La littérature sous caféine


lundi 18 août 2025

Des gens qui parlent français

Montréal, c'est une ville américaine remplie de gens qui parlent français. Manifestement heureux - du moins, détendus -, ils mangent n'importe quoi mais gardent cette élégance toute européenne qui consiste à éviter le délire américain du balancement entre obésité et obsession pour le sport. Les Québécois n'ont pas seulement gardé des noms français, ils ont aussi préservé quelque chose de la physionomie générale de leurs lointains ancêtres.

Bien-être

A la Nouvelle-Orléans, j'ai découvert des tensions raciales sur fond de jazz et de mythologie française. A Naples, un délire de cultures antique et chrétienne dispersé dans une ville décatie. A Montréal, je tombe sur la culture du bien-être et de l'efficacité.

vendredi 1 août 2025

Conjuration

Le monde actuel est une conjuration contre la lecture. Même dans les conditions idéales d'un vol, le voyageur est cerné par son smartphone et par un autre écran dressé devant le visage. Il faut une discipline de fer pour résister aux appels de la lumière. D'autant que ça n'est pas un plaisir coupable : il y a des chefs-d'oeuvres parmi les films proposés ! Dans ces conditions, les professeurs de français sont vraiment les derniers des Mohicans (c'est le cas de le dire : je me rends au Québec) : les élèves les détestent car ils persistent à leur imposer cette curieuse chose que représente aujourd'hui le fait de lire un classique.

jeudi 17 juillet 2025

Villa

A Capri, le pèlerinage vers la maison de Malaparte s'imposait. On s'y éloigne des foules se pressant dans les rues de richesse tapageuse. Plus personne ne lit Malaparte et c'est sans doute en mémoire de Godard et de Bardot que les rares promeneurs adressent un regard à la villa qui servit de décor au Mépris. Qu'aurait pensé Curzio de la dérive clinquante de l'île ? Fasciste puis communiste, peintre furieux de la guerre ou de la misère, il aurait sans doute ri du spectacle baroque que donnent les croisières de luxe à proximité des décrépitudes napolitaines.

mercredi 16 juillet 2025

Désir à Pompéi

A Pompéi je m'attendais à des ruines poussiéreuses et je tombe sur un endroit charmant, entretenu avec goût, dans un site naturel exceptionnel. On pouvait s'attendre à ce que la mort règne sur la ville figée par la cendre mais les corps momifiés paraissent avoir gardé leur élan. Mieux, les fresques du lupanar témoignent de cette force tellurique si puissante qu'est le désir, et dont parle merveilleusement Pascal Quignard dans "Le sexe et l'effroi" : "L'eros est une plaque archaïque, préhumaine, totalement bestiale, qui aborde le continent émergé du langage humain acquis et de la vie psychique volontaire sous les deux formes de l'angoisse et du rire."

mardi 15 juillet 2025

Concrétions

Ce que je préfère à Naples, ce sont les concrétions urbaines. J'avais déjà eu cette image à Tokyo mais ici les immeubles s'entassent sur des collines si bien que le visiteur est cerné par d'invraisemblables plans verticaux. Ce n'est plus seulement la "ville debout" que Céline se plaisait à voir en New-York mais une ville couchée sur des montagnes, conjuguant ainsi nonchalance et vigueur.

lundi 14 juillet 2025

Dieu

Les Romains ont fait rayonner les dieux grecs dans toute l'Europe ; puis l'Italie a fait rayonner le christianisme dans le monde. Aujourd'hui, ce sont les joueurs de football qu'elle divinise. A Naples, Maradona est partout. Des chapelles lui sont dédiées, parfois des rues. Il est présenté à côté de Jésus ou se substitue à lui. Un "Musée de Dieu" lui est consacré. Je ne sais pas s'il faut trouver ça amusant, admirable ou un peu triste.

dimanche 6 juillet 2025

Spirale

Au dîner de l'escargot j'avais affiché le bas-relief d'un homme faisant la roue. A la soirée "Belle Hortense" j'ai retrouvé ce motif avec l'improbable Vénus à l'escargot dont parle Roubaud et surtout une intrigue formant spirale dans Paris, jusqu'au point central d'une église. Tout cela m'a confirmé dans l'idée d'une soirée géométrie. Et voilà qu'à la Japan Expo je découvre le maître de l'horreur Junji Ito, dont l'œuvre maîtresse s'intitule "Spirale". Illico, j'achète le volume ! D'autant que l'artiste se dit inspiré par Lovecraft, dont @contes.opale.ailleurs me conseille La maison de la sorcière, chargé de figures géométriques. La boucle est bouclée !