La littérature sous caféine


samedi 5 juin 2010

L'intensité de l'activité littéraire (Stephen King, Ecriture)



De plus en plus, je compte, je note, j’archive, j’établis des statistiques sur ce que je fais, ce que je vis, ce que je consomme… Je n’avais jusqu’à maintenant jamais noté le titre des livres lus, mais je le fais depuis presque un an et cela me permet d’avoir une idée de mon rythme de lecture. Intérêt limité, me direz-vous, si ce n’est le plaisir assez gamin d’archiver et de calculer. Et puis d’avoir une idée sur l’intensité de ce qu’on pourrait appeler mon « activité littéraire ». Bien sûr, la qualité d’une écriture ne se mesure pas au nombre de lectures. Certains écrivains revendiquent d’ailleurs un très faible rythme – au nombre desquels James Ellroy, mais doit-on le croire ?

Cependant je me rappelle le conseil que donne Stephen King dans son livre Ecriture à tout apprenti écrivain, le conseil d’or, le tout premier conseil dans la série des conseils d’importance : « Beaucoup lire, beaucoup écrire. » Et pour illustrer son propos, le grand Stephen nous explique qu’il aime bouquiner le soir, notamment, à raison de soixante-dix livres en moyenne par an. Consultant mes cahiers, j’en arrive au même chiffre. Je lis en moyenne entre un et deux livres par semaine – faisant d’ailleurs l’effort depuis quelques mois de finir la plupart des romans, alors que j’avais jusqu’ici la fâcheuse tendance de lâcher le moindre livre peu convaincant au bout de cent pages.

Je constate d’ailleurs que cela coïncide avec ma consommation de films – 70 par an. En comparaison, ma consommation d’expositions reste beaucoup plus faible. Ainsi que ma consommation musicale – je découvre en détail une quinzaine d’albums par an. A la seule différence près qu’un disque nous accompagne de longs mois, voire des années, et que les heures cumulées d’écoute peuvent atteindre des sommets (en comparaison, combien de fois relit-on vraiment un roman ?)

Quant au rythme d’écriture de Stephen King, il peut paraître assez monstrueux : « J’aime bien rédiger dix pages par jour, ce qui équivaut à deux mille mots, soit cent quatre-vingt mille sur une période de trois mois. » (Ecriture, p181) A titre de comparaison, j’arrive depuis deux ans maintenant à m’astreindre à une cinquante de pages par mois (que ce soit en vacances ou pendant l’année scolaire), ce que j’appelle une page correspondant à 1500 signes espaces compris, ou 250 mots. Stephen tient un rythme cinq fois supérieur ! Et je pense être à mon maximum… Au-delà de la question du talent, il s’agit sans doute aussi d’une différence de nature entre nos productions respectives.

Il y a en tout cas de très beaux passages dans ce livre-méthode de S.King, et j’aime beaucoup l’idée développée dans le paragraphe suivant : « « Ecris ta propre histoire, Stevie, me dit-elle. Ces Combat Casey ne valent rien. Il est toujours en train de faire cracher ses dents à quelqu’un. Je parie que tu peux faire mieux. Inventes-en une toi-même. » (…) Je me souviens d’un fabuleux sentiment de possibilité à cette idée, comme si l’on venait de m’introduire dans un vaste bâtiment rempli de portes fermées en m’autorisant à ouvrir n’importe laquelle. Il y avait plus de portes à pousser qu’on ne pouvait en franchir au cours de toute une vie – voilà ce que je me dis, et voilà ce que je pense toujours. » (Ecriture, page 32)

Pour moi qui souffre parfois à grappiller péniblement quelques idées (malgré ma tendance à écrire des manuscrits dans tous les sens), et qui me fais l’impression de n’avoir qu’un nombre restreint de choses à exprimer dans toute ma vie, cette idée d’une infinité de portes ouvertes dans le monde de l’imaginaire a quelque chose d’exaltant et de profondément rassurant.

