mardi 15 mai 2018
Pour qu'un crime soit parfait, il faut qu'il soit sans scrupule
Par admin, mardi 15 mai 2018 à 14:59 :: Essais / Philo / Témoignages
S’il y a réussite (du point de vue des colons), c’est que la conquête a été totale, cruelle et sanguinaire. Et pourtant, paradoxalement, une fois la conquête acquise, ces colons-là subissent moins les foudres de l’Histoire. Les Etats-Unis, l’Australie ne jouissent-ils pas d’une forme de prestige ? N’ont-ils pas acquis le statut d’honorables nations ? La France, elle, en tant qu’ancienne puissance coloniale, est vilipendée. Sans parler des Boers en Afrique du Sud.
A cet égard, le beau livre de Roxanne Dunbar-Ortiz, « Contre-histoire des Etats-Unis », tout juste traduit et publié par les éditions Wildproject, est éclairant. Il entend montrer que la colonisation opérée par les Etats-Unis a été une véritable opération de conquête et de génocide (celui des Améridiens). Au lieu du melting pot tant vanté, la position d’un peuple qui en a soumis d’autres et cela sans scrupule, prétendant instaurer une démocratie au moment même où il exterminait les indigènes. Le livre entend renverser l’image traditionnelle que les Etats-Unis ont d’eux-mêmes. « L’histoire des Etats-Unis est la création d’un Etat fondé sur le suprématisme blanc, sur la pratique généralisée de l’esclavage, sur le génocide et le vol des terres. » (p 34). « L’Etat colonial anglo-américain est fondé sur le mythe suivant : les colons puritains ont fait alliance avec Dieu pour s’accaparer la terre. » (p 36)
Selon l’auteur, le déni reste encore tenace aujourd’hui, même dans la bouche des présidents les plus respectés de ce point de vue. Barack Obama, en 2009 à Dubaï : « Nous commettons parfois des erreurs. Nous n’avons pas été parfaits. Mais si vous regardez notre histoire, vous verrez que l’Amérique n’est pas née comme une puissance coloniale. » (p 169)
C’est un livre militant, sans concession, cependant fluide et documenté, à mi-chemin entre le livre d’histoire et le pamphlet, plutôt grand public. On lit avec une certaine surprise le véritable messianisme à l’œuvre dans la conquête américaine et les raffinements guerriers auxquels cela a donné lieu – le sujet reste assez méconnu en France. Un beau complément, en tout cas, à l’œuvre de Tocqueville, d’autant que l’auteur entrevoit un avenir meilleur pour la nation amérindienne. Affaire à suivre, donc.










