La littérature sous caféine


mardi 17 février 2026

Melting pot

Dans "Quatre jours sans ma mère" (Philippe Rey, 2025), Ramsès Kefi dresse avec tendresse un certain état des lieux du melting pot français - car il y a bien melting pot, et de plus en plus inspiré du modèle américain. Chacun se revendique de cultures différentes. Quand il refoule certaines origines, il se voit embarqué dans des intrigues à tiroirs. Ainsi de ce narrateur qui voit sa mère disparaître, rejoignant une Tunisie qu'il lui reste à découvrir... "A la Caverne , sa bande est trop mixte pour qu'une langue l'emporte sur le français. Et puis les Nord-Africains du quartier sont pour la plupart berbérophones, originaires du Rif ou de Kabylie. Hédi avait été clair avec les Ben Hafsia et les Ferchichi, les deux familles tunisiennes de la cité, arrivées presque en même temps que mes parents : ils seraient compatriotes de HLM, rien de plus." (p89)

Dans les "Petits blancs" et "La révolte des Gaulois", j'avais précisément fait le portrait de Français qui n'arrivaient plus à se situer parce qu'ils se sentaient pauvres en identités mêlées. La solution serait peut-être de dresser une forme d'équivalence entre la diversité des origines extra-européennes et la diversité des régions françaises... L'échelon national y perdant alors en épaisseur.

vendredi 13 février 2026

Hyper life

Toujours au Familistère, Stéphanie Lacombe dans sa série Hyper life pousse encore plus loin l'humour : elle agrémente ses clichés de notations biographiques qui se présentent comme neutres et qui soulignent, s'il en était encore besoin, la dimension potentiellement comique de ces vies cabossées du Nord. Nulle envie de se moquer, mais une volonté d'accompagnement souriant. Comprendre, c'est en partie aimer, quelles que soient les misères, quelles que soient les erreurs. C'est aussi ce réflexe qui m'avait guidé pour Les petits Blancs puis La révolte des Gaulois.

mardi 20 janvier 2026

Ultra pampa



Dans l'étonnant Familistère de Guise je découvre la série Ultra Pampa d'Alexa Brunet qui me frappe par sa tendresse et son humour... Quel regard porte exactement l'artiste sur cette population des Hauts de France marquée par une pauvreté grandissante depuis la catastrophe de la désindustrialisation ? L'effet de réel est sidérant. Cela me rappelle mes propres pérégrinations dans la région quand je préparais l'écriture des "Petits Blancs". Je sais que le terme est souvent contesté, je me doute que l'artiste ne l'utiliserait pas forcément, et pourtant je persiste à croire à la fois dans sa pertinence et dans son avenir.

dimanche 16 novembre 2025

Fantasmes ethniques

La révolte des gaulois" (2020) constituait une continuation des "Petits Blancs" (Points Seuil 2013). Il m'a valu quelques inimitiés. L'Express, Marianne, Le Figaro se sont fendus de jolis papiers mais des éditeurs que je croyais amis m'ont claqué la porte au nez, des camarades ont fait la fine bouche et certains journalistes, si j'en crois des bruits de couloir, m'ont calomnié. Je ne cherchais pourtant qu'à souligner quelques enjeux de la question ethnique, sans prendre parti, dans un souci tout personnel d'essayer d'éclairer la situation (le mot Gaulois se voulait un clin d'oeil aux "Gaulois réfractaires" de Macron). Il faut croire que le sujet soit incandescent : sa simple évocation peut vous valoir d'être ostracisé. On ne m'y reprendra plus, je n'ai pas le goût du conflit. J'ai dit ce que j'avais à dire. Je me concentrerai maintenant sur des projets plus consensuels.

N'empêche que l'actualité me ramène souvent aux questionnements qui me taraudaient. Par exemple, cette récente saillie de Bégaudeau dans "Psychologies" (2025) : "Les Blancs vont disparaître et je ne les pleurerai pas. (...) Une dernière pensée pour les faces-de-craie avant l'extinction de l'espèce." J'avais précisément écrit une page, que je sentais osée, sur le fantasme implicite de certains chroniqueurs sur la disparition des Blancs, ces Blancs qu'ils estimaient par ailleurs ne pas exister - le paradoxe soulignant leur hostilité. J'avais eu peur d'en faire trop. Or, en quelques petites années, le fantasme est devenu non seulement explicite mais revendiqué. A vrai dire, je ne sais plus s'il faut en rire ou en pleurer. Dans le doute je ferai le choix d'en rire. 🙂

mardi 12 avril 2022

N'oublions pas les Gilets jaunes !