Très drôle aussi, l’évocation de sa brève expérience en tant que professeur : comment ne pas m’y reconnaître moi-même ? « Pour la première fois de ma vie, je trouvais dur d’écrire. Le problème, c’était l’enseignement. J’aimais bien mes collègues, j’aimais bien les gosses – même les plus remuants et les plus crétins de la classe n’étaient pas sans intérêt – mais la plupart du temps, quand arrivait le vendredi après-midi, j’avais l’impression d’avoir passé la semaine avec des câbles de démarrage branchés sur le crâne. S’il y eu un moment où j’ai désespéré de jamais devenir écrivain, c’est bien pendant cette période. Je me voyais déjà trente ans plus tard, portant toujours les mêmes vestes de tweed informes avec des empiècements aux coudes, la bedaine passant par-dessus la ceinture de mon falzar à force d’écluser les bières. » (p87)

mercredi 2 juin 2010

Tata Joe a encore frappé



1) Lors d'une sortie au Louvre, une élève de première : "Ouah, Monsieur, c'est trop pourri le centre de Paris : toutes les rues, elles sont vieilles !"

2) Un homme à cran dans un bistrot de Belleville, à qui l'on demande ce qu'il veut prendre : "Oh, un café ! Comme d'habitude ! Qu'est-ce que vous voulez que je prenne d'autre, hein ? (Rire sardonique) Du champagne ? AH AH AH ! Par les temps qui courent..."

3) Dans une ferme en Normandie, un mouton dont la tête déborde de frisettes passe la tête à travers la barrière. Une mère de famille la désigne à sa petite fille: "Regarde, on dirait tata Joe..."

samedi 29 mai 2010

La littérature du bonheur (Benoît Duteurtre et la poétique du charme)



Je passe un temps fou dans les cafés – d’une certaine manière, ils sont ma demeure, dispersée d’un bout à l’autre de Paris… Et j’ai remarqué combien chaque établissement menait une politique identifiable en termes de recrutement : les mois défilent, les serveurs se suivent et se ressemblent… La plupart des cafés proposent chaque fois le même modèle. Dans l’un, ce sont des types secs et vieillissants ; dans l’autre, de jolies filles de vingt-ans ; dans le troisième de belles trentenaires d’un mètre soixante, solidement charpentées. Je ne sais pas si les patrons sont conscients de leurs choix, je serais très curieux d’en parler avec eux.

Peut-être eux-mêmes établissent-ils des typologies de clients ? J’ai d’ailleurs repéré quelques clients obsessionnels des cafés du Marais, comme ce vieil américain, l’air un peu triste, perdu dans une grande gabardine de feutre beige, dévorant la presse avec inquiétude et nostalgie. Je pense qu’il m’a repéré, de son côté…

Toujours est-il que cette vie dans les cafés, menée depuis quatre ans maintenant, a sans doute influencé mon goût récent pour ce que j’appelle « la littérature du bonheur », tous ces livres à l’écriture paisible et contemplative, faisant le bilan d’une existence ou le portrait d’une famille, d’une ville, d’une époque, à distance raisonnable, et privilégiant la sage observation, la dissection des choses et des sentiments, le mot juste posé sur les sensations, les couleurs et les notes.

Il y a Colette, bien sûr, la merveilleuse Colette dont j’aimerais connaître par cœur certains des livres ; Proust dont les descriptions de paysages, de fleurs ou de tableaux restent sans équivalent ; et mille petits livres moins ambitieux mais parfois tout aussi touchants, parmi lesquels l'avant-dernier livre de Benoît Duteurtre, Les pieds dans l’eau, retraçant l’histoire de sa famille depuis l’accession d’un de ses membres, René Cotty, à la présidence de la République française. Atmosphère douce et nostalgique dans ces pages où l’auteur évoque son enfance normande, entre les usines havraises et les falaises d’Etretat, et tous ces étés qu’il a passés, et qu’il passe encore, sur les galets près de l’aiguille creuse.

