La littérature sous caféine


lundi 17 septembre 2012

Viols : déni collectif (bis)

J'ai déjà parlé ICI, à propos de l'affaire DSK, du problème de déni que suscitaient si souvent les agressions sexuelles.

Ces jours-ci, la terrifiante affaire Nina révélée la presse me semble de même assez symptomatique. Lorsque j’ai publié Azima, je me souviens des réactions de lecteurs qui disaient : « C’est horrible, ce que tu décris. Un peu exagéré, quand même… Et puis, dans un collège. On n’y croit pas ! Ça ne peut pas exister, ce genre de chose. D’ailleurs, ça n’existe pas ! »

Ça existe tellement peu que les journalistes décrivent ici des queues de garçons devant les toilettes de filles d’une école… primaire.

Réactions du même ordre à la sortie de Suicide Girls. « Qu’est-ce que c’est glauque ! Et puis cette fille qui subit tant d’agressions… C’est trop ! »

Trop pour la victime, oui, sans doute…

« Ecris sur autre chose, on n’a pas envie de lire ce genre de truc.
– Vous ne voulez pas lire « ce genre de truc », de même que vous détournez la tête quand vous en entendez parler, ou pire, quand vous le voyez. »
L’article de Libération précise que la mère de Ninon (je ne veux pas l’accabler ici) voyait sa fille prendre dix douches par jour sans comprendre ce qui se passait. Les viols se sont prolongés pendant des mois... Que penser au juste d’un tel aveuglement ?

samedi 15 septembre 2012

Approcher le mystère - entretien express avec Philippe Le Guillou pour "L'intimité de la rivière"



Petit chef-d’œuvre que ce livre de Philippe Le Guillou, L’intimité de la rivière (Gallimard, 2010), quintessence me semble-t-il de son travail de romancier. Il entreprend de décrire ici la rivière finistérienne qui l’a fait rêver, enfant, et dont les sortilèges n’ont cessé de croître.

« L’amont de la rivière (…) m’attirait comme un mystère impénétrable, la clé même de ce territoire, quelque chose qui avait partie liée avec la nuit, l’enfer, les mondes inaccessibles. »

Il ne s’agit pas ici de géologie mais de mythe, de sentiment religieux, de tendresse et d’exaltation devant la beauté des lieux. D’une certaine manière, et sans vouloir faire d’analogie politique, la Bretagne de Philippe Le Guillou ressemble à la Lorraine de Barrès : intime intrication de légendes païennes et de mysticisme chrétien, noces de la terre et de brumes rêveuses…

« Là est sans doute la singularité de mon ancrage chrétien puisque c’est dans le beau baptistère de pierre ocre, à la cuve décorée de cerfs et de lions, qu’un jour d’août 1959, sous le regard de mon grand-père maternel, ce veilleur taciturne, j’ai reçu le sacrement du baptême. C’est là une variété rare et forte de l’ondoiement, sous les étoiles d’or, entre l’autel à l’époque surmonté d’un baldaquin digne de la Contre-Réforme et la porte des mots… »

Le Guillou dit avoir écrit son texte rapidement, mais il est d’une étonnante densité. Beaucoup de mots rares dans des phrases sonores et ciselées, pas un paragraphe négligé dans cette prose qui n’a rien à envier à celle de Gracq – Le Guillou ne cache d’ailleurs pas son admiration pour l’auteur du Rivage des Syrtes.

Le lecteur devine d’autres clins d’œil littéraires, que l’auteur va jusqu’à souligner, par exemple à Proust et à son amour pour les « Noms de pays » : « Parce qu’il y a une forêt en amont de la rivière, et pas n’importe laquelle, la forêt du Cranou, au nom profond, épais, qui concentre en ses sonorités minérales et végétales un fragment noir du mystère breton… » (page 18)

A Ponge, aussi, ou à Breton (quel heureux hasard que ce nom, décidément) : « Oui, une force, à cet instant, me tire du côté du large, à l’ouverture de l’échancrure, un aimant inverse qui me trouble et me déchire, me halant vers, sans doute, ce que j’aime moins, c’est-à-dire un paysage trop ouvert, la domination marine, la circulation du vent, le roulement des eaux qui emportèrent la pauvre Annonciat… »

