répond : Malheureusement ni l’un ni l’autre, il dit en riant la phrase de notre père qu’il disait à propos de la famille. Comme disait mon père, français pure souche, sans mélange, parents français, grands-parents français, arrière-grands-parents français, arrière-arrière grands-parents français, arrière-arrière-arrière grands-parents français. »

Le narrateur est très clair-là-dessus : il regrette, même sous forme de boutade, de ne pas avoir d’autre origine que française, feignant d’utiliser une expression pour s’en moquer, « française de souche », mais l’utilisant malgré tout parce qu’il n’en a pas d’autre à disposition. La fulgurance du passage tient au fait que la honte est comme redoublée : honte d’être blanc, mais honte aussi de n’être porteur que d’une seule origine parmi les dizaines d’origines possibles dans le cas de la « blanchitude ». De manière cruelle, le père se glorifiait de cette chose dont le fils a aujourd’hui honte.

En fin de compte, on voit le paradigme raciste s’inverser : à la pureté raciale considérée comme désirable se substitue le métissage ou même la pureté raciale mais « autre », c’est-à-dire non blanche, si bien que le fils du petit Blanc, en plus d’être pauvre, loin de se sentir privilégié par sa couleur de peau, la perçoit comme une forme de déchéance. Comment s’étonner dans ces conditions que, violé par un Kabyle, le narrateur résiste au long du livre à désigner ce violeur comme coupable ? Un peu comme si la victime n’avait pas assez d’épaisseur existentielle pour avoir l’arrogance de se constituer en victime.

Pour conclure, je suis à peu près sûr que le narrateur d’Edouard Louis refuserait de se voir accoler l’étiquette de petit Blanc, considérant précisément qu’il se situe au-delà des catégories raciales. Mais cette pudeur, ou cette inconscience, me paraît tenir précisément aux paradoxes de la situation du petit Blanc (la terminologie sartrienne me paraît ici appropriée), souffrant de la racialisation qu’on lui impose mais d’autant plus rabattu vers elle qu’il espère s’en émanciper – le tout dans une société où il ne sera sans doute plus possible, et pour longtemps, de le faire.

lundi 7 mars 2016

"Le bonheur tient à si peu..." (Les vies enchantées, enquête sur le bonheur - La Montagne)

"Le casting fait tout le charme de ce petit guide du bonheur pas tout à fait consensuel, pas du tout mièvre et surtout pragmatique. Une potentielle source d’inspiration. Et si jamais le bonheur se révélait contagieux, qui sait…

Le constat est rude. «On a un moi très limité. On ne com­prend pas tout. On meurt as­sez vite ». Le drame immémorial de la condition humaine. Ayme­ric Patricot le jure, il n’avait jamais lu les divers traités publiés sur le bonheur ou multi­ples manuels de développement personnel. Pas envie de se laisser «phagocyter ».

Pour aborder la question res­sassée du bonheur, ce profes­seur de lettres à Troyes, agrégé, la jeune quarantaine, est allé tout simplement à la pêche aux gens heureux, qu’ils soient res­tés tenaces dans sa mémoire ou irradient son quotidien. «Avec ce bouquin, j’ai essayé de fabri­quer une théorie du bonheur », confie l’auteur des Vies enchan­tées, enquête sur le bonheur (éditions Plein Jour).

«Ils ont un côté obsessionnel. »

Au commencement, sa «sur­prise» comme facteur déclen­chant de l’écriture. «Je n’imagi­nais pas qu’on puisse être heureux ainsi ». Il pense notam­ment à ce gars croisé il y a vingt ans, à qui il consacre un long chapitre intitulé :«Le bai­seur ». Il trouvait sa félicité dans le «sexe immédiat », décom­plexé et butineur. «Il avait un côté un peu fou, un peu mania­que aussi. La plupart de mes personnages ont ce côté obses­sionnel. Ils vont au bout d’une sorte de délire. On n’est pas dans le côté serein, bouddhiste à la Frédéric Lenoir, mais plutôt dans la folie douce ».

Il y a ce collègue qui entasse et classe compulsivement ses li­vres jusqu’à tapisser son pla­fond, cette femme qui a misé toute sa vie sur sa forte poitrine, cette autre qui oublie ses che­veux gris dans la contemplation de son jardin. Ou encore ce père de famille pour qui «le bonheur est une discipline » et une obli­gation paternelle.

