La littérature sous caféine


lundi 30 janvier 2017

L'ignominie de la taxe attentat ?

Aucun journaliste n’a l’air de s’émouvoir de la fameuse taxe attentat… Suis-je le seul à trouver son principe au moins contestable, à vrai dire ignoble ? Non seulement elle minimise la gravité des attentats eux-mêmes, puisqu’elle a l’air de supposer qu’ils surviennent avec la même fatalité que de banales tempêtes. Mais elle rejette sur la population civile le sentiment d’une certaine culpabilité, culpabilité qui devrait être uniquement celle de la classe dirigeante – n’est-ce pas cette dernière, par ses politiques belliqueuses et son incompétence en matière de maintien de l’ordre, qui est directement responsable des massacres en pleine rue ?

lundi 5 décembre 2016

La maturité

Signes imparables de maturité:

- J'écoute au moins autant d'opéra que de hip-hop.
- Je lis très attentivement des classiques qui datent de plusieurs siècles, voire de plusieurs millénaires.
- J'accompagne mes repas de champagnes millésimés.
- Je m'intéresse aux plantes et aux oiseaux.

jeudi 28 juillet 2016

Boire le paysage

J’emménage dans une région dont je ne me faisais aucune idée : le cœur du vignoble champenois. Et j’ai la très agréable sensation de vivre un nouveau rapport au paysage. Ici, à peu près toute l’économie, toute la culture tournent autour de l’industrie du champagne. Et les splendides collines couvertes de vignes et coiffées de bois donnent l’impression de se vouer à une sorte de rituel gastronomique. Si bien que j’ai la sensation qu’on le boit, ici, littéralement, le paysage. Autant la Bretagne peut éveiller des rêves tour à tour visuels, culturels, musicaux, autant la Champagne sollicite un véritable fantasme de dévoration géographique. La beauté du lieu, c’est aussi qu’il finit par se consommer – et cela dans une certaine atmosphère de recueillement et de prestige.

mercredi 22 juin 2016

Enseigner par tranches et tronçons

C'est tout de même amusant, cette mode du "décloisonnement des enseignements". Bouillie pédagogique, non ? J'adore cloisonner, moi ! Et de plus en plus... Je tronçonne, je compartimente, je saucissonne... Dix minutes de grammaire, dix minutes d'esthétique, dix minutes de musique, une grosse tranche de littérature bien baveuse, et ça fonctionne ! Les élèves adorent ! Ils en redemandent ! Fiches, aperçus, séries, revues de détails... La culture par bordées, la littérature par shots... Quoi d'autre ? Après tout, il faut faire vivre ce gros monstre et j'y arrive mieux en le présentant par morceaux de choix plutôt qu'en bouillabaisse.

mardi 7 juin 2016

Eric Cantona ou la haine raciale

Article paru sur le site du Figaro sous le titre: "Derrière l'antiracisme de Cantona, le racisme anti-français."

Dans le genre très en vogue des accusations croisées de racisme, l'affaire qui oppose aujourd'hui Eric Cantona et Didier Deschamps est un cas d'école. Non seulement on y voit un accusateur progressivement placé en position d'accusé à mesure que ses propos, faciles et bas, sont placés sous les projecteurs, mais on y découvre aussi combien certaines formes d'antiracisme relèvent d'un racisme certes apparemment inoffensif, puisque sanctifié par la doxa, mais néanmoins virulent.

Je ne m'étendrai pas sur les compétences effectives de Benzema et de Ben Arfa, que je suis incapable d'évaluer. Qu'ils aient été écartés de la sélection nationale sur des critères ethniques, comme le suggère Cantona, semble en tout cas improbable, du moins si l'on en juge par le passé de Deschamps lui-même. De toute façon, là ne me paraît pas constituer la dimension la plus brûlante de l'affaire.

Non, ce qui me sidère est qu'Eric Cantona, après avoir lancé ses accusations de manière irresponsable - on sait comme l'étiquette de racisme est infâmante - puisse se permettre, pour appuyer ses allégations, de dauber sur les origines de Deschamps lui-même. On assiste alors à un discours effrayant de bêtise et de mépris de la part d'un homme qui se présente pourtant comme un antiraciste convaincu.

Qu'on en juge: «Deschamps a un nom très français. Peut-être qu'il est le seul en France à avoir un nom vraiment français. Personne dans sa famille n'est mélangé avec quelqu'un, vous savez. Comme les Mormons en Amérique.»

Tout d'abord, ce que monsieur Cantona sous-entend, plutôt que «français», c'est «franco-français» puisqu'il utilise plus loin dans sa déclaration le mot français pour désigner Ben Arfa. Sans la rendre tout à fait explicite, Eric Cantona établit donc une distinction, parmi les Français, entre ceux qui ont au moins une origine extra-européenne et ceux qui n'en ont pas, avalisant une notion, celle de Français de souche, qu'il serait sans doute le premier à dénoncer dans la bouche d'un autre.

Ensuite, on sent tout ce que les origines franco-françaises sont méprisables à ses yeux. La remarque sur le fait que Deschamps soit le seul à détenir un nom français est d'une ironie outrée, presque absurde, mais sous-entend bel et bien l'idée que Deschamps serait le dernier d'une race vouée à disparaître et qu'il y a quelque chose d'honteux dans cette position. Il est également permis de se demander si cette saillie n'est pas inspirée à Cantona par un jeu de mot implicite sur ces «champs» dont serait issu Deschamps, c'est-à-dire ces campagnes symbolisant, dans l'imaginaire collectif, la source fantasmée du peuple français blanc.