Le Guillou décrit ici son paradis – le paradis de son enfance et de son imaginaire. Dressant l’inventaire des fascinations qui l’auront toujours guidé, il fait l’économie de la fiction pour dépeindre ses aspirations les plus secrètes. Dès les premières pages, j’ai senti que ce livre serait mon préféré dans sa bibliographie. Et je sais qu’il m’accompagnera longtemps dans mes promenades en littérature et géographie françaises…
« Tout concourrait à me faire entrer dans une sorte de mémoire vive et chamarrée du christianisme » (page 47)

Trois questions à l'auteur :

1) Que penses-tu de l'oeuvre de Barrès et penses-tu lui être proche ?

La terre, les morts... Je ne suis pas insensible, en effet, à une poétique de l'enracinement. Non, Barrès n'appartient pas au nombre de mes "préférences" littéraires, mais j'aime beaucoup son texte sur Le Greco et Tolède.

2) Quel est celui de tes livres auquel tu es le plus attaché et pourquoi ?

Difficile à moi de le dire. Les textes autobiographiques sans doute, Le passage de l'Aulne, Les marées du Faou, Fleurs de tempête, mais l'autre versant de mon travail, essentiellement romanesque, compte beaucoup, et là je songe aux Sept noms du peintre, au Dieu noir et à sa continuation publiée ce printemps 2012, Le pont des anges...

3) Comment définirais-tu ton écriture ?

Poétique, soucieuse de la langue, de sa musique et de ses effets. Résolument ancrée aussi dans le territoire romanesque, dans son filon initiatique et mythique.

4) Quel regard portes-tu sur "L'intimité de la rivière", deux ans après sa publication ?

C'est un livre qui est venu alors que je ne l'attendais pas, qui a surgi au printemps 2010, et que j'ai écrit en très peu de jours. Il sourd de l'enfance, de la mémoire. C'est une cartographie de mon territoire natal, entre le port du Faou et la forêt du Cranou, un des lieux qui m'inspire le plus.

jeudi 13 septembre 2012

Rentrée des classes : interview du 4/09/12 sur LCI (Autoportrait du professeur...)


Rentrée des classes 2012 : interview d'Aymeric... par monsieurping2

mardi 11 septembre 2012

Perles d'été



A Belle-Ile, début juillet.

1) Je branche mon netbook sur une prise dans un café dans le port de Palais, pendant vingt minutes. Au moment de payer mon café, on me facture 50 centimes pour l’électricité. La patrone, très désagréable, devance mon étonnement en maugréant : "Bah oui, y'en a qui restent une heure. Déjà que le wifi est gratuit, faut pas abuser!"

2) Promenade le long des cotes pour étudier mouettes et goélands. Le guide explique la capacité des goélands à dormir sur l'eau : une moitié du cerveau reste en éveil... Un promeneur fait une intervention dont ne sait que penser le reste du groupe : « C'est comme les femmes, quoi ! Un cerveau qui fonctionne, l’autre qui dort… »

3) Dans un café de Palais, sur la table d'à côté, un homme scrute pendant une heure, sur l'écran de son ordinateur, des photos de grenouilles qui copulent.

4) En bord de mer, un père de famille au torse tatoué voit son fils s’asperger d’eau la nuque.
« Bah, qu’est-ce que tu fais ?
– J’essaye d’éviter l’hydrocussion…
- L’hydro quoi ?... T’en utilises souvent, toi, des drôles de mots… Où c’est que tu les apprends ? C’est comme l’autre fois, là, avec ton mot bizarre…
- Métaphore.
– Ouais, c’est ça.
– Une métaphore, papa.
– Ouais, ça doit être ça, méta qu’est-que chose… »

samedi 8 septembre 2012

Cultiver l'indifférence - entretien express avec Solange Bied-Charreton pour "Enjoy"



Le premier roman de Solange Bied-Charreton, Enjoy (Stock, 2012), se présente comme une belle satire de la net generation et des comportements pathologiques découlant d’une fréquentation assidue des réseaux sociaux.

Mais j’y vois bien plutôt le portrait, tout en mélancolie, tout en retenue, tout en douceur, d’une génération désabusée, cultivant une savante indifférence pour le monde.

