La littérature sous caféine


jeudi 30 octobre 2025

Flamme

Audrey Jougla dans sa chronique chez Marianne évoque la question cruciale de la flamme chez le professeur, en citant "Les bons profs" (2019). J'y avais effectivement soulevé la question de l'énergie qu'on doit investir dans le métier si l'on veut tenir son marathon. Il ne s'agit plus seulement de sacerdoce ni de mystique, comme pourrait le laisser penser la dimension cérébrale de la fonction, mais de sport d'endurance et sur le très long terme !

mercredi 29 octobre 2025

White

L'automne promettait des averses mais il a fait beau. Édimbourg a brillé de couleurs singulières. Frustré de ne pas avoir recueilli davantage de signes arthuriens, j'ai prolongé ma lecture du formidable "Épée dans la pierre" de T.H. White, resté méconnu chez nous alors qu'il a inspiré le Merlin de Disney. Je me suis laissé cueillir par l'émotion : l'humour british laisse toute leur place à de belles pages sur les métiers du Moyen-âge et le passage des saisons. L'auteur me parlait précisément de cet automne que je voyais se déployer.

"Le soir, ils passaient leur temps à sauver les faucheux des flammes des bougies et des chandelles à mèche de jonc. Le jour, on mettait les vaches à brouter dans le chaume laissé par les faux des moissonneurs. Ok conduisait les cochons aux abords de la forêt et les garçons secouaient les branches des chênes pour les approvisionner en glands. Du grenier sortaient régulièrement les coups sourds et réguliers des fléaux."

Le roi

Les légendes arthuriennes sont tellement lointaines qu'elles s'incarnent peu dans des lieux, des objets d'art. A Édimbourg on sent bien plus la présence de Walter Scott, célébré comme une divinité, et dans une moindre mesure de Stevenson, de Shelley, ou même de Jules Verne. Cependant le plus haut sommet du site, magistral, s'appelle Arthur's Seat, entérinant l'évidence de cette présence tutélaire.

lundi 27 octobre 2025

Haggis

Les deux choses que je guette en séjour rapide à Édimbourg, ce sont les traces (même fantasmatiques et naïves) de mythologie arthurienne et les plats traditionnels, loin des seuls fishs and ships. Pour moi les deux références littéraires en matière de peinture gastronomique sont Rabelais, de plus en plus cher à mon cœur, et Joyce. Dommage, ce dernier hante plutôt l'une des rives opposées ! Pas grave, je ne crois pas qu'Irlandais et Écossais soient vraiment ennemis.

Malet / Tardi

De temps en temps je me laisse aller au polar. J'y ai de grandes joies comme de grandes déceptions. Souvent, le genre me paraît manquer de caractère en dépit de ses pétarades. Récemment c'est Léo Malet qui m'est tombé des mains. Son titre célèbre a du chien : "La vie est dégueulasse" ; le texte manque de vraies bonnes pages et d'une psychologie autre que sommaire. Autant lire Malet dans les versions illustrées par Tardi, le Gustave Doré du 20eme siècle : ses dessins, eux, sont vraiment forts en gueule.

dimanche 26 octobre 2025

Blanquet

Si j'avais connu plus tôt l'œuvre de Stephane Blanquet, découverte à l'exposition L'étoffe des rêves de la Halle Saint-Pierre, j'en aurais forcément fait un personnage clé de "La Viveuse". Qui sait ? Peut-être l'héroïne serait-elle tombée amoureuse de lui...

Conscience vitale

Je ne suis pas croyant mais je fréquente chaque jour davantage les cultures religieuses. Je lis les mystiques, j'écoute les requiem, j'observe les vitraux, je fréquente la Bible - récemment, j'ai par exemple relu l'Apocalypse dans la somptueuse version Diane de Selliers illustrée par la tapisserie d'Angers. Et ce n'est pas la mortification telle que la pratiquait Bernard de Clairvaux qui m'intéresse mais un certain niveau de "conscience vitale" comme l'écrivait DH Lawrence quand il parlait de la folle dimension païenne hantant certains passages de l'Apocalypse. Les images, les symboles, les élans, les visions... A ce propos je partage l'ironie féroce de Romaric Sangars dans son brillant petit essai "La dernière avant-garde" (Cerf, 2023) vis-à-vis de ceux qui partent à l'autre bout de la planète pour glaner quelque frisson spirituel. Il leur suffirait ici même de tendre l'oreille et d'ouvrir les yeux pour entrevoir des vertiges, des éblouissements.