J’ai d’autant plus été sensible à ce livre que j’ai moi-même grandi au Havre, connu Etretat, et que j’ai toujours autant de plaisir à retrouver les plages sévères et charmantes de Normandie. J’ai beaucoup aimé la prose complice et tendre de Duteurtre, sa chronique familiale ironique mais sans méchanceté. Et j’ai souri lorsque j’ai noté la fréquence du mot « charme » sous sa plume, un mot que je finissais par guetter et souligner (il y en a beaucoup, des auteurs qui reviennent sans avoir l’air de s’en rendre compte vers des expressions fétiches, comme Houellebecq qui ne peut s’empêcher d’écrire le mot « pénible » toutes les dix pages environ – ce qui me fait toujours rire).

« Devenu parisien, je compris soudain, pleinement, l’attrait des fraîcheurs normandes. Quand j’habitais au Havre, où le vent soufflait trop fort, je rêvais de contrées ensoleillées. J’avais passé quelques séjours étouffants à Aix-en-Provence, errant dans les rues brûlantes en me persuadant d’y prendre du plaisir… Depuis mon installation dans la capitale, je m’avisais que cette côté du pays de Caux, qui s’étend du Havre à Dieppe, était pour moi le plus aimable des rivages. J’aimais de plus en plus ses falaises tombant à pic, son eau grise ou turquoise au gré du ciel changeant, ses plages en pente raide, si bien adaptées aux plaisirs de la nage. A peine éloigné de cette région, il m’apparut même que j’adorais ces grands bains salés qui, enfant, me paraissaient détestables. » (Les pieds dans l’eau, Folio 2010, page 142)

lundi 24 mai 2010

Aujourd'hui, Don Juan serait tortionnaire



1) Lors d'un oral blanc pour le bac, dans mon lycée de La Courneuve (93), j'interroge un élève sur la pièce de Molière :
- Effectivement, Don Juan trompe Elvire. Mais il ne se contente pas de la tromper... Que fait-il, après l'avoir sortie du couvent ?
- Il fait plus que la tromper ?... Euh... Il la torture ?

2) Un élève de seconde me demande, en fin de cours: "Monsieur, est-ce que vous avez peur de vieillir ?..."

3) Dans un bar de la Courneuve, alors que j'attends la reprise des cours. Un type usé, aviné, ressemblant vaguement à William Burroughs avec son visage long, rêche, mangé par de grandes lunettes, finissant sa bière devant le clip de David Guetta (ci-dessus), et très sincèrement affligé : "Bon Dieu, ils ont pas honte de passer des trucs pareils..."

jeudi 20 mai 2010

Entrons dans le vide, et jouissons ! (Gaspar Noé / Lin Yutang)



Conversation brève à la sortie de la projection du film de Gaspar Noé, Enter the Void (littéralement, « Entrez dans le vide ») ; je demande à un trentenaire à l’air particulièrement sonné ce qu’il a pensé du film.

« Le connard ! Le connard ! – Comment ça ? – Pour qui il se prend putain ? La grosse tête ! Enflée comme c’est pas possible ! Jamais vu un réal’ aussi prétentieux ! – Le film était bon, non ? – Le connard ! Putain le connard ! – Un peu long sur la fin, mais la première heure et demie est brillante… – Je sais pas, je sais pas ! Putain la prétention ! »

Quoi qu’il en dise, l’expérience est saisissante – deux heures trente de caméra subjective dans le monde de la dope japonaise et des traumatismes en tous genres. Le scénario tourne autour de la mort d’un junky abattu par la police : son esprit se met à voguer, sur la ville et dans le passé, traversant les corps et les esprits, pour un long voyage qui s’apparente à une rédemption. La tension dramatique, contrairement à ce qu’en disaient certaines critiques annonçant un vaste clip sous amphétamines, ne faiblit jamais – sauf peut-être dans la dernière demi-heure.