Avec « La Fièvre » d’Aude Lancelin (Les liens qui libèrent, 2020), je pensais lire un compte-rendu factuel, légèrement romancé, de la crise des Gilets jaunes, et je tombe sur un véritable brûlot, satire acérée non seulement de la bourgeoisie parisienne, mais de ces milieux de gauche radicale qui se targuent de subversion tout en exprimant du dédain vis-à-vis des loqueteux qu’ils sont censés défendre. Ce roman, meilleur livre qu’il m’ait été donné de lire à propos des Gilets jaunes, notamment parce qu’il égrène une série de portraits bien troussés, souvent mordants, propose une vision étonnamment proche de celle que je déployais dans « La révolte des Gaulois » (Léo Scheer, 2020), à la différence peut-être que nous n’avons pas le même degré d’optimisme vis-à-vis d’une éventuelle convergence campagne / banlieue.

Pas étonnant, finalement, qu’Aude Lancelin ait été la première journaliste de gauche à parler des « Petits Blancs » en 2013. Comme elle, je suis sensible au mépris que s’attirent les gens de peu de la part de personnalités qui, politiquement, prétendent parler en leur nom – après tout, c’est ce genre de contradiction qui a toujours aiguillonné mon écriture.

« Le pape de Nanterre avait commencé à trouver la parade au silence dont il ne savait plus comment sortir depuis des semaines. Avouer à demi-mot ses atermoiements et mettre cet attentisme sur le compte d’une espèce de grandeur d’âme qui lui interdisait, en tant que grand Blanc universitaire, de rejoindre les petits Blancs d’en face, par peur de trahir les anciens colonisés. Voilà à vrai dire tout ce que son cerveau en surchauffe avait réussi à mettre au point en rejoignant à pied la soirée de Ménilmontant. » (p 93).

mercredi 13 mars 2019

Les Gilets jaunes sont-ils des petits Blancs ?

Ma conférence à la Fondation Jean Jaurès, le 4 mars 2019.

mardi 5 mars 2019

Les petits Blancs seraient-ils devenus mainstream ?

Aussi contestée soit-elle, la notion s'affiche désormais, cinq ans après la publication des "Petits Blancs", à la Une des médias: L'Express en a fait sa couverture le 27 février dernier, même s'il s'agit de prendre encore des pincettes ("Nous les petits Blancs, disent-ils"). La journaliste chargée de rédiger le dossier, Agnès Laurent, a fait son travail et nomme l'ouvrage. Elle m'a d'ailleurs prévenu par téléphone: "Nous avons pillé votre livre", ce que je prends pour une sorte d'hommage. Après tout, j'en ai croisé qui parlaient du livre sans l'avoir lu ou qui, surtout, l'attaquaient sans en avoir compris une traître ligne. Pour un peu, ils m'auraient interdit rétrospectivement de l'écrire ! Je pense à Thomas Guénolé, par exemple, sur le plateau du Ce soir ou jamais de Frédéric Taddéi.

Quant à Alain Finkielkraut, je suppose quand je l'entends préciser que l'homme l'ayant récemment agressé dans la rue "n'était pas un petit Blanc", qu'il a lui aussi pris la peine de lire l'ouvrage - tout au moins se permet-il d'utiliser le mot sans en contester a priori la légitimité, tout à fait conscient du fait que nous ayons besoin, pour décrire une situation sociale et culturelle française de plus en plus complexe, de plus en plus éruptive, de quelques termes à la fois contemporains et bien sentis.

samedi 2 mars 2019

Les Gilets jaunes sont-ils des petits Blancs ?

Lundi 4 mars, j'interviendrai devant la très respectable fondation Jean Jaurès pour évoquer l'épineuse question du rapport entre Gilets jaunes et petits Blancs.