lundi 13 octobre 2025

La question du succès

Malentendus

Anne-Alice Fontaine (Amitiés littéraires 4)

Nous discutons de théâtre, de création littéraire et de dynamiques de groupe dans le cadre charmant du Musée des arts premiers (son médiocre lors des 8 premières minutes : activez les sous-titres !)

mardi 7 octobre 2025

Un goûter au cimetière (3/3)

J'avais griffonné de mémoire et à la va-vite un portrait schématique de mon père. Puisque je n'étais jamais parvenu à retenir la date de sa disparition, j'estimais qu'il était finalement resté à l'état de fantôme. Ce goûter servirait-il d'exorcisme ? Peut-être allais-je enfin voir la date s'inscrire en moi. D'autant qu'un autre fantôme existait depuis toutes ces années sans que j'en sache rien, un fantôme dont il m'est arrivé de parler aux précédentes réunions et qui a récemment pris corps parmi nous. J'ai déposé le portrait sur une tombe anonyme (la mousse en rongeait le nom) marquée d'un simple "A notre père". J'aimais cette conjonction des imaginaires. Le goûter achevé, j'ai remballé mes petits visages en carton. Des corps disparaissent, d'autres apparaissent. La valse des mots, la valse des noms, la valse des actes font une jolie sarabande.

Un goûter au cimetière (2/3)

Nous n'avions pas le droit, bien sûr, de pique-niquer au Père-Lachaise, encore moins de nous asseoir sur les tombes. Nous nous sommes malgré tout accordé ce droit, d'autant qu'il n'était pas absurde de rendre hommage aux morts en leur soufflant un peu de vie. Nous célébrions le décor baroque de leur dernière demeure. Passé ma désormais traditionnelle présentation des convives, suivie du relevé des invités fantômes, nous avons joyeusement parlé de spiritisme, de constellations familiales, d'univers gothiques, de mystique juive, de yoga... Il a bien fallu que je sonne ma cloche lorsque la conversation s'est dangereusement cristallisée sur l'IA, mais une pirouette nous a ramenés dans les parages du refuge d'ombres. Les rappels à l'ordre m'ont servi de prétexte pour lire du Baudelaire, puis du Rabelais, avec lequel la fréquentation du Cercle me rend chaque jour plus familier. A l'instant crucial de la photo, j'ai déclaré partir à la recherche d'un touriste allemand et la première personne à se présenter s'est effectivement révélée allemande. Le couple qui s'est alors chargé du portrait n'en revenait pas : les Français sont décidément de drôles d'oiseaux. Le corbeau qui nous accompagnait a salué son départ.

vendredi 3 octobre 2025

Un goûter au cimetière (1/3)

Les invités-fantômes étaient attendus et ils auront fait des leurs : Pierre, passionné par les spectres, d'abord annoncé absent, puis déclaré présent, finalement absent ; Marc annoncé présent malgré son statut de fantôme (j'aimais l'idée de le taquiner) s'est fait porter pâle in extremis, retrouvant l'état de spectre que je m'amusais à lui maintenir. Jean-Fi de Belgique a hanté l'événement (j'ai offert les autocollants qu'il a conçus pour nous) mais il a perdu sa tête cartonnée dans je ne sais quelle péripétie logistique. Heureusement, un corbeau nous a tenu compagnie en croassant d'une tombe à l'autre (quelle veine, je venais de relire le Raven de Poe). Quant au charme que j'avais élu parmi les arbres du cimetière, il a manifestement fait son office de veilleur.

Femmes

Dounia Tengour avait parlé ici-même de "La Viveuse" (il en fallait du toupet pour aborder un sujet si sensible). Je la retrouve trois ans plus tard en historienne et narratrice passionnée, capable d'écrire un gros volume au rythme d'enfer tout en menant de main de maître sa carrière de journaliste. Jeanne la folle, Catherine d'Aragon, Annaëlle, Dounia... Nous en aurons fréquenté des femmes fortes !