Le titre me plaît beaucoup, par ailleurs, et, troublé par cette notion de « vide dans lequel on entre », j’ai ressenti les jours qui ont suivi le besoin d’une petite dose de spiritualité orientale (terme affreusement imprécis, j’en conviens). J’ai alors acheté un livre que j’avais repéré depuis longtemps, et dont le titre me plaisait également beaucoup : L'importance de vivre, du poète chinois Lin Yutang . Celui-ci se définit lui-même comme un auteur imprégné de cultures chinoise (confucianiste plutôt que bouddhiste) et occidentale, et se propose ici de réfléchir à la figure du « vagabond », jouissant de la vie par l’oisiveté et le détachement.

Plongeant dans ses pages éthérées, un brin naïves mais si revigorantes, paradoxalement, par leur sagesse apaisée, je réalise à quel point j’aspire à ces philosophies de la douceur et de la réconciliation. Je me souviens des pages magnifiques (bien que maniérées) du jeune Malraux dans son petit livre La tentation de l’Occident : il y faisait dialoguer un Chinois voyageant en Europe et un Français voyageant en Chine. J’ai toujours beaucoup aimé ce livre mais je ne le comprends vraiment qu’aujourd’hui, et j’en partage le point de vue. Comme le Ling auquel Malraux donne la parole, je suis aujourd’hui de plus en plus frappé par la culture du dépassement de soi et de la douleur qui est celle de notre Occident, et j’aspire parfois à m’en détacher.

« Quelle impression de douleur monte de vos spectacles, de tous les pauvres êtres que je vois dans vos rues ! Votre activité m’étonne moins que ces faces de peine auxquelles je ne puis échapper. La peine semble lutter, seule à seule, avec chacun de vous ; que de souffrances particulières ! (…)

« J’ai parcouru les salles de vos musées ; votre génie m’y a rempli d’angoisse. Vos dieux même, et leur grandeur tachée, comme leur image, de larmes et de sang, une puissance sauvage les anime. Les rares visages apaisés que je voudrais aimer, un destin tragique pèse sur leurs paupières baissées : ce qui vous les a fait choisir, c’est de les savoir les élues de la mort
. » (La tentation de l’Occident, Livre de Poche, page 25)

En lisant Yutang, j’ai la sensation d’entrevoir ce que pourrait être une sorte de confucianisme applicable au 20ème siècle, et j’en goûte chaque page, comme cet éloge de l’humour après le drame :

« En tant que Chinois, je ne pense pas qu’une civilisation mérite ce nom tant qu’elle n’a pas passé de la sophistique à la non-sophistique, et fait un retour conscient à la simplicité de pensée et de vie ; je n’appelle pas sage un homme qui n’a pas progressé de la sagesse de la science à celle de la folie, qui n’est pas devenu un philosophe souriant, éprouvant d’abord la tragédie de la vie, ensuite sa comédie. Car nous devons pleurer avant de pouvoir rire. De la tristesse sourd la conscience, et de celle-ci le rire du philosophe, avec la bonté et la tolérance pour tous deux. » (L’importance de vivre, Picquier Poche, page 40)

vendredi 14 mai 2010

"C'est original, tout de même..."



1) Un couple de soixante-quinze ans, dans un bar havrais projetant l'impeccable clip de Rihanna, Rude Boy (ci-dessus). La femme, sévère, refuse d'y prêter le moindre regard. L'homme, manifestement émoustillé par la chute de rein de la (très) jeune chanteuse R&B, ne peut s'empêcher de sourire: "C'est original, tout de même..."

2) Dans un bar de Belleville, un gamin de cinq ans déambulant dans les travées, hilare, hurlant pendant dix minutes: "Le caca c'est pas drôle ! Le caca c'est pas drôle !..."

