La littérature sous caféine


lundi 12 septembre 2022

Spectre

En publiant « Les petits Blancs » (2013) puis « La Révolte des Gaulois » (2020), j’ai redouté d’être assimilé à l’extrême-droite puisque j’abordais des thèmes – la pauvreté blanche, la révolte culturelle des campagnes – qui pouvaient indiquer, aux yeux des certains, que je militais du mauvais côté de la barrière. Heureusement, ceux qui m’on lu ont bien compris qu’un auteur ne se confond pas avec son sujet, et qu’on peut s’intéresser à une situation sans prendre parti – même si, par la force des choses, dresser un constat, c’est œuvrer pour qu’il se répande.

Alors, bien sûr, je n’ai pas convaincu tout le monde et certains lecteurs m’ont témoigné leur désaccord, mais c’est le jeu des prises de parole et, surtout, les accueils positifs se sont répartis sur l’ensemble du spectre politique – Le Point, Le Figaro, L’Obs, La Croix… Pascal Bruckner m’a cité dans « Un coupable presque parfait », Paul Conge (de Marianne) s’est fendu d’une analyse dans « Les Grands remplacés », et cet été Daniel Mermet m’a fait l’amitié de me recevoir, ainsi que Rosa Moussaoui, pour une demi-heure d’interview sur le site de « Là-bas si j’y suis ». La crise du Covid avait enterré la crise des Gilets jaunes, quelque chose me dit que ces thèmes-là sont destinés à durer. Mieux, ils s’apprêtent à ressurgir…

lundi 4 juillet 2022

Je peaufine ma connaissance du régime en place

A l’âge de vingt ans, j’ai lancé un fanzine que j’avais intitulé, non sans malice, « Le journal de l’extrême-centre ». Je ne me doutais pas que, vingt-cinq ans plus tard, l’expression que je prenais pour une boutade – et qui disait malgré tout quelque chose de quelques intuitions politiques – deviendrait non seulement une expression consacrée, mais qu’elle servirait à de très sérieux analystes politiques pour décrire la force politique majoritaire du pays. Vieillir, c’est se laisser surprendre.

vendredi 11 février 2022

Les Gilets jaunes, deux ans après

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Mardi 22 février, je présenterai au cinéma CGR de Troyes le beau film d'Emmanuel Gras, "Un peuple", à l'issu duquel j'animerai un débat sur la question des Gilets jaunes, que j'avais abordée dans mon livre "La révolte des Gaulois". Après avoir remporté un prix à Cannes pour "Makala", qui suivait sans un mot le travail acharné d'un jeune Congolais qui produisait du charbon, Emmanuel Gras a posé ses caméras sur un rond-point pendant plusieurs semaines. Son film propose un regard sur les soubresauts de la crise, sans commentaire, mais il m'a semblé particulièrement juste et sensible.

jeudi 8 juillet 2021

Les livres sur les attentats (1)

C’est devenu un genre en soi, les livres sur les attentats – un genre nouveau. On en attend quelques passages obligés : la description des faits, le récit de la guérison, l’évocation du trauma, une réflexion politique, pourquoi pas philosophique, et, dans le cas d’auteurs étiquetés comme écrivains, une mise en abyme du travail d’écriture.

La plupart des rescapés de Charlie Hebdo étaient des artistes, on a donc eu droit à une flopée d’ouvrages éminemment littéraires. Dans le cas du Bataclan, seul le livre d’Erwan Larher à ma connaissance est celui d’un auteur en tant que tel – « Le livre que je ne voulais pas écrire », (Quidam Editeur, 2016). C’est pour cela que je l’ai lu en premier, d’autant que j’avais pu croiser Erwan ici ou là et que son titre était bon.

Quelle est la part de voyeurisme qui nous décide à ce genre de lecture ? Importante, bien sûr. Mais elle n’est pas la seule. Pour ma part, je guette vraiment les analyses politiques, ainsi que le regard porté sur la violence. J’ai toujours trouvé que les Américains se coltinaient facilement avec ce thème-là, en littérature comme au cinéma. La France s’est toujours montrée plus réticente, du moins depuis la IIème Guerre mondiale. D’une certaine manière, les attentats lui braquent la conscience vers de genre de phénomènes, et à cet égard la belle couverture de livre de Riss, « Une minute quarante-neuf secondes », est symptomatique – nous y reviendrons.