Par exemple, ce portrait touchant du père du narrateur en homme n’ayant pas profité de la vague d’euphorie des Trente Glorieuses :

« Mon père avait avalé ces décennies de travers, et celles d’après, de force. On ne s’expliquera pas, par ces lignes, les causes de sa rigidité, on s’échinera uniquement à exposer le contexte euphorique et la réaction contre-euphorique qu’il développa. Des Trente Glorieuses, il avait gardé les dents serrées, comme après un divorce ou le suicide d’un ami. Un antibiotique gobé de force, une pilule contraceptive rendant impossible la régénération des rêves, quelques joies avortées, des cigarettes jamais achetées, jamais fumées, jamais consumées dans le cendrier que lui avait offert sa fille en maternelle à l’occasion de la fête des Pères dans les années 80 » (Page 40)

Ou encore, l’évocation du contexte social actuel, marqué par le désenchantement, notamment chez tous ceux qui espéraient trouver un sens dans la vie professionnelle – éditeurs, écrivains, professeurs…

« Les journalistes ne réussiraient pas tous. Les places seraient chères et le talent rare ; on souhaiterait qu’ils écrivissent pour informer ; cela serait rapide, enjoué, mais pas analytique. Certains, reporters en province pour la télé régionale, seraient heureux de chroniquer des chiens écrasés. (…) Les enseignants, quant à eux, constitueraient groupés les statistiques navrantes d’une perte de romantisme éperdu. Armés du maigre prestige de la réussite au concours, ils tenteraient avant tout d’embrasser le confort. (…) Leurs élèves ne sauraient pas parler le français et ils étudieraient pourtant L’île des esclaves de Marivaux en seconde générale. » (page 174).

Le roman se clôt sur un élégant constat d’indifférence vis-à-vis du monde, sans doute accentué par la consommation névrotique d’images et de virtualités, mais qui me semble trouver ses racines dans un mal-être plus profond, lié à l’époque toute entière :

« Je n’ai pas vieilli. J’ai assiste au théâtre du monde sans parvenir à m’en dégoûter pleinement, l’enfer comme le paradis tenus à distance. Je n’ai pas réussi à me détruire comme je le voulais, à ne plus aimer la vie ou à l’aimer intensément. Cette fièvre je l’aurais désirée de mon sang. Cet amour ou cette haine, je ne les possédais pas. »

Trois questions à l'auteur :

1) Quelle description ferais-tu de ta génération ?

Je n’en ferais pas une mais plusieurs, je ne parviens pas à trouver d’unité entre ses membres. Nous n’avons ni les mêmes rêves ni les mêmes regrets. Il y a des castes, sans doute. Des efficaces pragmatiques, des paumés retardés romantiques. Notre point commun ? On télécharge de la musique et on se fait des playlists qu’on écoute dans le métro, on a un compte Facebook... Cela suffit-il pour autant à nous caractériser ? Ce serait si simple ! Dans Enjoy, j’ai fait une description assez négative de ma génération. Il m’a fallu noircir le tableau pour en sortir quelque chose tout à la fois comique et triste. J’ai décrit une génération de jeunes gens ennuyés (ennuyés par leur boulot, ennuyés par leurs loisirs), avec des repères familiaux incertains. C’est souvent ainsi que je nous vois. Le personnage principal, par exemple, est à la fois fasciné et effrayé par son père … et un jour tout s’effondre, ce malheureux devient fou et part à l’asile. Il y a une perte de direction globale que je voulais décrire (pour le dire précisément : perte de repères familiaux, perte du sentiment d’utilité au travail, avec des relations et des loisirs de plus en plus virtuels).

2) Quel rapport est-ce que tu entretiens avec le monde du web ?

J’entretiens de bons rapports avec ce petit monde ! Mais ce sont des rapports de plus en plus lointains. Blogueuse durant cinq ans, j’en ai été une exploratrice à mon échelle, une flâneuse sans répit. Aujourd’hui je me tiens en retrait mais l’intérêt reste le même, j’ai conscience de la force du média, du pouvoir viral des liens, de l’influence que peuvent avoir des blogs fréquentés, des réseaux sociaux. Je suis pour ma part retirée du jeu mais je ne néglige rien de ce qui se passe sur la Toile. Je lis beaucoup la presse sur le web, je lis des blogs (le blog de Pierre Assouline, le blog littéraire de l’Obs, par exemple) et j’utilise Facebook (contrairement à ce que certaines personnes ont cru après avoir lu Enjoy, j’aime Facebook !).