3) Une élève de mon lycée de la Courneuve, à mon retour des vacances de février : "Monsieur, vous avez grossi... - Tu crois ? Je n'ai pas l'impression. - Si si..." d'une voix douce et rieuse.

lundi 10 mai 2010

Ce qu'on lit de soi chez les autres (Fabrice Humbert, L'Origine de la Violence)



Ce n’est pas tous les jours qu’on se reconnaît dans un chapitre entier de roman, phrase après phrase, avec le sentiment non seulement d’avoir pu écrire tout ce qu’on lit, mais même d’en avoir eu le projet.

Le roman de Fabrice Humbert, L’origine de la violence (Editions du Passage), très remarqué par la critique et le public en 2009, fait partie de ces textes qui m’ont fortement marqué les semaines dernières. Outre l’intrigue rondement menée (le narrateur croît identifier son père sur une photo prise dans un camp de concentration nazie, et découvre progressivement un pan caché de l’histoire de sa famille) et des pages magnifiques sur les tragédies collectives ou individuelles (certains chapitres ont la vivacité, la splendeur cruelle de Maupassant), c’est le personnage du narrateur qui m’a bouleversé.

Jamais je ne m’étais senti si proche d’un auteur, à la fois dans cette part de lui-même qu’il laisse transparaître (pour autant que l’on croit percer à jour certaines données biographiques dans le déploiement de la fiction) et dans l’approche du travail littéraire qu’il propose.

Le premier chapitre de la deuxième partie, notamment, m’a saisi :

« La violence ne m’a jamais quitté.
Je suis l’homme le plus gentil du monde. Avec mes élèves de sixième et de cinquième, au lycée franco-allemand, je suis l’homme le plus doux qui soit. En plusieurs années d’enseignement, je crois ne m’être jamais mis en colère. Ils me font rire et je les trouve incroyablement touchants et drôles, si merveilleusement enfantins, juste avant le grand départ de l’adolescence qui va les perturber pour des années. Dans la vie courante, je suis calme, presque lymphatique, marchant lentement dans la rue, le nez en l’air, comme un benêt
.

Mais l’envers du décor, c’est l’autre homme. Celui qu’un mot agresse, qu’une élévation de la voix inquiète, met sur ses gardes, comme un animal. Celui qu’un geste trop brusque du bras alerte. Celui qui se réveille le matin plein d’angoisse et qui doit organiser ses pensées pour faire le bilan de sa vie et déclarer : « Il n’y a aucun motif d’inquiétude, calme-toi. » » (L’Origine de la violence, Livre de Poche 2010, page 169)

Je ne cite que ce passage, mais j'aurais pu reproduire le chapitre entier. Bien sûr, je ne pourrais reprendre à mon compte chaque détail (je suis à la fois plus colérique dans la vie quotidienne, et moins hanté par la question de la violence). Mais ce partage que le narrateur opère entre deux pans de sa personne, celui de la douceur et celui de l’obsession de la brutalité, ce partage-là je pourrais le revendiquer. J’en ai fait l’objet de certains écrits (non publiés), et Suicide Girls abordera d’ailleurs ce thème.

Le plus troublant est dans ce qui suit :

« J’ai tenté autrefois d’écrire un livre sur l’assassinat d’une jeune fille, dans une cité de banlieue. Comme on le voit, je suis spécialisé dans les histoires riantes. Pour diverses raisons, ce livre fut un échec et je l’abandonnai. Mais je me souviens très bien de l’obsession qu’était devenue pour moi, ainsi que pour le personnage principal, cette jeune victime, comme si nos vies se jouaient dans l’exhumation romanesque de ce corps adolescent, alors même qu’il s’agissait d’une parfaite invention, que je n’avais même pas pris pour appui un fait divers. Mais mon esprit – et plus encore celui du personnage que j’avais créé – ne vivait plus que pour ce fantôme, ce tissu de songes au corps détruit. » (Page 170)