Le témoignage de Larher tient ses promesses quand il s’agit des faits. Dans un style énergique et vivant – un peu trop relâché à mon goût 😊 – il décrit avec une belle sincérité les moments de terreur, de souffrance et de honte qui ont émaillé les événements, de même qu’il évoque avec une émotion communicative la phase de reconstruction mentale et physique, y compris les problèmes d’érection. A vrai dire, ce sont les analyses politiques que je redoutais. J’avais peur de développements simplistes ou agaçants – pire, j’avais peur d’un refus d’analyser. Or, l’auteur se prête à l’exercice avec générosité. A plusieurs reprises il se lance dans des tentatives de compréhension qui virent certes au catalogue d’hypothèses et au déversoir de réflexions diverses – et contradictoires – sur l’époque, mais la profusion neutralise la simplicité de chaque argument. En fin de compte, ce sont des monologues intérieurs qui rendent bien compte des tempêtes morales. De toute façon, peut-on raisonnablement attendre d’un récit la même densité d’analyse que dans un essai de philosophie politique ?

A la fin du livre, le propos se précise. Larher parvient à ramasser sa pensée en quelques convictions bien senties – d’ailleurs, le style se densifie à ce moment-là. Au fond, l’auteur se dit rousseauiste, la méchanceté des hommes lui paraît provoquée par le malheur en société, il ne faut pas en vouloir aux agresseurs, il faut les plaindre et surtout œuvrer à éteindre les passions communautaires qui gangrènent le pays. On l’aura compris, le message ultime rejoint le fameux « Vous n’aurez pas ma haine » d’un autre livre (dont je parlerai aussi bientôt).

« « Tu leur en veux, aux terroristes » te demande ta cousine de vingt ans. Non. Tu en veux à Julia, qui t’a trahi autrefois ; tu en veux à François Hollande, qui a menti à ses électeurs ; tu en veux à la société, à l’organisation du monde, à l’oppression économique, à la misère intellectuelle – mais pas plus qu’avant. Tu n’en veux à personne pour cette balle dévirilisante. Tu ne sais pas qui sont tes assaillants. Tu ne connais pas leurs noms. Ils n’existent pas. Parce que si ça n’avait pas été eux, ç’aurait été d’autres. » (Page 225)

Précisons que je n’ai pas vécu les événements, et que je ne me sens donc pas le droit de juger le comportement des victimes. Mais je reste gêné que la colère ne s’exprime pas davantage. Je comprends qu’on veuille la surmonter, voire la combattre. Sans doute a-t-elle aussi quelque chose de honteux. Mais faire comme si elle n’existait pas me paraît relever à la fois du symptôme et de l’idéalisme un peu fou.

Malgré tout, le livre ménage tellement de passages sur les peurs, les doutes et les angoisses qu’il est difficile de reprocher à l’auteur son manque de sincérité. Disons que le livre fait le travail, que l’auteur mouille la chemise et que là est l’essentiel.

Le seul moment où perce une colère franche et limpide survient dans une page écrite par un ami anonyme :

« Après l’effroi et l’angoisse, c’est maintenant la colère qui me domine. Colère contre ces barbares – qu’est-ce qu’ils croient ? –, colère contre ma patrie incapable de protéger sa jeunesse – alors voilà, on peut débarquer à Paris avec des kalachnikovs et ouvrir le feu au hasard, ou pas forcément au hasard mais sur n’importe qui – et Dieu est dans n’importe qui –, colère contre Erwan qui sort sans téléphone portable – comme si ça pouvait changer quelque chose à ce moment-là – et colère à nouveau contre Erwan parce que je suis certain que, quand il va sortir de cet enfer, il ne va même pas leur en vouloir, il va continuer à regarder le monde avec sa tête de cyber ludion au charme en bandoulière – et c’est tant mieux. » (Page 61)

Ce passage pourtant simple me paraît essentiel – une sorte de préalable.

