La littérature sous caféine


vendredi 17 mai 2013

Quelques échos du livre



En ce printemps, deux nominations consécutives à des prix : celui du très chic salon de L'Ile aux Livres et le nouveau-né Prix du roman Al-Bayane.

Des échos de lecteurs, également, comme ce beau message d'un éditeur alsacien :

"L’autre dimanche, nous avons bavardé à votre stand à Saint-Louis où je vous ai fait signer un tiercé de vos livres, que j’ai lus dans la semaine, à commencer par ceux destinés aux amis (et dédicacés pour eux), en prenant garde à n’en point casser le dos (je suis un lecteur parfois compulsif). Mais ça s’est bien passé, les Suicide Girls et l’Autoportrait sont restés propres et lisses (je parle de leur surface !), et j’ai terminé ce week-end par L’homme qui… Nous y reviendrons.

Mais d’abord des excuses : j’ai découvert votre blog et vu qu’à Saint-Louis vous avez dû – par ma faute – jouer au gardien de basse-cour, suppléant les auteurs des « Petites Poules », que nous avions détournés du stand de ce libraire colmarien (...) pour les enchaîner à notre stand de La Nuée Bleue sur lequel ils dédicaçaient, avec un succès de foule qui vous aurait fait de l’ombre s’ils étaient restés à votre côté, leur adaptation en dialecte alsacien de ce best-seller mondial (5 millions d’exemplaires vendus en Chine ! et vingt autres langues !) Nous nous enorgueillissons du plus petit tirage de départ de cette saga, 4.000 ex. pour l’alsacien. Donc, au fond, vous l’avez échappé belle, remerciez-moi.

C’est bien de lire dans un même élan trois ouvrages très différents d’un auteur dont on avait entendu causer, et trois livres si différents. J’ai terminé, comme dit, par L’homme qui… et, donc, par votre petit traité/confession sur L’Insoutenable. En deux mots, écho fort et sensible chez moi, pour plein de raisons perso. L’entrelacement de « l’ordinaire » et du « hors-normes » est excellemment mis en scène, trituré, jusqu’au malaise, ligne de crête vertigineuse qui côtoie les précipices. Le personnage est crédible, exigeant dans sa lâcheté, et j’aime bien l’accélération du temps, la décomposition de tout son être « normal » pour ne laisser subsister que le noyau central, la boule de révolte et de malheur, incandescente jusqu’à l’implosion.

J’aurais pas mal de choses à vous livrer après ces trois lectures, mais ne veux point vous importuner. Sachez que je me suis senti très proche de vos approches de ces divers sujets. Souvenirs, expériences, rencontres, réflexions, travaux d’écriture : mille échos et vibrations ont clignoté sur l’écran radar de mes perceptions.

Donc, maintenant, c’est moi qui vous remercie
."

lundi 13 mai 2013

"Une tragédie silencieuse et terrifiante"

Sur le site MyBoox, un article de Lauren Malka :

"Avec L’Homme qui frappait les femmes (Léo Scheer), Aymeric Patricot signe une tragédie silencieuse et terrifiante dont le lecteur peut rester meurtri longtemps.

Pourquoi on aime "L’Homme qui frappait les femmes"

Si ce conseil de lecture est l’un des plus enthousiastes de l’année 2013, il tient aussi à rester l’un des plus prudents en commençant par mettre en garde le lecteur. L’Homme qui frappait les femmes, quatrième livre d’Aymeric Patricot, n'a rien d'apaisant ou de réconfortant. Il nous fait vivre quelques heures au côté d’un personnage ultra-violent qui n’hésitera pas à nous poursuivre dans une persécution silencieuse jusque bien après le mot "fin". C'est peut-être d'ailleurs pour conjurer ce sort qu'Aymeric Patricot fait suivre son histoire d'un bref essai intitué "L'Insoutenable" où il explique les raisons de son geste et ses inspirations littéraires - Georges Bataille, Hubert Selby Jr entre autres - et personnelles.

