La littérature sous caféine


jeudi 4 novembre 2010

Lecture d'extraits avec "L'échappée Belle"

Sympathique moment passé avec deux étudiants de Radio Sciences-Po (RSP pour les intimes), au cours de la toute première émission littéraire "L'échappée belle". Nous y avons notamment lu de larges extraits de "Suicide Girls"...

Lien ICI.

lundi 1 novembre 2010

Ambiance, ambiance dans les bars havrais

Quelques jours dans les bistrots havrais pendant ces vacances de la Toussaint :

1) Un homme bedonnant clame à la cantonade : "J'vous dis pas, si j'étais une femme, j'serais une sacrée salope !" (Rire général)

2) Au Chiquito (le même nom que le bar en bas de chez moi à Belleville). Une femme d'une soixantaine d'annéees, manifestement en manque d'affection, portant ce qui doit être sa plus jolie robe, adresse la parole avec une certaine fébrilité à tous les hommes qui passent dans un rayon de dix mètres. Elle commence toujours par justifier le petit verre de rosé qu'elle sirote méthodiquement par: "Je bois ça parce que ça me rafraîchit..." Dehors, il pluviote et la température est passée sous la barre des cinq degrés.

3) M'apprêtant à quitter le même bar, la patrone m'interpelle de façon peu amène : "Monsieur, je ne me trompe pas, vous avez branché votre ordinateur sur la prise qui est là-bas ? - Euh, oui... - Eh bien permettez-moi de vous dire que ça ne se fait pas, Monsieur ! Qu'est-ce que vous diriez, vous, si je venais chez vous et que je branchais mon sèche-cheveux dans votre salon ? Hein ? Vous ne seriez pas content, n'est-ce pas ? Et bien c'est exactement la même chose dans mon bar ! Il y a des choses qui ne se font pas, Monsieur ! - Euh... J'ai l'habitude de le faire dans d'autres bars et ça ne pose pas problème, habituellement... - Au revoir, Monsieur !"

jeudi 28 octobre 2010

Entretien avec Bénédicte Heim


Entretien avec Aymeric Patricot, "Suicide Girls" (1/4)
envoyé par monsieurping2. - Films courts et animations.


Entretien avec Aymeric Patricot, "Suicide Girls" (2/4)
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Entretien avec Aymeric Patricot, "Suicide Girls" (3/4)
envoyé par monsieurping2. - Découvrez plus de vidéos créatives.


Entretien avec Aymeric Patricot, "Suicide Girls" (4/4)
envoyé par monsieurping2. - Futurs lauréats du Sundance.

mardi 26 octobre 2010

Les écrivains qui nous apprennent des mots



Adolescent, au cours de mes lectures, j’établissais la liste des mots que je ne connaissais pas, avant de noter soigneusement leur définition sur des feuilles volantes, glissées dans les volumes. Bien sûr, la pêche était particulièrement fructueuse chez Proust et chez la plupart des auteurs du dix-neuvième siècle. Il m’arrivait d’essayer d’apprendre ces listes. Quand je retombe sur elles, vingt ans plus tard, je me rends compte que je connais maintenant ces définitions. Mais les avoir apprises adolescent ne m’a sans doute pas aidé : ce sont mes retrouvailles avec ces mots, régulièrement, de livres en livres, qui m’ont familiarisé avec eux.

Ce goût pour les mots, considérés en tant que tels, a d’ailleurs influencé mes pratiques de professeur, puisque j’ai pris l’habitude de débuter chaque cours par ce que j’appelle « Le mot du jour » (un mot que j’annonce, puis dont je donne la définition, que les élèves consignent dans un carnet). C’est vraiment par ces sortes de petits noyaux langagiers qu’il me paraît judicieux d’essayer de donner goût à la littérature – démarche complémentaire de celle qui consiste à prendre l'écriture "par l'autre bout", celui du récit, celui du souffle romanesque, celui qui fait oublier les mots, précisément, au profit des images qu'ils suggèrent.

Je continue moi-même à apprendre de nouveaux mots, bien sûr, et mes découvertes sont naturellement plus nombreuses chez les auteurs de langue française (les traductions hésitant davantage à recourir à des archaïsmes ou des raretés ?). Lisant par exemple le dernier roman en date de Philippe Le Guillou, Le Bateau Brume (Gallimard, 2010), majestueuse plongée dans les destins croisés de jumeaux dont l’un, peintre rêveur et mélancolique, et l’autre, tourné vers la politique, vont vivre des moments de fusion fantasmatique, avant de se séparer puis de se retrouver, d’années en années (sur fond de Bretagne hantée par les mythes et par la religion chrétienne), je note le mot ondin, page 167 (génie des eaux dans la mythologie germanique) et le mot étier page 163 (chenal étroit). Plaisir non négligeable, qui compte désormais dans mon choix d'approfondir ou non la connaissance de certaines oeuvres...

dimanche 24 octobre 2010

"Quand Houellebecq nous parle d'asticots, c'est passionnant !"