De manière ironique, c’est ainsi dans un texte annexe que sont posées quelques-unes des intuitions fondatrices. Et le dispositif littéraire – le livre alterne chapitres écrits par l’auteur et chapitres écrits par d’autres – prend alors son sens. Il valide le fait que nous avons bien affaire à un exercice littéraire et il permet, en variant les points de vue, d’offrir quelque chose comme un panel de tous les genres d’émotions provoquées par ce genre d’événement, au-delà des pudeurs, des principes et des crispations qui tiennent chacun de nous.

mercredi 23 juin 2021

Gilets jaunes en roman-photo

Je n’avais jamais lu de roman-photo, c’est chose faite avec le saisissant « Les racines de la colère » (Vincent Jarousseau, Les arènes, 2019). Pas de sentimentalité ici, mais la réalité brute de ces familles ouvrières brisées par la désindustrialisation. Pour ceux qui douteraient encore de la cohérence et de la sincérité du mouvement des Gilets jaunes, voici l’exacte illustration des colères qui bouillonnaient depuis des années et que la politique de Macron a fait cristalliser. En quelques images, en quelques paroles, on comprend tout mieux que dans n’importe quel essai de Todd ou de Guilluy.

mardi 29 septembre 2020

Non, les tueurs de Charlie ne se sont pas trompés de cible

Depuis plusieurs semaines maintenant j’achète Charlie Hebdo pour suivre le compte-rendu du procès. L’humeur n’y est pas à l’humour, c’est le moins qu’on puisse dire… Ce n’est plus un journal satirique mais un journal tragique, coulé dans un bain glacial, avec quelques blagues pour le principe mais auxquelles plus personne ne croit. Il faut dire qu’on perdrait l’envie de plaisanter pour moins que ça…

Evidemment, le curieux titre de la double-page d’ouverture du numéro du 16 septembre sonne comme une épouvantable antiphrase : « L’autre survivant du 7 janvier : le rire ». Yannick Haenel se charge avec talent du compte-rendu du procès. Il décrit bien la misère morale des complices et le pathétique du témoignage des victimes, au point qu’on a désormais l’impression de lire une sorte de Nouveau détective version NRF.

Il m’arrive cependant d’être frappé par ce que j’estime être de véritables erreurs d’interprétation – bien que je reste éloigné des événements – comme dans le paragraphe suivant publié le 16 septembre :

« Honoré dessinait pour dénoncer les conditions de vie en prison. Tignous dessinait pour dénoncer les injustices sociales. Les dessins de Charlie Hebdo donnent la parole à ceux qui n’ont pas la parole. Et c’est eux, les dessinateurs de Charlie, qui sont tués. Ils sont tués par des gens que leurs dessins, politiquement et socialement, défendent : des enfants des banlieues que leur frustration sociale aveugle, et que le fanatisme religieux capture et rend monstrueux. Franchement, on n’appelle pas ça se tromper de cible ? A l’abjection du meurtre s’ajoute la bêtise consternante, et l’on sait que la bêtise conduit au crime, la preuve. »

Je pense que Yannick Haenel se trompe. Les assassins connaissaient ceux qu’ils visaient. Ils agissaient non pas en victimes de la pauvreté mais en fanatiques religieux. Toujours réduire la dimension culturelle à ses causes sociales conduit à de sacrés aveuglements. La question des identités, des croyances et des traditions n’est décidément pas soluble dans la question des salaires et des sujétions économiques – comme nous l’a d’ailleurs récemment rappelé Jean Birnbaum avec son « Silence religieux – la gauche face au djihadisme ». Elle existe en soi, distincte de la question sociale, à laquelle elle se mêle parfois pour compliquer la donne.

En somme, Yannick Haenel oublie que le Français d’origine immigré n’est pas défini par sa seule pauvreté. Quand on prend sa défense en tant que pauvre, il ne nous aimera pas forcément en tant que croyant. Et s’il peut avoir tendance à voter à gauche pour des raisons d’ordre économique – et même historique – il pourra penser à droite quand il s’agit de questions sociétales. Est-il utile de rappeler que l’opposition au mariage pour tous n’était pas l’apanage des seuls catholiques ?