3) Pourrais-tu nous citer quelques auteurs dont tu penses qu'ils proposent une vision intéressante du web ?

Je vais avoir un peu de mal à répondre à la question, car je ne lis pas beaucoup d’auteurs qui évoquent Internet. Je garde tout de même en mémoire La Grande Intrigue (Stock, 2005-2010), de François Taillandier, avec l’épisode de la « Web Mamy », une grand-mère qui ouvre un site internet sur lequel elle raconte tout des membres de sa lignée. Cela part d’un bon sentiment et ça finit par exaspérer tout le monde dans la famille ! Ce tome de La Grande Intrigue (Telling) est sorti je crois avant l’explosion de Facebook mais on trouve déjà en germes, dans le chapitre de la « Web Mamy », ses travers principaux : exhibitionnisme et voyeurisme. Pour le reste, il y a récemment La Théorie de l’information d’Aurélien Bellanger (Gallimard, 2012), dont l’ambition documentaire impressionne justement à propos d’Internet, des raisons de son succès, de sa destinée économique, de la manière dont le réseau écrit l’histoire des hommes depuis une trentaine d’années. Cette entreprise m’a paru intéressante et à la date d’aujourd’hui une quasi nécessité. Continuons ainsi de courir les champs (magnétiques) : la « vraie vie » est partout, y compris ailleurs.

mercredi 5 septembre 2012

Un centime est un centime

Dur retour aux réalités parisiennes:

1) Je paye mon café au comptoir d'un bistrot du 1er arrondissement, un café qui vaut 2 euros et 10 centimes.
"J'ai deux euros et huit centimes... - Vous avez un distributeur à deux cents mètres."

2) Une femme s'installe au zinc après avoir mis en garde ses trois chiens de taille réduite: "Vous m'attendez sagement, hein ?"
Sur l'écran, BFM présente des images d'une convention démocrate à laquelle participe Michelle Obama.
"Pourquoi on la voit autant, celle-là ? Son mari est mort ?"

3) Chez Picard, une femme apparemment distinguée fait une apparition tonitruante. Avant même d'avoir vraiment franchi les portiques d'entrée, voyant que certains rayons sont vides, elle s'exclame sur un ton très désagréable, et d'une voix très forte, parlant au pauvre garçon derrière la caisse sans même lui adresser de regard: "Mais enfin, vous n'avez plus de glaces ?"
Le garçon, timidement, lui répond qu'ils ont dégagé certains rayons pour le mois d'août. Soulagée, mais l'air toujours aussi mécontent, la femme débute ses achats.

samedi 1 septembre 2012

Entretien express avec Carole Fives pour "Que nos vies aient l'air d'un film parfait"



Le premier roman de Carole Fives, Que nos vies aient l'air d'un film parfait (Le Passage, août 2012), est un livre déchirant. L’histoire est terrible : un couple divorce et décide de répartir les gardes. La fille restera chez le père, le fils chez la mère. Et le partage serait déjà cruel sans le détail qui scelle la tragédie : la mère, bipolaire, sans doute déjà responsable de l’échec du couple, fera peser sur le fils tout le poids de sa rancœur et de son instabilité. S’en suivront, chez les protagonistes, douleurs et mauvaise conscience.

« Après il y a encore eu des moments bien sûr, des petits bouts d’enfance ça et là, mais rien n’a plus été pareil. » (Page 17)

L’habile distribution des voix narratives accentue l’émotion : trois personnes prennent tour à tour la parole, le père, la mère et la fille qui s’adresse à son frère en utilisant un « tu » cherchant à retranscrire ce qu’il éprouve :

« Le père a commencé, « Nous avons quelque chose à vous annoncer ». (…) D’habitude, les parents ont rarement l’occasion de se confier à toi comme ce matin. C’est une famille qui déjà n’en est plus une et où il n’y plus grand-chose à se dire. A moins que ce ne soit une famille où il y ait tellement de choses à dire que plus aucun mot n’en sorte. Comme quand la bouche est tellement pleine que si on l’entrouvre, ce n’est pas un mot qui arrive, pas un tout petit mot, mais tout un tas de mots emmêlés, qui à la fin forment un bruit étrange, à peine un cri. » (Page 11-12).