Le narrateur, qui n’est jamais nommé dans le roman, est tout aussi trouble et contradictoire que "L’Homme qui aimait les femmes" de Truffaut, sauf qu’il est son exact opposé. L’un aime les passantes inconnues, l’autre les frappe. Elevé dans un bon milieu à Deauville, le narrateur traverse une enfance sans encombre quoique marquée par un certain ennui et une attitude dubitative vis-à-vis de son avenir. Un jour, il tombe par hasard sur la seule et unique activité qui puisse enfin mobiliser en lui des émotions intenses : la violence. Non pas l’envie de se battre, non, notre narrateur est trop "douillet, (il) déteste l’idée d’une blessure" et fuit dès qu’il le peut "les circonstances qui l’obligent à se battre contre un adversaire à (sa) hauteur". Ce sont les filles qu’il aime frapper. Il les frappe et déguerpit. Particulièrement si elles sont douillettes elles aussi, fragiles, si leur peau fine et transparente fait jaillir le sang et les bleus presque instantanément.

Cet homme nous parle tout le long du livre, non par envie de se repentir ou de se justifier – il est très clair là-dessus - mais pour définir le plus précisément possible les contours de sa personnalité qu’il cerne mal et dont il ne parvient pas à regretter les "dérapages". Un manque de chance selon lui, ou bien un penchant fatal, dont il ne peut qu’observer les terribles ravages sur sa propre vie, année après année.

Jamais freiné, ni par le remord ni par la loi, cet homme pousse sans effort son vice jusqu’à son paroxysme en s’engageant au côté de Clarisse, sa future femme, dans une association de lutte contre les violences conjugales, en l'épousant et en la battant. Puissant et pourtant médiocre, coupable et pourtant habité, comme Hernani, par une "force qui va", le héros de ce livre ne trouve matière à vivre que dans l’attirance irrépressible du néant. Ce néant dont les femmes qu’il frappe portent toutes la trace lorsqu’elles succombent si facilement à son charme et s’abandonnent naïvement dans ses bras, lorsqu’elles reçoivent un coup de poing à la mâchoire et s’effondrent ou lorsque leur tête valse et frappe un coin de table avant de perdre connaissance.

Les filles tabassées ? Elles ne se plaignent jamais. Certaines semblent à peine lui en vouloir. Clarisse, sa femme, signe un pacte tacite avec lui en jouant le couple parfait tandis que les autres disparaissent le plus souvent, avec leurs hématomes et leurs traumatismes, le laissant tout à sa bestialité et à ses mensonges. Et c’est dans ce silence, cette disparition que réside le don d’Aymeric Patricot. C’est là que commence ce qui ressemble à une tragédie grecque et pourrait bien faire de ce livre un grand morceau de littérature. Ce que Patricot saisit avec tant de justesse, c’est l’os qui perce à travers la peau sans l’ouvrir, les dents qui claquent contre le carrelage sans se briser et le pacte qu’un homme signe silencieusement avec le monde en n’ayant l’air de ne pas y toucher. Car perdre la raison peut tout à fait se produire sans un bruit.

La page à corner

"Sur le coup, je ne voyais jamais le sang de ma femme. Je découvrais Clarisse, quelques heures plus tard, couverte d’hématomes. Mais cette couleur rouge, pendant les scènes elles-mêmes, ne m’atteignaient pas. Peut être y avait-il comme un filtre dans mon regard ? Ou bien j’oubliais ce que j’avais vu… Cela m’angoissait beaucoup de surprendre ma femme désinfectant ses plaies, car j’y voyais un nouvel effet de ma folie. Si j’oubliais tant de choses, au fur et à mesure, alors tout finirait dans une atroce confusion…

Une seule fois j’ai pleuré, battant ma femme, et c’est arrivé lorsque notre fils, âgé de quatre ans, a voulu s’interposer. Il s’est emparé d’un camion de plastique pour chercher à le lancer contre ma jambe. J’ai dû surprendre mes gestes, l’interrogeant du regard : « Que veux-tu dire à ton père ? »

C’était atroce que la rage et la tristesse se mêlent à ce point, et qu’une main cherche à m’extraire du chaos. Je me suis mis à gémir, saisissant ma femme par le bras pour la traîner dans une autre pièce. Avait-elle seulement remarqué la présence de Matthieu ? Elle avait sa part de responsabilité dans ce naufrage. Je voulais la frapper comme j’aurais moi-même mérité d’être frappé
". (p. 67)

"L’Homme qui frappait les femmes" critiqué par la presse

"Le roman de Patricot est peut être l'une des plus belles découvertes de ce début d'année. On ne ressort pas indemne de cette lecture. A lire absolument". Omri Ezrati – Blog Psychologies

"C’est un coup de cœur particulier, c’est troublant, dérangeant et politiquement très incorrect". Europe 1

"C’est très bien écrit, c’est un joli roman même si le sujet est effroyable". Brigitte Lahaie, RMC

"Entre roman et analyse, c'est un livre qui éclaire et qui a surtout le mérite de s'attaquer à un phénomène de société millénaire à l'exponentielle.