Il est assez curieux que cette naïveté se perpétue dans les pages d’un journal qui en a déjà payé le prix du sang. Cette naïveté que je relevais précisément dans « La révolte des Gaulois » chez un célèbre écrivain américain, Russel Banks, qui déclarait eu substance dans un entretien publié par la revue America dirigée par François Busnel que les Démocrates avaient intérêt à favoriser l’immigration dans la mesure où celle-ci gonflerait mécaniquement les réserves de voix de la gauche. Quel calcul de court terme ! Il est fréquent que les populations immigrées proviennent de pays plus structurellement conservateurs. Il n’est que de penser à la population d’origine mexicaine, beaucoup moins portée à voter démocrate que les Afro-américains.

Le cri du cœur de Yannick Haenel a ceci de pathétique qu’il est assez candide, en même temps qu’il témoigne de la fracture qui partage désormais la gauche française, entre une gauche dite universaliste, estimant que le droit de caricaturer et le devoir d’accepter de l’être valent quelle que soit son origine ethnique et sociale, et une gauche plus radicale estimant que l’humiliation sociale vaut un certain passe-droit en la matière : il devient interdit de se moquer de la culture d’une personne si celle-ci fait partie des humiliés du capitalisme moderne.

Les tueurs de Charlie ne se sont donc pas trompés de cible : c’est Charlie qui persiste – en partie, car dans l’équipe on trouve notamment Riss, qui se montre lucide et combatif à ce sujet – à se tromper d’ennemi, refusant de voir qu’il existe des réactionnaires dans toutes les parties du monde et dans toutes les couches de la société, et des complices de ces derniers dans les rangs de gens qui prétendent les combattre.

lundi 3 août 2020

"Faiblesse de la posture républicaine"

Tribune publiée par Le Monde le 1er août 2020, originellement intitulée "Faiblesse de la posture républicaine", rebaptisée "Nous sommes entrés dans l'âge du libéralisme identitaire".

"Deux camps s’affrontent aujourd’hui sur le thème des discriminations : certains dénoncent la persistance de dérives au sein du monde occidental, allant parfois jusqu’à pointer du doigt l’existence d’un système raciste ; d’autres, qui se réclament du républicanisme, persistent à considérer qu’il ne faut pas « racialiser les rapports sociaux » et qu’il existe des valeurs universelles.

Le problème est que ces républicains doivent se sentir bien seuls en ce moment. La lame de fond de l’affaire Floyd, réveillant un antiracisme légitime, n’est pas seule en cause : elle ne fait que mettre un point d’orgue à l’incroyable pression contre l’idée même de droits individuels. Ces derniers fondent la notion de mérite, mais on les accuse de masquer des phénomènes délétères plus profonds.

La première de ces pressions, celle qu’on dénonce le plus volontiers, est exercée par la culture (musique, cinéma…), dont le tropisme est flagrant : les plateformes sont américaines, la force des images est américaine. Or, cette culture est marquée par la question raciale. C’est de cette culture qu’émanent les slogans nous familiarisant avec l’idée que les logiques de groupes sont décisives. En somme, l’actualité force le peuple français à ouvrir les yeux sur les réalités raciales, lui dont le surmoi républicain exige pourtant qu’il reste colorblind.

La deuxième pression se fait plus discrète, mais pas moins efficace : elle vient du monde économique dont la grande éthique, outre l’écologie, se rapporte à la fameuse diversité, dont la logique vient concurrencer celle du mérite. Qu’on ne s’y trompe pas : les entreprises ne peuvent être foncièrement morales. Si elles singent les principes du moment, c’est avant tout parce qu’il leur est nécessaire de s’adapter au contexte. On sait que le libéralisme s’accommode très bien des valeurs multiculturelles et transnationales. La troisième, c’est le monde politique, tout d’abord en France, en partie désireux de s’inscrire dans la tendance de l’époque. Soulignons que la fracture ne partage pas la droite et la gauche, mais traverse chacun des partis, de même qu’elle recoupe souvent un fossé générationnel, comme en témoigne la récente anicroche entre Marion Maréchal et Marine Le Pen.

