La littérature sous caféine


jeudi 21 août 2025

Histoire commune

En France on parle très peu du Québec, de ses peintres, de ses écrivains, de ses chanteurs... Ce ne sont que des cousins très éloignés. Il faut dire, comme le rappellent Gilles Havard et Cécile Vidal dans leur excellente "Histoire de l'Amérique française" (conseillé par Francois Villette), que notre histoire commune est jalonnée par des sursauts d'indifférence. Voltaire n'écrivait-il pas que "la France peut être heureuse sans Québec, ce désert glacé" ? Sentiment qu'une page de notre relation reste encore à écrire...

mardi 19 août 2025

Bonaventure

Je comptais me rendre en Gaspésie, jusqu'à l'île de Bonaventure, pour saluer ces roches habitées par les oiseaux que célèbre Breton dans "Arcane 17". De basses questions logistiques m'en ont empêché, et je me suis rabattu sur le Musée des beaux arts de Québec où se donne une exposition Niki de Saint Phalle. Le hasard faisant bien les choses , j'y ai découvert le tarot conçu par l'artiste française et cette carte de l'Etoile, ce fameux arcane 17. Mon pincement au cœur s'est atténué.

Québec

Passer de Montréal à Québec, c'est passer d'une ville américaine à une ville française, ou, plus précisément, à un mélange d'Irlande et de Bretagne. La ressemblance est même frappante avec Belfast, dans les quartiers modestes - je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement. Après tout, les Français catholiques subissent aussi le joug des Anglais protestants - n'est-ce pas cela, l'histoire du Québec ? Tout cela me donne envie de lire Joyce en sifflotant du U2...

lundi 18 août 2025

Des gens qui parlent français

Montréal, c'est une ville américaine remplie de gens qui parlent français. Manifestement heureux - du moins, détendus -, ils mangent n'importe quoi mais gardent cette élégance toute européenne qui consiste à éviter le délire américain du balancement entre obésité et obsession pour le sport. Les Québécois n'ont pas seulement gardé des noms français, ils ont aussi préservé quelque chose de la physionomie générale de leurs lointains ancêtres.

Bien-être

A la Nouvelle-Orléans, j'ai découvert des tensions raciales sur fond de jazz et de mythologie française. A Naples, un délire de cultures antique et chrétienne dispersé dans une ville décatie. A Montréal, je tombe sur la culture du bien-être et de l'efficacité.

vendredi 1 août 2025

Conjuration

Le monde actuel est une conjuration contre la lecture. Même dans les conditions idéales d'un vol, le voyageur est cerné par son smartphone et par un autre écran dressé devant le visage. Il faut une discipline de fer pour résister aux appels de la lumière. D'autant que ça n'est pas un plaisir coupable : il y a des chefs-d'oeuvres parmi les films proposés ! Dans ces conditions, les professeurs de français sont vraiment les derniers des Mohicans (c'est le cas de le dire : je me rends au Québec) : les élèves les détestent car ils persistent à leur imposer cette curieuse chose que représente aujourd'hui le fait de lire un classique.

jeudi 17 juillet 2025

Villa

A Capri, le pèlerinage vers la maison de Malaparte s'imposait. On s'y éloigne des foules se pressant dans les rues de richesse tapageuse. Plus personne ne lit Malaparte et c'est sans doute en mémoire de Godard et de Bardot que les rares promeneurs adressent un regard à la villa qui servit de décor au Mépris. Qu'aurait pensé Curzio de la dérive clinquante de l'île ? Fasciste puis communiste, peintre furieux de la guerre ou de la misère, il aurait sans doute ri du spectacle baroque que donnent les croisières de luxe à proximité des décrépitudes napolitaines.

mercredi 16 juillet 2025

Désir à Pompéi

A Pompéi je m'attendais à des ruines poussiéreuses et je tombe sur un endroit charmant, entretenu avec goût, dans un site naturel exceptionnel. On pouvait s'attendre à ce que la mort règne sur la ville figée par la cendre mais les corps momifiés paraissent avoir gardé leur élan. Mieux, les fresques du lupanar témoignent de cette force tellurique si puissante qu'est le désir, et dont parle merveilleusement Pascal Quignard dans "Le sexe et l'effroi" : "L'eros est une plaque archaïque, préhumaine, totalement bestiale, qui aborde le continent émergé du langage humain acquis et de la vie psychique volontaire sous les deux formes de l'angoisse et du rire."