C'est très bien écrit, court, intense, sans voyeurisme, les mots sonnent juste". Dominique Bouchard, Unwalkers.com"

vendredi 10 mai 2013

Paris, ce "chef-lieu de province allemand" (Benoît Duteurtre, A nous deux Paris !)


Benoît Duteurtre - A nous deux, Paris ! par Librairie_Mollat

Il y a plein de belles choses dans le dernier roman de Benoît Duteurtre, A nous deux Paris ! – récit de la montée à Paris d’un Normand de bonne famille, cherchant à percer dans la musique. L’histoire de ce Rastignac en mode mineur réserve de belles digressions sur les révolutions musicales des années quatre-vingt, les plaisirs et les amertumes de la vie nocturne, les surprises de l’initiation sexuelle. C’est bien observé, fluide, plutôt drôle. Le roman se clôt sur des pages mélancoliques, tournant presque au pamphlet contre le Paris d’aujourd’hui, comme dans cet échange avec Delanoë :

« - Il me semble quand même que Paris est beaucoup plus vivant qu’autrefois.
Evidemment, s’il parlait des animations organisées par les pouvoirs publics, de la « Nuit des musées », de la « fête de la Musique », de la « Nuit blanche », de « Paris Plage » et de tous les rendez-vous festifs qui jalonnent le calendrier, il avait probablement raison. Mais, lorsqu’on aime modérément ces bains de foule ; lorsqu’on préfère déambuler d’un café à l’autre et découvrir en secret les mystères d’une ville, il me semble bien qu’on pourrait affirmer exactement le contraire : la capitale que j’ai découverte, voici trente ans, me donne parfois l’impression de s’être transformée en chef-lieu de province allemand. »

Dans Les pieds dans l’eau, le plaisir de lecture tenait au charme d’une prose élégante mais sans prétention, dressant le portrait d’une aimable bourgeoisie de province – j’en parlais ici-même. Dans A nous deux Paris !, le plaisir se mâtine d’un soupçon de cruauté : l’auteur donne dans la satire, se moque gentiment des pères de famille comme des artistes prétentieux. D’un point de vue formel, il propose un final osé : le lecteur découvre plusieurs fins possibles, dont celle de la mort sans gloire du protagoniste dans un lit d’hôpital. Quoi qu’il arrive, les destins restent cependant dérisoires et le roman se clôt par quelques mots désabusés – quoi que sans pathos :

« Ce n’était là qu’une poignée de destins perdus dans l’infinité du temps ; quelques points minuscules dans l’éternelle solitude. »

Mine de rien, Benoît Duteurtre prolonge avec ce livre une véritable fresque, celle des rêves de plaisir et de grandeur que la France a pu inspirer à la charnière des deux siècles – et c’est une fresque tragi-comique.

mardi 7 mai 2013

Signé: L'imposteur

Entendu à la Foire aux Livres de Saint-Louis (Alsace) :

1) "J'adore venir au salon, il y a une bonne ambiance, mais, franchement, ça sert à quoi d'acheter des livres ?"

2) A ma gauche, des livres pour enfant mettant en scène des poules... L'auteur ne se présente pas, les enfants sont souvent très déçus. Je propose aux parents de signer à la place de l'auteur, et même de dessiner une poule sur la page de garde. Les parents, amusés, acceptent illico. Les enfants acquiescent : ils se doutent qu'il y a anguille sous roche, mais ils ont du mal à identifier le problème. J'écris une jolie phrase, je dessine une poule sans charme et je signe: L'imposteur.