Aymeric Patricot s’est toujours méfié des gens qui se disent heureux. Toujours suspects en plus d’être passablement aga­çants.Sans compter leur légère tendance à se la raconter, à «en imposer aux autres et à se men­tir à eux-­mêmes ». Alors il leur a préféré ceux qui «donnent l’im­pression d’être heureux », et a cherché à extirper de leur vie la recette de cette béatitude re­nouvelée. Sans les interviewer. Il les observe parfois comme des objets curieux, mais sans juge­ment. Lui revendique un petit côté Schopenhauer, pas fran­chement connu pour son opti­misme à toute épreuve. Mais cette idée négative que le bon­heur n’est rien d’autre qu’une absence de malheur lui parle. Toutefois, il se dit bien moins pessimiste. «Pour ma part, je pense qu’il est parfaitement possible d’être heureux si on entretient une part d’illusion. J’ai une vision assez ludique des choses. L’idée, c’est d’oublier notre finitude ».

«O nsublime, on s’excite de petites choses. On est dans la folie douce »

Ce que réussissent à merveille ses personnages. Pas parce qu’ils manquent de lucidité, au contraire, mais parce qu’ils par­viennent à «trouver une astuce pour la surmonter ». Ils ne sont pas seulement dans le trip «Profitons du café qu’on boit, là maintenant », mais dans l’exal­tation. «Regardez la femme au jardin, elle ne se contente pas d’admirer les petites fleurs. On n’est pas dans un hédonisme cool. Non, on sublime, on s’ex­cite de petites choses ».

Au milieu des anonymes, l’auteur invoque quelques écri­vains. Dont Colette. «J’en suis jaloux. J’aurais aimé être elle. Elle va à fond ». Mais, au fait, est-­il un homme heureux ? «Disons que j’ai réussi à identi­fier ce qui pourrait me rendre heureux, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Mais il me faut juste éliminer encore une ou deux choses dans ma vie pour y parvenir ». L’Homme, cet éternel insatisfait, toujours quelque chose qui cloche… Comme l’écrivait Jules Renard, «si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce en serait la salle d’attente »."

Florence Chedotal, pour La Montagne.

lundi 29 février 2016

"Les vies enchantées - enquête sur le bonheur" sur le blog "Clara et les mots"

"Aymeric Patricot ne nous livre pas un (énième) livre de recettes, de philosophie, de modes de vie pour atteindre le bonheur. Car à la vaste question qu’est-ce que le bonheur, chacun a ses réponses. Et quoi de mieux que donner la parole à des anonymes aussi différents par leur style de vie et qui expliquent ce qu’est le bonheur pour eux. Mais avant l’auteur différencie six groupes : le bonheur par expansion, par dispersion, par opposition, par sublimation, par synthèse, par dilution.

De celle qui s’occupe de son jardin avec amour et s’y épanouit au dragueur insatiable amoureux de l’amour physique en passant par le poète, le réactionnaire à une jeune fille dont la foi la rend heureuse mais aussi celui dont les billets de banque procurent une satisfaction sans nom.... Vous l’aurez compris, tous ces personnages si différents en quelques pages nous expliquent leur bonheur.

On peut être surpris ou trouver des fragments qui résonnent ou qui nous touchent, mais ce livre nous ouvre les yeux sur les autres et sur nous-mêmes. Il y a ceux qui ont changé de vie, d’autres pour qui le chemin était tout tracé, d’autres qui se remettent en question mais tous autant qu’ils sont par leur sincérité et leur témoignage ne nous laissent pas indifférents. Et forcement on se pose des questions sur notre façon de concevoir le bonheur. Au fil des personnages rencontrés, Aymeric Patricot dépeint des portraits d’écrivains célèbres comme Montaigne, Aragon, Beauvoir, Céline, Proust et Colette et leur rapport au bonheur ( un régal!).

Certains de ces anonymes puisent leur bonheur dans la mise en avance de soi ou dans le vice ou le cynisme. Ces personnes existent comme celles pour qui le bonheur personnel passe par celui de l’autre (en tant que personne humaine) ou par la liberté. Pour ces anonymes, le bonheur prend différents aspects et est souvent au final non figé (car dans une vie beaucoup de choses peuvent changer).

C’est vivant, surprenant également et j’ai beaucoup aimé comment Aymeric Patricot de façon très subtile glisse quelques réflexions toujours très appropriées. Hyper intéressant, cet essai joyeux et gai nous amène à nous interroger sur nos bonheurs et c'est très réussi ! A lire et à relire.

