La littérature sous caféine


dimanche 26 octobre 2025

Blanquet

Si j'avais connu plus tôt l'œuvre de Stephane Blanquet, découverte à l'exposition L'étoffe des rêves de la Halle Saint-Pierre, j'en aurais forcément fait un personnage clé de "La Viveuse". Qui sait ? Peut-être l'héroïne serait-elle tombée amoureuse de lui...

Conscience vitale

Je ne suis pas croyant mais je fréquente chaque jour davantage les cultures religieuses. Je lis les mystiques, j'écoute les requiem, j'observe les vitraux, je fréquente la Bible - récemment, j'ai par exemple relu l'Apocalypse dans la somptueuse version Diane de Selliers illustrée par la tapisserie d'Angers. Et ce n'est pas la mortification telle que la pratiquait Bernard de Clairvaux qui m'intéresse mais un certain niveau de "conscience vitale" comme l'écrivait DH Lawrence quand il parlait de la folle dimension païenne hantant certains passages de l'Apocalypse. Les images, les symboles, les élans, les visions... A ce propos je partage l'ironie féroce de Romaric Sangars dans son brillant petit essai "La dernière avant-garde" (Cerf, 2023) vis-à-vis de ceux qui partent à l'autre bout de la planète pour glaner quelque frisson spirituel. Il leur suffirait ici même de tendre l'oreille et d'ouvrir les yeux pour entrevoir des vertiges, des éblouissements.

lundi 13 octobre 2025

La question du succès

Malentendus

Anne-Alice Fontaine (Amitiés littéraires 4)

Nous discutons de théâtre, de création littéraire et de dynamiques de groupe dans le cadre charmant du Musée des arts premiers (son médiocre lors des 8 premières minutes : activez les sous-titres !)

mardi 7 octobre 2025

Un goûter au cimetière (3/3)

J'avais griffonné de mémoire et à la va-vite un portrait schématique de mon père. Puisque je n'étais jamais parvenu à retenir la date de sa disparition, j'estimais qu'il était finalement resté à l'état de fantôme. Ce goûter servirait-il d'exorcisme ? Peut-être allais-je enfin voir la date s'inscrire en moi. D'autant qu'un autre fantôme existait depuis toutes ces années sans que j'en sache rien, un fantôme dont il m'est arrivé de parler aux précédentes réunions et qui a récemment pris corps parmi nous. J'ai déposé le portrait sur une tombe anonyme (la mousse en rongeait le nom) marquée d'un simple "A notre père". J'aimais cette conjonction des imaginaires. Le goûter achevé, j'ai remballé mes petits visages en carton. Des corps disparaissent, d'autres apparaissent. La valse des mots, la valse des noms, la valse des actes font une jolie sarabande.

Un goûter au cimetière (2/3)

Nous n'avions pas le droit, bien sûr, de pique-niquer au Père-Lachaise, encore moins de nous asseoir sur les tombes. Nous nous sommes malgré tout accordé ce droit, d'autant qu'il n'était pas absurde de rendre hommage aux morts en leur soufflant un peu de vie. Nous célébrions le décor baroque de leur dernière demeure. Passé ma désormais traditionnelle présentation des convives, suivie du relevé des invités fantômes, nous avons joyeusement parlé de spiritisme, de constellations familiales, d'univers gothiques, de mystique juive, de yoga... Il a bien fallu que je sonne ma cloche lorsque la conversation s'est dangereusement cristallisée sur l'IA, mais une pirouette nous a ramenés dans les parages du refuge d'ombres. Les rappels à l'ordre m'ont servi de prétexte pour lire du Baudelaire, puis du Rabelais, avec lequel la fréquentation du Cercle me rend chaque jour plus familier. A l'instant crucial de la photo, j'ai déclaré partir à la recherche d'un touriste allemand et la première personne à se présenter s'est effectivement révélée allemande. Le couple qui s'est alors chargé du portrait n'en revenait pas : les Français sont décidément de drôles d'oiseaux. Le corbeau qui nous accompagnait a salué son départ.

vendredi 3 octobre 2025

Un goûter au cimetière (1/3)

Les invités-fantômes étaient attendus et ils auront fait des leurs : Pierre, passionné par les spectres, d'abord annoncé absent, puis déclaré présent, finalement absent ; Marc annoncé présent malgré son statut de fantôme (j'aimais l'idée de le taquiner) s'est fait porter pâle in extremis, retrouvant l'état de spectre que je m'amusais à lui maintenir. Jean-Fi de Belgique a hanté l'événement (j'ai offert les autocollants qu'il a conçus pour nous) mais il a perdu sa tête cartonnée dans je ne sais quelle péripétie logistique. Heureusement, un corbeau nous a tenu compagnie en croassant d'une tombe à l'autre (quelle veine, je venais de relire le Raven de Poe). Quant au charme que j'avais élu parmi les arbres du cimetière, il a manifestement fait son office de veilleur.