3) Toujours sur ma gauche, une enfant observe la tétine laissée là par un client précédent. "C'est à qui ?" me demande-telle. A quoi je réponds: "A moi!" L'enfant me regarde les yeux écarquillés. La maman, n'appréciant pas que je paraisse me moquer de son rejeton, claque la langue et s'éloigne.

jeudi 2 mai 2013

Le flirt du thriller et de l'autofiction (Mathieu Simonet: Marc Beltra, roman autour d'une disparition)



L'autofiction (s'il est encore possible d'utiliser ce terme), dont l'une des définitions pourrait être "autobiographie réfléchissant à sa propre forme", relève, bien souvent, de la forme courte : récits épurés d'Annie Ernaux, livres éclairs de Christine Angot, chapitres brefs de Hervé Guibert.

Mathieu Simonet, dans Marc Beltra, roman autour d'une disparition, choisit la succession de courts paragraphes séparés par des blancs, comme autant de flashs cherchant à saisir le mystère même de la disparition d'un jeune homme, Marc Beltra, dans les forêts d'Amazonie, voilà plus de dix ans.

Simultanément, nous suivons le travail d'avocat de Mathieu Simonet, sa correspondance avec plusieurs proches de Marc, les impasses de l'enquête... Les temps se télescopent, les genres et les lieux, pour le plus grand plaisir du lecteur qui, happé par cette histoire envoûtante, ressent une jouissance coupable : ce véritable puzzle littéraire a tout du thriller.

L'émotion naît de la justesse du trait autant que des blancs, qui paraissent ronger le texte. Littérature minimaliste et pourtant puissante. On a l'impression d'un sismographe de l'intime. "Roman autour d'une disparition": roman de l'apparition d'un souffle, d'un mystère.

Trois questions à l'auteur.

1) Quel bilan tires-tu de l’écriture et de la publication de ce livre ?

Ce livre m’a permis de me réapproprier ce dossier. L’affaire Marc Beltra, que je connaissais depuis des années en tant qu’avocat, est apparue sous un angle nouveau. Tous les avocats devraient écrire le roman de certaines affaires. La littérature est un moyen de compréhension (et pas simplement un outil esthétique). C’est important de le souligner car, sur un plan juridique, la pertinence pour un écrivain de traiter l’actualité, par le prisme de l’écriture, est régulièrement remise en cause (en gros, les tribunaux estiment que les écrivains ont une légitimité moins évidente que celle des journalistes, pour décrypter le réel). Par ailleurs, la publication de ce livre a eu des répercussions, que je n’anticipais pas, sur les proches de Marc, notamment sur Françoise (sa mère). Ce livre n’est donc pas simplement un objet avec des feuilles, mais aussi une pierre symbolique qui me dépasse, avec des pouvoirs presque magiques (tel est le cas de tous les livres sans doute, mais avec celui-ci, cela m’apparaît de manière particulièrement palpable).

2) avais tu conscience, en l’écrivant, de son flirt avec le genre du thriller ?

Oui. Dès le début, j’avais en tête qu’un des fils rouges du livre serait construit sur la mécanique de l’émission Faites entrez l’accusé (cette émission a eu une influence souterraine dans le rythme de mon écriture : lorsque j’ai monté ce livre - en coupant les paragraphes, en les déplaçant, en les lisant à haute voix, comme un monteur qui visionnerait des rushs -, j’avais en tête plusieurs sources, notamment, et de manière très précise, la dynamique de cette émission).

3) as tu envie de t’essayer au roman, ou, disons, a une forme beaucoup plus romanesque de roman ?

Non. Le romanesque ne m’intéresse pas a priori. En revanche, j’ai envie de faire des expérimentations. L’écriture, pour moi, est un laboratoire du réel. Il n’est pas exclu qu’une de ces expérimentations soit un jour construit autour de la notion de « romanesque ». Mais si je le fais, cela sera comme un enfant qui démonte un jouet ; je serais face à l’outil romanesque, je me confronterais à ses règles, j’essayerais de comprendre ce que d’autres écrivains y font (pourquoi sont-ils dans cette ville ? que cherchent-ils dans la fiction ?) Je ne sais pas si je testerai réellement cette piste. C’est possible. Pour moi, ce serait comme faire l’amour avec un sexe auquel on n’est pas habitué.

mardi 23 avril 2013

Les BTS en grande forme !