L'humaniste
Quelque chose est toujours possible, d'autant plus si nous travaillons en groupe. Fort de cette foi dans l'œuvre commune des hommes, je cherche toujours à entrevoir chez autrui la part essentielle d'humanité, la part excellente avec laquelle échanger.

Le maniaque
L'effet est magique. Travaillant perpétuellement sur ma vie, je la connais : je la trouve sous mon stylo, sous mon clavier, dans mes fichiers… Elle a cessé de m'angoisser pour me fasciner tout à fait. Je la dissèque comme un bel animal ressuscitant chaque jour sous mon scalpel. Je ne ressens plus ni tristesse ni nostalgie. Les jours défilent et je m'en réjouis : je m'approche d'une vision plus globalisante - et donc presque parfaite- de ma propre vie.

Le poète
La réalité me pose problème. Je ne vous dirai rien sur l'histoire de ma famille car cela n'expliquerait pas le rapport très particulier que j'ai au monde, ou ça l'expliquerai mais sans restituer la nature exacte de ce que je ressens. Quoi qu'il en soit, à mes yeux, le quotidien ne va pas de soi.(...) Je n'en reviens toujours pas que l'homme puisse réduire son comportement, dans certaines circonstances qui ont tendance à se multiplier, à quelque chose d'aussi dépourvu de bienveillance. Nous jouons tellement de rôles ! Moi-même, je donne des cours pour acquérir un statut social. Je séduis beaucoup pour me prouver des choses à moi-même et montrer à tous comment je comprends les règles qui nous régissent et comme je peux réussir à les transcender – croyez-moi, je suis très lucide à cet égard. Mais ce qui m'a toujours peiné, c'est que la plupart des gens n'arrivent pas à marquer de distance par rapport à ces masques. Ils les prennent très au sérieux. Jamais d'ironie de leur part, jamais d'élan vers un autre domaine que la plus reproduction des codes, cette espèce de machine.(...) Alors la poésie c'est la grande échappatoire. Non pour fuir la réalité mais pour la trouver. Ce sont des élans travaillés pour produire le même effet sur le lecteur, c'est-à-dire la sensibilisation d'entrer en communication avec les courants essentiel de nos vies, la vie pleinement comprise et pleinement vécue.

Le cynique
Chaque jour, je m'abandonne. Je me laisse aller à vivre et j'accepte le grand affaissement vers la mort. Que voulez-vous, je n'arrive pas à mentir. Je souffrirais de trop jouer le jeu. On me dit cynique, je me considère comme réaliste. Personne ne me croit lorsque je me déclare heureux; je suis profondément heureux, pourtant. (....) Ma pensée caustique est une cure de jouvence.

La paysagiste
Je n'ai jamais été déçue. Je pensais me divertir, les jardins sont entrés dans ma vie. Leur fanfare m' a fait oublier certaines déconvenues. Mieux, elle a pris la place d'autres passions.(...)Encore une fois, je ne m'oublie pas dans ce jardin : je grandis mon corps à ses dimensions et je les laisse entrer en moi. C'est un bonheur instinctif, comme privé de parole."

Clara et les mots

jeudi 18 février 2016

Kubrick chez Boulle (Sybille Grimbert, "Avant les singes")

C’est un genre d’univers qu’on n’a pas l’habitude de découvrir en littérature française, du moins avec cette exigence. Lorgnant vers Boulle (La planète des singes), K. Dick (Le Maître du Haut-château) ou même Kubrick pour ses ambiances de couloirs froids et inquiétants, Sybille Grimbert délaisse en partie (mais en partie seulement) la satire sociale pour embrasser avec style, dans son dernier roman "Avant les singes" (Anne Carrière, 2016), le genre, disons, du roman fantastique à portée métaphysique. Dans un grand hôtel des Alpes suisses, lors d’une soirée de remise de prix, les membres de l’assistance basculent peu à peu dans un monde étrange où chacun semble avoir vécu des époques différentes, où les temps se télescopent et les identités virtuelles s’actualisent… Cela mériterait une trilogie !

vendredi 12 février 2016

"Ma poitrine a forgé ma vie bien plus que je ne l'ai façonnée" (La femme à forte poitrine dans "Les Vies enchantées", citée par L'Express)

"Heu-reux

Où trouvons-nous notre bonheur ? Réponses d'anonymes à Aymeric Patricot. Savoureux.