La voix de la principale victime, elle, brillera par son absence, jusqu’aux dernières pages du livre où l’on découvre une lettre affectueuse du frère à sa sœur, parti vivre sur les routes de Roumanie.

« Il paraît qu’il y a pire petit frère, il paraît qu’il y a des familles où l’on ne divorce pas alors qu’il vaudrait mieux. Ce n’est pas à toi qu’il faut raconter ça, ce n’est pas le genre de pilule que tu vas avaler si facilement, pourtant ce sont des gens concernés qui le disent, des enfants de couples non divorcés non séparés qui disent « tout plutôt que la lente montée de la haine, pire, de l’indifférence, tout plutôt que le statu quo, et si vous croyez qu’on apprend l’amour dans une famille où il n’y en a pas. » » (page 45)

Une pudeur, une qualité d’écriture, une économie de moyens qui font penser à Olivier Adam si ce n’est que la fiction, réduite à la plus simple expression, s’approche autant que possible d’une expérience que l’on devine très sensible.

Entretien rapide avec l’auteur :

- Une question que je devrais me retenir de poser : Quelle est la part de vécu dans ce livre qualifié de roman ?

Rien n’est vécu, tout est vécu. Rien n’est vrai, tout est vrai. Le réel n’est qu’un prétexte pour la fiction, comme je crois dans tous les romans.

- En tête du chapitre III, tu places en exergue une citation de Charles Juliet. Un commentaire ?

De Charles Juliet, je ne connais pas le journal, mais surtout la poésie. La poésie permet d’aller dans des endroits que ne permet pas le roman. La poésie n’est pas prisonnière du visible comme le roman, et ce poème en exergue, annonce le parcours du frère, dans l’ultime partie du roman.

Tu ne me demande pas pourquoi j’ai mis Laurent Mauvignier en exergue de la deuxième partie, mais je te le dis tout de même, c’est en reposant le livre de Laurent Mauvignier, Ce que j’appelle oubli, que j’ai immédiatement entamé l’écriture de Que nos vies aient l’air d’un film parfait. J’ai beaucoup pensé aussi à Loin d’eux, du même Mauvignier, en l’écrivant.

- Trois auteurs dont tu rêverais d’avoir écrit les livres, et pourquoi ?

« Tu ne t’aimes pas », de Nathalie Sarraute, parce que tout est dit, tout est vu, perçu, comment écrire après Sarraute ?
« Eau sauvage », de Valérie Mréjen, parce qu’elle a inventé une langue, et ce n’est pas si fréquent.
« Mauvaise journée, demain », de Dorothy Parker, pour son humour et sa lucidité.

samedi 16 juin 2012

A quoi sert au juste le café décaféiné ?

1) Place d’Italie, dans un café très justement nommé « Le Parisien » (vous allez voir pourquoi), je commande un déca. Quelques minutes plus tard, les deux serveurs et la patronne s’expriment à voix très haute (le font-ils délibérément ?) :
- Franchement, ça sert à quoi de demander un déca ? Aucun intérêt ! Les gens, ils ont vraiment que ça à foutre !
- Un déca, putain ! Mais pourquoi ils viennent dans un café pour boire un déca ? Autant demander un verre d’eau.
- Moi je te dis que c’est pour faire chier le monde qu’ils demandent un déca.
- Quand je vois tous ces gens qui commandent des décas – ou pire, des décas allongés –, je me dis : Pauvre France…
- Un déca allongé, putain !

2) Je traverse le cimetière du Père Lachaise et je passe à proximité d’un groupe de visiteurs écoutant un guide leur parler de la tombe de Colette – des admirateurs y laissent souvent des croquettes pour que les chats viennent y manger. J’écoute, à quelques mètres, cherchant à glaner quelques anecdotes.
Le guide m’interpelle de manière vigoureuse, sur un ton de fausse amabilité : « Vous désirez, Monsieur ? Je vois que vous tendez l’oreille… – Oui, j’aime beaucoup Colette, et… - Bonne promenade, Monsieur ! » (Il reprend ses explications sur un mouvement du menton qui signifie mon congé).