1) J'inscris au tableau le mot du jour, "Pusillanime : qui hésite à agir et ne reste pas ferme sur ses décisions." Je demande aux élèves s'ils connaîtraient, par hasard, une personnalité leur semblant correspondre à la définition. La classe me répond en choeur : "François Hollande !"

2) Une simulation d'entretien d'embauche: "Pourquoi avez-vous quitté la voie générale pour passer en voie professionnelle ? - Oh, je voulais me consacrer aux jeux vidéos..."

mercredi 17 avril 2013

Sollers observé par Huguenin ("Les forts au regard tremblant")



Il y a le plaisir de lire, et il y a le plaisir (assez maniaque) d’accumuler les lectures de manière à constituer, bon an mal an, comme un aperçu d’une certaine histoire littéraire… En ce moment je pars ainsi à la découverte de romans qui ont jalonné le siècle dernier et je m'amuse à les classer, dans mes rayons, par ordre chronologique – du moins, par ordre chronologique d’auteur, aussi approximatif et arbitraire soit-il. Je consacre par ailleurs à peu de choses près un rayon par quart de siècle – chaque rayon contenant, à force d’entassements, plusieurs rangées potentielles.

Parmi mes récentes découvertes, Jacques Laurent. J’aime l’esprit des Hussards mais je suis rarement convaincu par leurs livres, et Jacques Laurent n’y changera rien : son petit essai Paul et Jean-Paul, se moquant de Sartre en le comparant à Bourget, est agréable à lire et facétieux, proposant quelques formules revigorantes, mais il n’arrive pas à la cheville, en termes de densité stylistique et théorique, à celui qu’il prétend attaquer. Quant au roman Les Bêtises, Prix Goncourt, il est divertissant et léger mais je l’ai trouvé sans consistance, et bien ennuyeux finalement tant il manque de structure.

Autre découverte, plus convaincante : Jean-René Huguenin. Sa Côte sauvage est délicieuse de tristesse, un peu complaisante à mon goût mais d’une élégance assez folle. Son Journal, lui, m’a véritablement emporté. On y sent de la noblesse, de l’inquiétude, un zeste de misanthropie. Son obsession de la mort fait un effet saisissant lorsqu'on songe à la mort prochaine de l'auteur, à l’âge de vingt-six ans, dans un accident de voiture.

Proche de Sollers, Huguenin évoque à plusieurs reprises leur amitié, leur brouille (passagère) et surtout leurs différences de sensibilité :

« Vu hier après-midi Ph. Sollers. Nous avons parlé de choses tellement importantes et intimes (« passion-détachement ») que tout à coup, d’un accord tacite, nous nous sommes arrêtés, à la fois humiliés, heureux et effrayés d’une telle ressemblance. Mais sa passion se contemple trop elle-même. Elle n’est pas assez incarnée, héroïque. La mienne repose sur le sacrifice, la sienne sur le plaisir – il a le sacrifice en horreur. Il lui manque quelque chose, un poids, du tragique, un rêve, son intelligence éclaire tout, elle ne respecte pas ces grands repaires d’ombre où notre mystère se tapit, il explique trop ; il n’inquiète pas. Il est lisse et lumineux, et on a l’impression que son bonheur ne cache pas de blessures, c’est un bonheur propre et sans charme, dur comme un bonheur d’enfant. J’aime mieux les êtres qui saignent. J’aime les forts, bien sûr, mais pas tout à fait les forts. J’ai les forts au regard tremblant – tremblant d’amour… » (Seuil, page 68)

Comme Huguenin, j’ai tendance à préférer « les êtres qui saignent ». Ou disons, pour trouver un juste milieu entre Sollers et lui, que je recherche douloureusement le bonheur dans la vie tout en chérissant, dans les romans, les personnages maudits…

vendredi 12 avril 2013

Dans la rubrique "Perversion..."



Article paru dans TGV Magazine du mois d'avril, dans la page Livres à la rubrique Perversion :

"Le narrateur de cet étrange roman annonce la couleur dès les premières pages. Nonobstant sa fonction de président d'une association de défense des femmes battues, il confesse sa duplicité comme son auteur avoue, lors d'une longue et lumineuse post-face, son trouble paradoxal à l'heure de cette publication. Ce roman évoque magistralement l'écueil du racolage, comme de la complaisance. Il intrigue, plutôt, et séduit dès les premières lignes."