1) Dans un bistrot de Belleville, un sémillant soixantenaire entame un vibrant plaidoyer de Houellebecq devant sa femme qui n'a pas l'air de connaître vraiment : "Un talent fou, ce Houellebecq ! Dans son dernier roman il est capable de parler de mouches au moment où on s'y attend le moins ! Tu vois, dans la dernière partie, ça devient policier, et au moment de décrire le cadavre, il embraye sur une description des mouches avec plein de détails sur la vie des mouches, c'est incroyable ! Personne d'autre ne ferait ça comme lui ! Personne d'autre n'oserait le faire ! Il a vraiment du talent ! Pareil avec les asticots... Il embraye avec les asticots, tu vois, à propos du cadavre, et il rend ça passionnant ! Vraiment passionnant !"

2) Dialogue entre deux metteurs en scène apparemment spécialisés dans les auteurs d'Europe de l'Est : "Tu vois, Blumfeld c'est du Brecht mais avec une nuance de Maskovitz, la tradition des contes campagnards mais avec un travail sur la langue supplémentaire, davantage de travail sur la langue qu'avec Kardec... - Comme Milena Houstov ? - Exactement ! Mais en plus vivant, tu vois, libéré des lourdeurs qu'on peut trouver chez Börkel. - En somme, comme du Zladic mâtiné de Borj. - Je n'aurais pas su dire mieux !"

3) A la gare Saint-Lazare, un teckel passe et une petite fille de dix ans pousse un cri, s'effondrant sur la valise de son père. "'J'ai cru que c'était un tigre !"

jeudi 21 octobre 2010

Interview par Pierre-Louis Basse sur Europe 1 (4/10/2010)


Aymeric Patricot sur Europe 1, "Suicide Girls" (4/10/2010)
envoyé par monsieurping2. - Futurs lauréats du Sundance.

lundi 18 octobre 2010

Les réalités qui ne passent pas (Christian Cogné, Requiem pour un émeutier)



Littérature sur l'école (3)

Dans la série "témoignages sur le terrain", je viens d'entamer un livre qui se distingue très nettement par la qualité de son écriture, sa profondeur et son pouvoir horrifique: Requiem pour un émeutier, de Christian Cogné (Actes Sud, Septembre 2010) - sous-titré "La naissance d'un tiers monde de l'éducation", expression à laquelle je souscris parfaitement.

L'auteur commence le livre par deux pages d'évocation de sa propre jeunesse, deux pages bouleversantes au cours desquelles il décrit son séjour traumatisant dans "L'Ecole du plein air", une maison de correction qui ne disait pas son nom. Bien sûr, cela change le regard que le lecteur portera sur les chapitres qui suivent, expliquant sans doute l'étonnante persévérance de l'auteur, par la suite, dans son métier de professeur.

"Au quartier du Moulin-Vert, sur le plateau de Vitry-sur-Seine, il constata que la maison de correction avait depuis longtemps fermé ses portes. Seul, l'enfant de la N7 (il l'appellera aussi "le petite émeutier") donnait des coups de pied contre un grillage invisible. Une force l'empêchait de le rejoindre ; il lui tourna le dos et ne revint que trente années plus tard..."

On a droit ensuite à toutes les figures obligées de ce genre de livre, mais avec une force qui me paraît difficilement égalable en la matière.

Sur la question des violences que subissent les professeurs, ici en SEGPA ou en lycée professionnel (des évocations d'une violence tellement hallucinante qu'il me paraît presque difficile d'y croire si l'on ne s'est pas déjà penché sur le sujet):

"Quand les premiers coups furent frappés contre la porte de ma classe, je me rendis compte que tout ce beau monde était venu pour me faire la peau. Je mis le verrou. Les garçons à l'intérieur devinrent complètement hystériques. Ils hurlaient qu'il y avait un autre accès par la porte de secours. Je la verrouillai également. Mais les coups redoublés eurent bientôt raison des vis qui menaçaient de sauter une à une. Les garçons de plus en plus excités encourageaient les assaillants : "Il ne reste plus que deux vis. Plus qu'une... Ouais !" En proie à la panique, je pourrai une table contre chaque battant. En vain, celui de l'entrée finit par céder à grand fracas et je me retrouvai acculé contre le tableau avec la pointe d'un cran d'arrêt sur la gorge. "Bouge pas, bouge pas, ou j'te crève", hurlait une jeune fille qui appuyait la lame contre ma carotide." (page 21)