Ensuite, à l’échelle du continent. L’Union européenne se dit acquise à l’idée d’un espace axiologiquement neutre, ouvert à toutes les différences. Pour s’en convaincre, il suffit de lire Jürgen Habermas, philosophe célébré comme penseur de la construction européenne. Dans « L’intégration républicaine » (1996), il appelle l’Europe à définir ce qui pourrait être une « nouvelle conscience politique », fondée sur le principe d’une « entente non impériale avec d’autres cultures. » Le vent du multiculturalisme ne souffle donc pas que d’un côté de l’Atlantique.

Assaillie, la posture républicaine souffre par ailleurs d’une faiblesse intrinsèque : elle se pare des vertus des droits de l’homme mais son histoire est marquée par des ambiguïtés qui minent son aura morale. Il suffit de se souvenir des empoignades rhétoriques à la fin du XIXe entre Jules Ferry désireux d’accomplir la « mission civilisatrice » de la France et Clémenceau se méfiant de l’idée qu’une civilisation puisse être « supérieure ».

Bien sûr, il faut refuser l’amalgame entre droits de l’homme et crimes commis en son nom. Mais Francis Fukuyama comme Christopher Lasch, deux universitaires précurseurs en matière de dénonciation des menaces pensant sur l’universalisme, se plaignaient déjà de ce qu’un nombre grandissant d’intellectuels versaient dans le relativisme au prétexte que les critères universels de jugement seraient occidentaux. Il faut craindre que la tendance ne se renforce.

D’autant que le camp adverse jouit d’un argument très fort, énoncé par Charles Taylor dans les années 90, constituant le fond théorique des conceptions multiculturelles : l’individu ne se construit pas seul, il peut pâtir de l’image de sa communauté. Par conséquent, un régime soucieux de l’épanouissement des individus se montrera vigilant à ce que certains groupes ne soient pas stigmatisés. Cette forme particulière de libéralisme consistera donc à garantir à chacun le droit d’entretenir une culture qui ne soit pas exactement celle de la nation.

Pour sortir de ce conflit, il faudra parvenir à trouver un compromis. Le camp antiraciste devra bien accepter l’idée qu’il agit au nom de valeurs universelles, certes nées en Occident mais que cette origine ne résume pas ; de même, le camp républicain devra reconnaître l’existence d’appartenances culturelles et même leur caractère vital pour la construction de l’individu.

A cet égard, il devient problématique de balayer d’un revers de main la question raciale. N’est-il pas manifeste qu’elle existe à côté de la question sociale, et qu’elles ne sont pas réductibles l’une à l’autre ? Le camp républicain, dont j’estime faire partie, sous-estime les raisons de s’inquiéter : il espère que quelques articles bien sentis pourront contenir la vague de revendications culturelles. Or, celle-ci déferle déjà sur le continent.

Précisons au passage que cette question des races ne concerne pas qu’une ou deux minorités. La grille d’analyse identitaire est beaucoup plus mobile et variée, et c’est cette myopie qui a, me semble-t-il, empêché beaucoup d’analystes de comprendre par exemple la profondeur de la Révolte des Gilets jaunes, comme j’ai tenté de la montrer dans « La révolte des Gaulois ». Chaque jour, la majorité blanche prend davantage conscience d’elle-même en dépit des paradoxes que cela peut susciter.

Ensuite, il faudra parvenir à nommer le régime que nous traversons, qui n’est plus vraiment la république au sens abstrait du terme ni l’âge identitaire, mais un équilibre entre les deux, équilibre que nous pourrions nommer libéralisme identitaire : un régime qui maintient les libertés individuelles, notamment celle qui consiste à refuser toute assignation, mais qui accorde la liberté symétrique de revendiquer une appartenance. Nous sommes en réalité déjà entrés dans cet âge, il ne nous reste plus qu’à l’assumer."

mardi 7 juillet 2020

Champagne !

Il y aura du champagne à la Belle Hortense, le jeudi 9 juillet à 20h, pour fêter (à retardement) la sortie contrariée de "La révolte des Gaulois"