La littérature sous caféine


mardi 1 mai 2018

Quelques jours à Stockholm - impressions

Sans être sublime, ville d’une grande élégance et d'une grande sobriété / Plus chère que Paris / Pas de signes extérieurs de pauvreté, sinon la présence de quelques Roms et de quelques Sdf / Pas de tags, pas de papiers gras, pas d’odeurs de pisse / Printemps plus tardif qu’en France / La nourriture du quotidien, sans être recherchée, est délicieuse, fondée sur un principe simple : le grand choix de produits frais et sains (Plus raffinée, donc, qu’en Angleterre ou en Allemagne) / Les gens sont significativement plus grands qu’en France / Ils sont plutôt fins, plutôt beaux, et beaucoup plus distingués qu’en Allemagne / L’atout de la ville est la présence de l’eau, qui ouvre les perspectives et le fait respirer / L’art de vivre s’épanouit dans les cafés, confortables, jolis, chaleureux, comme dans tous les pays au Nord de la France / Comme souvent dans les musées d’art moderne, on passe plus de temps à observer les lieux et à profiter de la boutique et de la cafétéria que devant les œuvres / On vous accueille partout d’un « Hé ! » qui donne l’impression d’entrer dans un parc d’attraction / La langue est douce et musicale / Tout est feutré, les touristes espagnols et italiens se repèrent de loin / Les gens se prennent beaucoup dans les bras (hugs) / Une grande partie du charme de Stockholm tient à son statut de « petite capitale » : tout y est rapide et facile (les navettes de l’aéroport : un plaisir) / Les Suédois me semblent appartenir, avec les Français, les Japonais, quelques autres, à ces peuples qui font de la discrétion une qualité / Beaucoup de femmes avec des poussettes / Certains immeubles, sobres et défraîchis, de couleur ocre, font penser à l’Italie / En quatre jours de balade intensive je n’ai pas vu un seul cinéma / Comme à Paris, comme partout, les aperçus de beauté me foudroient et me donnent le sentiment de ma propre insignifiance.

vendredi 27 avril 2018

C'est drôle...

C’est drôle, je ne sais pas comment réagir… A quelques secondes, à quelques centimètres près j’étais écrasé par ce 38 Tonnes dont le conducteur somnolait et qui m’a tout de même enfoncé la partie droite de ma voiture pendant que je le doublais sur autoroute. Dois-en en pleurer ? Dois-je en rire ? Dois-je changer de philosophie ? Je suis assez stupéfait, mais la vie semble continuer exactement comme avant.

mardi 12 décembre 2017

La vie qui fourmille (Un parisien en Champagne (2))

Mes premières semaines en Champagne, j’ai été sensible au fait que les paysages semblaient devoir être bus : coteaux, vallons couverts de ces vignes qui vivaient avec les saisons pour mieux alimenter le flux du nectar le plus fêté au monde.

Après plus d’une année sur place, je me rends compte que j’ai également développé une certaine sensibilité à la vie naturelle qui se déploie, non plus seulement sur la surface zébrée des paysages, mais aussi de part et d’autre : je veux parler des insectes et des oiseaux, de toute cette vie qui fourmille, qui bruisse et qui s’agite sans qu’on y prête d’abord attention mais qui, pour peu qu’on y consacre du temps, révèle une sorte de constance obstinée. Je photographie désormais ces oiseaux, je guette les empreintes de rongeurs dont on entend surtout la fuite, j’observe la course muette de chenilles et de scarabées. J’ai la sensation de m’être connecté à un univers qui gratouille et qui chatouille, un univers qui ne parle pas mais qui s’exprime, très fort et très joliment.

lundi 6 novembre 2017

Plans quinquennaux pour ma consommation littéraire

Dans un univers où l’offre culturelle est devenue pléthorique, il faut bien trouver des stratégies de consommation – sinon, quelle angoisse ! La mienne ressemble de manière assez troublante aux plans quinquennaux de la politique française d’après-guerre. Je me fixe des objectifs annuels du genre : un livre de l’Antiquité, un livre du Moyen-Age, un pavé classique, un pavé contemporain, un roman de science-fiction, un livre amusant… De cette façon, j’ai l’impression de procéder par approfondissement de quelques lignes de force, tout en préservant une grande liberté de choix. Socialiste dans les grandes lignes, libéral dans les détails !

mardi 17 octobre 2017

Affaire Weinstein. Le thème des violences faites aux femmes n'intéresse personne

J’ai pu le constater à l’occasion de la parution de mes trois premiers romans, qui tous abordaient ce thème. Une journaliste de Télérama a refusé de parler d’« Azima la rouge » (Flammarion) au prétexte que cela stigmatisait la banlieue (mais la banlieue n’était pas vraiment le sujet). Le libraire de mon quartier a refusé d’exposer « Suicide Girls » (Léo Scheer) parce qu’il trouvait ça trop glauque (mais est-ce vraiment un critère pour juger de la qualité littéraire ?). Quant à « L’homme qui frappait les femmes » (Léo Scheer), il n’a guère intéressé que Brigitte Lahaie (mais son émission donne la parole à des témoins davantage qu’à des auteurs). Pour le coup, l’omerta n’est pas du tout le seul fait des hommes : j’ai remarqué que les femmes n’aimaient pas aborder le sujet. Quoi qu’il en soit je n’aborderai plus ce thème en littérature. A chaque fois j’ai l’impression de tomber dans un no man’s land - sans jeu de mot.

mardi 3 octobre 2017

Quelle joie, les auteurs désespérés !

Schopenhauer, Houellebecq… Quel bonheur ! Au fond, les auteurs les plus pessimistes m’ont toujours fait rire. En énonçant le pire ils nous rassurent sur notre propre état mental et nous donnent envie de les rassurer eux-mêmes. Ceux qui ne partagent pas ce plaisir-là sont des gens qui ne comprennent sans doute rien au principe de l’humour noir. C’est une sorte d’hygiène mentale, un grand décrassage.

lundi 25 septembre 2017

Couches et musique

Je viens de comprendre pourquoi tant d’hommes développent un intérêt fulgurant pour la musique après l’âge de trente ans. C’est que la musique est le seul art que vous pouvez cultiver tout en vous occupant d’un enfant. Allez donc essayer de lire, de regarder un film, de visiter une exposition avec des marmots dans les pattes… Alors qu’il est parfaitement possible de fréquenter la discographie des Beatles en préparant des biberons, de torcher des nouveaux nés en peaufinant votre connaissance de Verdi. Ce genre de tâche peut même prendre une dimension épique, pour peu que vous soyez doués pour la double écoute.

lundi 18 septembre 2017

Le book footing

Depuis que le médecin me l’a conseillé, je m’oblige à faire du sport – un exploit. Jusqu’alors mon rythme de footing était d’un par an, je me suis juré de passer à un par semaine. Mais je m’ennuie tellement que je ne peux m’empêcher d’emporter un livre. Et j’ai peu à peu trouvé le format de course qui me convenait : dix minutes de petites foulées, cinq minutes de lecture.

La première fois, j’ai emporté le solide volume de la Divine Comédie de Dante. Certains autres coureurs ont dû penser qu’il s’agissait d’un haltère de fortune – mais non, il s’agissait bel et bien d’un livre. J’ai ainsi effectué de salutaires plongées dans les enfers antiques tout en croisant les visages ahuris de joyeux décérébrés. Rasades d’abrutissement mécanisé, entrecoupées par des flashs d’intellectualité pure : je me sentais très moderne.