Ce roman qu’il n’a pas écrit, je l’ai écrit ! C’est Azima la Rouge… Le meurtre a été remplacé par le viol, mais il semble que les alchimies créatrices aient suivi des chemins comparables. Nul doute que cette Origine de la violence (beau titre) va m’inciter à pousser plus loin l’exploration de cette piste romanesque, du moins m’encourager à plus de lucidité encore… En attendant d’écrire un jour un grand livre heureux, comme ce devrait être le rêve de tout écrivain !

dimanche 2 mai 2010

De Gabriel Matzneff aux "Suicide Girls" : en avant pour la rentrée littéraire 2010 !



Je connaissais le nom de Gabriel Matzneff, mais je n’avais lu de lui qu’un livre qui m’avait semblé léger, Boulevard Saint Germain (Editions du Rocher, 98). Et il a suffi que je tombe en janvier dernier sur les Carnets Noirs, le dernier volume en date de son journal, pour que la force sensuelle de cet auteur m’éclate à la conscience, son étonnante aptitude au bonheur et sa prose splendide, facétieuse et classique à la fois.

Que l’essentiel de ses propos concerne son amour « pour les moins de seize ans » (et maintenant pour les femmes ayant quarante ans de moins que lui), ça n’a guère d’importance… Ce que je trouve beau, c’est le fond de bonheur sur lequel se détache cette quête effrénée du plaisir. Il est finalement très rare que les journaux d’écrivains soient heureux : la plupart du temps, on y découvre des peurs, des contrariétés dont la ronde toujours recommencée provoque l’écœurement. Matzneff ne nous épargne pas ses obsessions, mais il les déploie sur le mode majeur de l’accomplissement jouisseur. Amours, bonne chair, voyages… Le tout saupoudré de quelques désillusions, si ponctuelles qu’elles y paraissent à peine.

« J’aimerais que mes livres aident de futurs jeunes lecteurs à se pénétrer de la conviction que même dans notre monde hyper fliqué, uniformisé, où la singularité est de moins en moins admise, il existe une réelle possibilité d’être un esprit libre, d’avoir une existence hors norme, au nez et à la barbe des professeur de morale et des sycophantes. Pour cela, il faut la santé, le courage, l’indifférence souveraine au qu’en-dira-t-on, la foi en sa bonne étoile et – last but not least – comprendre que la félicité ne réside pas dans la possession mais dans la dépossession, que pour être heureux nous devons sans cesse nous dépouiller, nous alléger. » (Carnets Noirs, p 282)

Impressionné par la liberté de ton de Gabriel Matzneff, et par l’excellente tenue de son volume, j’ai tout de suite pensé envoyer mon dernier manuscrit aux éditions Léo Scheer, Suicide Girls. Ce roman tardait à intéresser Flammarion, depuis que l’éditrice qui s’était chargée de publier Azima la Rouge n’y travaillait plus.

Quelques semaines ont suffi pour que je signe un contrat de publication. Et c’est avec le charmant et professionnel Florent Georgesco que je m'attelle en ce moment-même à la relecture de Suicide Girls. Inspiré pour moitié de l’histoire d’une amie, ce texte raconte l’histoire d’un jeune homme basculant dans ce qu’il appelle « le monde noir », c’est-à-dire un monde peuplé de jeunes femmes suicidaires. Subjugué par leur mystère, il connaîtra l’amour avec l’une d’elles, un amour périlleux… Roman terrifiant à bien des égards, mais porté par une vraie douceur. J’y ai mis beaucoup de moi-même et je suis fier de participer à la rentrée littéraire, le 25 Août prochain, aux côtés d’un écrivain parmi les plus prestigieux et les plus iconoclastes d’aujourd’hui… Profitant de cette occasion, je relance aujourd’hui ce blog dont les billets accompagneront le chemin vers la publication.