Sur la démisssion d'une partie du système :

" Que savaient-ils, ces profs, du lycée professionnel, pour y envoyer des jeunes qui n'en avaient jamais entendu parler, sinon en termes évoquant davantage une punition qu'une formation ? (...) Parce que le vrai problème de l'Education nationale, au fond, reste de ne pas savoir quoi faire des jeunes en grande difficulté ; elle, dont la mission, se réclamant de Jules Ferry, consiste à vaincre "la plus redoutable des inégalités, l'inégalité d'éducation." " (page 46)

Sur les prises de conscience, les sursauts de révolte du corps enseignant ; mais aussi sur les écrivains médiocres qui daubent sur la banlieue sans forcément la connaître :

"Un écrivain, qui vient en banlieue dans les écoles parler de ses livres, s'inspirant du rapport Obin, écrira un roman où il est question de la réalité sordide des cités : retour à la barbarie, profs battus dans les collèges, dhihad urbain, barbus assassins, violeurs, etc. L'apocalypse, pas moins !" (page 105)

Sur l'émotion des retrouvailles avec ces élèves auxquels quelques cours ont apporté de la lumière, malgré tout:

"Il se mit à rire. "Vous vous souvenez... ces nouvelles que nous avions écrites ? Enfin... on ne savait plus très bien à la fin qui les écrivait... Je repense quelquefois à l'écroulement de la tour. Nous étions à la fois entre quatre murs et dehors. Devant un tas immense de gravats. J'ai l'impression que c'est à partir de là que nos chemins... je veux dire ceux des élèves de la classe se sont ouverts. - Le mien aussi, Anton, crois-moi !" (page 93)

J'ai lu ce livre tenu par un sentiment perpétuel de révolte et par une sincère admiration pour cet homme chevronné, ce professeur courageux doublé d'un véritable auteur. Il y a quelque chose de terrifiant dans le chantier qui s'offre à nous pour rénover cette école qui prend l'eau de toutes parts. Mais il y a quelques personnalités admirables qui donnent envie d'espérer, parfois.

samedi 16 octobre 2010

Plaisir des cours magistraux



Aujourd'hui je m'étonne que les cours magistraux aient si mauvaise presse... A l'iufm il nous était clairement signifié qu'il fallait les éviter, autant que possible (consigne caractéristique de la ligne "pédagogiste"), et il m'arrive encore souvent d'entendre de la bouche de professeurs que "les cours magistraux, ça ne marche pas"...

Curieusement, j'ai le sentiment inverse: certes, il est nécessaire de varier les effets, de favoriser l'échange, d'éveiller chez l'adolescent une conscience critique... Certes, une part des élèves n'est pas réceptive au déroulé d'une leçon qui ne lui demande que de prendre en notes et de comprendre, éventuellement... Mais je suis persuadé, maintenant, qu'un cours a besoin d'une sorte de colonne vertébrale qui serait, précisément, une partie de cours magistral pur, revendiqué comme tel. Contrairement à ce qu'il est souvent alégué, les élèves les plus faibles expriment eux-mêmes le besoin de ces parties dictées. Il y a quelque chose de rassurant, de structurant, à savoir qu'il existe un noyau de connaissances auquel se référer pour progresser. (Sans parler même de l'irremplaçable pouvoir "pacificateur" de ces minutes où le professeur dicte un cours à des élèves qui, dès lors, se taisent...)

Mais surtout, comment ne pas voir le plaisir des élèves à prendre en notes un cours qui leur semble intéressant ? Personnellement, les seuls cours dont je me souvienne avec émotion, les seuls cours à m'avoir appris quelque chose ont été des cours magistraux... Un professeur de français m'a ébloui, l'année de première, par ses brillants commentaires de Proust ou de Céline (une trentaine de textes étudiés cette année-là); quelques années plus tard, je jubilais à chaque minute d'un cours magistral de philosophie politique à HEC (des leçons qui n'excluaient pas les questions des étudiants) et c'est à l'Université Paris IV, plus tard encore, pendant mes études de philosophie, que je tombais en extase devant un cours d'esthétique, dont l'heure ultime, en forme de synthèse particulièrement dense, m'a laissé pantois... Chaque fois, je n'aurais pas aimé que des étudiants interrompent le cours par des remarques intempestives sans grand intérêt. Ce qu'il y avait de beau, précisément, c'était ce côté frontal, ce déversement de connaissance pure et je ne voyais pas ce qu'il y avait d'infâmant à ce que l'élève, la plupart du temps, se contente d'écouter...