La réflexion, enfin et surtout, sur le fait que la famille du sélectionneur français ne se soit jamais mélangée. Ce serait donc une tare, aux yeux de Cantona, que de ne pas avoir eu la chance, un jour ou un autre, de croiser la route sexuelle et procréatrice d'un membre d'une autre communauté. Pour le dire autrement, selon Cantona, il existerait une hiérarchie entre les métisses et les «races non mêlées». A ce propos, il ne s'agit pas bien sûr de critiquer la notion de métissage. Simplement, jeter l'opprobre sur ceux qui ne seraient pas encore assez métissés me paraît à la fois imbécile et dangereux. Se permet-on d'ironiser sur le fait que d'autres que les Blancs, eux non plus, ne se métissent pas forcément? On devine que l'insulte «consanguin» a dû venir aux lèvres de Cantona, celle-là même qui avait fleuri sur certaines banderoles dans un stade de football à propos des Chtis. La consanguinité est récemment devenue l'un des clichés courant sur les Blancs. Certes, Cantona préfère faire référence aux Mormons «qui se reproduisent entre eux», mais cette curieuse comparaison ne cherche pas moins à dénoncer le caractère sectaire et dégénéré de la famille Deschamps, ainsi que son ancrage dans un christianisme perçu comme mortifère.

Passons sur l'absurdité de telles attaques puisque «Eric Cantona» ne sonne pas moins français, en tout cas pas moins européen, que «Didier Deschamps». En fait, du haut du couple qu'il forme avec Rachida Brakni, Eric Cantona s'estime sans doute en position de pouvoir distribuer les bons points de diversité raciale, se réservant le droit d'insulter ceux qui, malgré eux, ne disposent pas dans leurs veines de suffisamment de sangs mêlés. C'est, par une inversion courante des critères raciaux du fascisme, la race métisse élevée au rang des races maîtresses. C'est aussi, tout simplement, et avec l'effarante bonne conscience de celui qui se croit incarner l'homme de demain, un excellent témoignage de ce que peut être, précisément, la haine raciale.

Espérons donc que Didier Deschamps maintiendra sa plainte et que le procès, s'il se tient, ne se contentera pas de juger l'éventuelle calomnie mais se prononcera bien sur le deuxième aspect de l'affaire, moins commenté mais plus grave à mes yeux: le racisme caractérisé de celui qui se fait une profession de dénoncer les racistes. D'autant que les prétendues justifications de Cantona, deux jours plus tard, n'ont fait que révéler un peu plus la laideur de sa pensée - s'il en y a une.

lundi 16 novembre 2015

Emotion et pudeur



Bataclan, Paris, 15 novembre 2015

lundi 17 septembre 2012

Viols : déni collectif (bis)

J'ai déjà parlé ICI, à propos de l'affaire DSK, du problème de déni que suscitaient si souvent les agressions sexuelles.

Ces jours-ci, la terrifiante affaire Nina révélée la presse me semble de même assez symptomatique. Lorsque j’ai publié Azima, je me souviens des réactions de lecteurs qui disaient : « C’est horrible, ce que tu décris. Un peu exagéré, quand même… Et puis, dans un collège. On n’y croit pas ! Ça ne peut pas exister, ce genre de chose. D’ailleurs, ça n’existe pas ! »

Ça existe tellement peu que les journalistes décrivent ici des queues de garçons devant les toilettes de filles d’une école… primaire.

Réactions du même ordre à la sortie de Suicide Girls. « Qu’est-ce que c’est glauque ! Et puis cette fille qui subit tant d’agressions… C’est trop ! »

Trop pour la victime, oui, sans doute…

« Ecris sur autre chose, on n’a pas envie de lire ce genre de truc.
– Vous ne voulez pas lire « ce genre de truc », de même que vous détournez la tête quand vous en entendez parler, ou pire, quand vous le voyez. »
L’article de Libération précise que la mère de Ninon (je ne veux pas l’accabler ici) voyait sa fille prendre dix douches par jour sans comprendre ce qui se passait. Les viols se sont prolongés pendant des mois... Que penser au juste d’un tel aveuglement ?

lundi 12 décembre 2011

Jourdain, quartier chaud



Suicide en direct, accident grave de scooter, mort sur le trottoir d’une sdf, incendie non loin de là des locaux de Charlie Hebdo, tout cela sur un lit copieux d’ordures et de papiers qui traînent… Le quartier de Jourdain (Paris 20), pourtant réputé pour son atmosphère de village bobo, réserve bien des surprises, et la dernière en date vaut son pesant de feux d’artifice : dans la nuit de vendredi à samedi (10 décembre 2011) derniers, la petite rue Constant Berthaut s’est entièrement embrasée. Dix voitures brûlées, deux magasins détruits, façades noircies, quatre blessés. Tout le week-end, c’est un spectacle de désolation qui s’est offert aux yeux des habitants.

Les langues se délient, on dit que des flics en civil rôdent pour attraper les rumeurs. Certains ironisent sur le fait que l’incident annoncerait de bien joyeuses festivités de Noël et du Nouvel An – l’année dernière, une vieille dame est morte carbonisée dans son appartement qu’un pétard avait atteint. J’entends une femme murmurer qu’ « il faut quitter Paris, pendant qu’il en est encore temps », pendant qu’une autre vitupère contre « cette époque de voyous, sans valeur ni courage ». Ambiance… Le même soir, j’avais fait boire quelques amis plumitifs dans mon appartement. Le petit groupe cacherait-il un dangereux pyromane ?