Quoi de plus déprimant que les traités sur le bonheur ? On oscille entre copie de bac philo et manuel de développement personnel. Saluons donc le dernier livre d'Aymeric Patricot, qui renouvelle le genre en présentant une série de témoignages anonymes sur ce qui leur procure du bonheur dans la vie. Concept tout simple, mais diablement efficace.

Le casting est excellent. Il y a Camille-la-paysagiste, qui oublie ses cheveux gris dès qu'elle arpente son jardin, sécateur en main. Jean-François-l'érudit, qui accumule compulsivement les étagères de livres, ambitionnant de rivaliser avec Wikipédia. Ou encore le control freak, qui photographie tous ses objets et archive le moindre ticket d'entrée à une exposition.

Imperceptiblement, ces témoignages, consignés chacun en quelques pages, amènent à nous interroger sur nos propres bonheurs. Quel espace leur ménageons-nous encore dans la routine de nos vies ? Et quelle est la part de notre libre arbitre ? A ces questions métaphysiques, la "femme-à-forte-poitrine" apporte une réponse claire: "Ma poitrine a forgé ma vie bien plus que je ne l'ai façonnée." Avec Patricot, le bonheur est toujours une idée neuve en Europe."

L'Express, Jérôme Dupuis, 10/02/2016

mercredi 3 février 2016

Fêtons la sortie du livre le mercredi 24 février à La Belle Hortense

Le mercredi 24 février, à partir de 20h, retrouvons-nous pour boire un verre à l'occasion de la sortie simultanée des "Vies enchantées - enquête sur le bonheur" (Plein Jour) et des "Petits Blancs" (Point Seuil), à la Belle Hortense, 31 rue Vieille du Temple, Paris 4.

mardi 2 février 2016

"Enquête sur le bonheur" dans Métronews

"Après des essais sur des sujets moroses, Aymeric Patricot a relevé le défi d’aller à la rencontre de gens que l’auteur sentait heureux dans le monde d’aujourd’hui. "Je ne les ai pas fait beaucoup parler, j’ai préféré laisser vaquer mon imagination, je craignais les discours forcés, les répliques convenues", précise-t-il. Pour lui, le bonheur s’observe par un tiers et ne s’évoque pas par soi-même, ça ne serait pas crédible. C’est ce qu’il a fait pour ce livre, en fin observateur, il nous retranscrit ses différents échanges en proposant des portraits épatants composés d’anonymes et d’écrivains célèbres comme Montaigne, Aragon, Beauvoir, Céline, Proust et Colette. Construite en six parties, l’enquête dévoile aux lecteurs différentes formes de bonheur, le bonheur comme une sorte de dialogue entre le "moi" et le monde.

En promenant le lecteur dans les différentes formes de la joie de vivre, Aymeric Patricot nous démontre avec ces différents témoins que finalement le bonheur ne répond à aucune recette, mais que chacun d’entre eux l’a trouvé en cultivant ses vices ou ses défauts. C’est avec ce regard subtil que l’auteur restitue ici une radiographie précise du bonheur ancré dans notre réalité. Les vies enchantées est le livre qui va à contre-courant de ceux qui nous expliquent comment être heureux. Et c’est en cela que sa démarche résonne. À travers ces témoins qui forcent l’admiration, Aymeric Patricot exprime un regard joyeux, réel et inattendu sur le bonheur, avec un souci de véracité qui rendra service au lecteur en quête de bonheur."

Christophe Margelle, pour Metronews

mardi 26 janvier 2016

Le bonheur selon Colette



"Je suis jaloux de Colette. J’aime sa façon d’aimer, forte et sensuelle. Et je suis effaré par son assurance. Elle ne doute ni du génie de la vie pour la combler ni de son pouvoir pour en jouir – et cela passe en partie par le langage qui est préparation, délimitation puis saisie de ce même plaisir.

Le bonheur de Colette, c’est la jouissance comprise et systématisée. Pas de morale, mais l’exigence de toujours saisir les frémissements de vie pure. Colette est dure ; elle ne pardonne ni les mesquineries ni les à-peu-près. Mais c’est une façon de répondre à son désir impérieux, son souci de dire, sa lucidité sans scrupule. On s’en voudrait de ne pas obéir à sa loi : ce serait manquer quelque chose comme l’érotisme même."

Extrait des "Vies enchantées - enquête sur le bonheur"