La littérature sous caféine


mercredi 8 novembre 2006

Le roman d'Azima (1)

Plus de deux mois maintenant après la sortie d’Azima, bilan plus que mitigé des ventes… La déception passée, reste à comprendre. Il me semble qu’une des raisons en est le sujet : les récits de viols en banlieue n’attirent pas les foules, abreuvées déjà de faits divers tous plus sordides les uns que les autres.

On me dit souvent, d’ailleurs : « J’ai bien aimé ton livre, et j’avoue que je ne l’aurais pas lu si je ne te connaissais pas… Le contenu vaut mieux que le thème. » Je me suis dit qu’en ce moment on ne s’intéressait pas aux discours "neutres" sur la banlieue - ceux qui ne privilégient ni l’optimisme, ni la rage. Le mien se veut simple constat romanesque – il ne fait ni l’apologie, ni le procès de quoi que ce soit.

mardi 7 novembre 2006

Sublime copie

Je corrige une copie que je trouve singulièrement parfaite – l’élève avait semble-t-il appris le cours par coeur. A la troisième page cependant (je précise qu’il s’agissait de feuilles volantes), je trouve un paragraphe ne correspondant pas aux questions. Je crois me rappeler qu’il s’agissait d’un paragraphe dicté en cours… Et je réalise que la page en question n’est autre qu’une page de cours, glissée dans le corps du devoir. Pas de doute, l'élève, paniquant en fin d’heure, s’est emmêlé les pinceaux dans sa gestion des pages sur sa table… Il était à deux doigts d’avoir 18, il aura 0.

vendredi 27 octobre 2006

Cyril Delhay : Promotion Zep (Des quartiers à Sciences-Po) (Hachette Littérature, 2006)

Très beau livre que ce récit du lancement, houleux, des fameuses Conventions Zep, signées entre Sciences-Po et certains lycées pour favoriser le passage dans la célèbre école de très bons élèves issus de milieux défavorisés. Il se dégage du livre un optimisme puissant. On se prend à rêver qu’avec du courage, de l’intelligence et de la bonne volonté, tout reste possible en matière de politique d’intégration. Véritable hymne aux incroyables ressources humaines gisant dans nos banlieues, apologie de la diversité dans tous les recrutements, l’ouvrage tient par son style, élégant et maîtrisé, autant que par la force des témoignages – quelques-uns des premiers élèves de ces toutes nouvelles promotions, et l’auteur lui-même, qui nous livre au passage de belles pages, souvent émouvantes, sur son expérience de professeur.

jeudi 26 octobre 2006

MURAKAMI Ryû : Ecstasy (Picquier Poche, 2006)



Depuis quelques romans déjà, Murakami délaisse les formes trop morcelées (succession de scénettes décadentes dans Bleu presque transparent, ribambelle de personnages dans Lignes) pour un flux romanesque fluide et tendu. Reprenant ses thèmes fétiches (violence sexuelle, folie urbaine), il les inscrit dans une trame simple : un narrateur, à la personnalité fade, explore les obsessions des adeptes du sado-masochisme, jusqu’à la destruction de sa personnalité. Ryû Murakami réussit l’exploit de rendre prenante cette plongée dans un monde de plaisir (quel ennui, n’est-ce pas, la littérature érotique ?). Beaucoup de pages très réussies, notamment le final, en dépit de quelques longueurs et de passages approximatifs.

Extrait : « J’ai connu par exemple un inspecteur de police. Un homme très libéral, apprécié de ses collègues, le type qui donnait l’impression d’être une sorte de justicier, de protecteur de la veuve et de l’orphelin, si vous voyez ce que je veux dire. Pourtant, devant moi, c’était un homme qui ne pouvait jouir qu’en recevant sur le visage l’urine d’une femme de grande taille, froide, le type ennuyeux au possible. Mais laquelle des deux faces de sa personnalité était réelle ? Personne ne saura jamais le dire et ce n’est même pas la question à se poser. » (p219)

mardi 17 octobre 2006

Peter Sloterdijk : Ni le soleil ni la mort (Hachette Littératures, 2004)



Fini de lire l'incroyable livre d'entretiens du philosophe sur des thèmes aussi variés que la mondialisation, notre rapport au corps ou l'idée de cercle... Son intelligence scintillante fait mouche à chaque page, et nous donne l'impression d'élaborer une perception minutieuse et merveilleusement actuelle du monde qui nous entoure.

Exemple : "La modernité, c'est le fait que nous apportons un substitut technique à la maternité, dans tous les sens du terme. C'est le sens du mouvement matrifuge qui s'opère sur la base de l'artificiel. On remplace les mères, les bio-mécènes, par des systèmes artificiels de mécénat. Pour le comprendre, il faut se rappeler le fait que les hommes sont des créatures orientant leurs prétentions vers un environnement qui les gâte, vers le mécénat biologique exercé par d'autres, et vers une structure immunitaire biologique et sociale efficace." (p251)

lundi 16 octobre 2006

Gabriel Garcia Marquez : Mémoire de mes putains tristes (Livre de Poche, 2006)



Le Prix Nobel colombien se livre à la réécriture d'un classique d'un autre prix Nobel, japonais cette fois : Les Belles Endormies, de Kawabata. Meme histoire d'un vieil homme qui paye pour passer la nuit avec une jeune et jolie vierge. Mais le charme nippon en moins, l'énergie burlesque en plus.

On pense aussi, immanquablement, à La bête qui meurt, de Philipp Roth, sur les amours juvéniles d'un professeur vieillissant.

Notre cher Marquez me paraît cependant le grand perdant de ce duel à trois : son texte est enlevé, certes, plein de verve, mais il n'a ni l'énergie primaire et dramatique de celui de Roth, ni l'émotion grave de celui de Kawabata. On a du mal à croire aux élans d'amour tardifs de ce vieillard libertin. Ce court roman s'achève sur des gesticulations rappellant le baroque des premières oeuvres, baroque dont Marquez tentait pourtant de s'affranchir...

Extrait : "L'année de mes quatre-vingt-dix ans, j'ai voulu m'offrir une folle nuit d'amour avec une adolescente vierge. Je me suis souvenu de Rosa Cabarcas, la patronne d'une maison close qui avait pour habitude de prévenir ses bons clients lorsqu'elle avait une nouveauté disponible. Je n'avais jamais succombé à une telle invitation ni à aucune de ses nombreuses tentations obscènes, mais elle ne croyait pas à la pureté de mes principes." (p9)

mercredi 11 octobre 2006

stylo dans l'oreille

Un élève, au rire tonitruant et à l'humour certain, lève la main pour prendre la parole.

Je remarque qu'il s'est mis un stylo dans l'oreille.

- "Monsieur, on m'a jeté quelque chose !..."

mardi 10 octobre 2006

Harley Davidson

Une élève vient me voir en fin de cours :

- Hey, Monsieur, est-ce que vous avez une moto ?

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?...

- Je sais pas. Dites, vous avez une moto ?