La littérature sous caféine


vendredi 19 août 2016

"Les vies enchantées" sur Radio libertaire

mercredi 16 mars 2016

"Penser au bonheur et l'atteindre ?" ("Les vies bienheureuses" sur le blog d'Ariane Charton)

Un article d'Ariane Charton sur son blog "Les âmes sensibles"

Dans son précédent livre, Aymeric Patricot brossait le portrait de « petits blancs ». Des vies souvent pleines de désillusion, de déception. Des êtres qui avaient l’impression de n’être pas à leur place dans un monde qu’ils croyaient le leur. Avec cette « enquête sur le bonheur », ces descriptions de « vies enchantées » on pourrait penser que l’auteur s’est intéressé à des êtres totalement opposés. Ces gens heureux ne sont pourtant pas des nantis, certains certes vivent bien, dans des villes ou quartiers agréables, avec une excellente situation mais d’autres ont des vies bien modestes comme Mehdi qui vit du RSA au Havre, Sylvie bibliothécaire ou encore la punkette et cet ancien communicant qui a plaqué son travail pour une année sabbatique et vit depuis de petits boulots et d’aides sociales. Certes, il y a aussi Julien, directeur financier d’une grande entreprise ou François, profession libérale qui vit confortablement avec sa famille à Compiègne mais la question du bonheur est d’abord une question intime, qui ne tient pas au confort matériel, au lieu d’habitation mais à la façon de percevoir la vie, de la remplir et par-là d’accepter ou d’oublier la mort. « Le bonheur est le franchissement des obstacles » comme l’écrit l’auteur en préambule. Tous les gens heureux décrits dans ce livre ont trouvé un moyen de s’arranger avec la vie, de s’arranger avec le temps, de s’arranger avec le monde et l’infini qui n’a que faire d’eux, pour atteindre une forme de bonheur.

Aymeric Patricot rapporte les paroles de ces gens heureux, nous les présente dans leur jus, souligne des traits physiques ou des caractéristiques permettant en quelques mots de s’imaginer devant eux. S’imaginer comme l’auteur qui a lui aussi laissé son imagination travailler pour ces portraits. Il en résulte une impression d’intimité et de familiarité étonnante et réjouissante.

Ces gens ont compris que le bonheur est avant tout une question de volonté et de discipline. Une discipline exigeante mais qui récompense ceux qui s’y tiennent. Ce n’est en rien un bonheur factice, forcé comme l’explique François père de famille comblé, cette discipline à ses yeux fait justement partie du bonheur.

Le bonheur c’est aussi accepter d’être en marge au quotidien, en marge d’une société qui a vite fait de nous abrutir entre les exigences et pressions du milieu professionnel, les exhortations à la consommation et les normes sociales. Plusieurs des gens heureux décrits ici ont même fait le choix de peu travailler ou tout au moins de s’arranger pour que le travail ne soit pas un poids dans leur vie comme le dilettante, le voyageur ou cette jeune femme qui travaille dans la communication de groupes musicaux et lieux de divertissement parce qu’elle tire sa félicité de la vie de la nuit et de la fête.

Le bonheur réclame également de bien se connaître (heureux sont déjà ceux qui sont capables de cette introspection) et de la persévérance pour savoir aller vers ce qui nous hausse, nous comble, nous habite ou nous permet de déjouer ce qui nous éloigne de la félicité.

Tous ces gens ont une vraie volonté, une vraie résistance par rapport aux autres qui pourraient les critiquer (comme le maniaque et le cynique), une vraie résistance aussi face aux tentations de l’éparpillement (il y a finalement un côté monomaniaque chez presque tous de la paysagiste à l’activiste en passant par le baiseur). Une vraie résistance face à ce qui nous afflige même s’ils ne sont pas à l’abri des soucis et le reconnaissent bien volontiers. Le bonheur est pour eux une sorte de caractère qui perdure même dans les moments difficiles. A chacun ses moyens et certains peuvent paraître discutables, étranges, égoïstes. Mais le cynique ou la punkette, chacun dans leur genre, cherche à se protéger aussi et libres aux autres de faire de même. Résistance ou « folie » comme le dit l’auteur.

Le temps, la mort apparaissent comme deux ennemis du bonheur. La liberté, elle, est une alliée mais qui demande un certain art de vivre, car elle est souvent liée à une forme de solitude ou de détachement à l’égard d’autrui.

Le bonheur est donc aussi une question d’équilibre toujours fragile.

Face à la mort comme face au temps, ces gens usent de « stratagèmes ». Il y a par exemple le système du maniaque qui « s’épargne l’angoisse du temps » en classant, archivant toute sa vie comme les livres lus, les films vus, les objets jetés mais au préalable photographiés, le tout agrémenté de notes de satisfaction qui lui permettent d’établir des statistiques sur le taux de félicité d’une année. Toute cette maniaquerie le rassure. Il a trouvé le bonheur dans « la synthèse », l’une des catégories de bonheur déterminées par l’auteur. Le même type de bonheur que l’activiste qui voit dans les causes pour lesquelles il agit le point autour duquel tourne sa vie. A part Julien, le riche, et encore, aucun ne trouve la félicité dans une satisfaction purement matérielle ou professionnelle, cela s’accompagne toujours d’une réflexion à la fois plus approfondie et détachée de leur situation. Par exemple, Sylvain, ancien de la brigade anticriminelle qui accède au bonheur par « sublimation » : pendant ces dix années dans ce service, il se percevait comme un « preux chevalier » défendant les faibles, ceux qui sont agressés. L’action, et maintenant son souvenir, ont comblé sa vie.

Comme l’auteur lui-même qui se sent plus d’affinités avec tels de ses personnages plutôt qu’avec d’autres, certaines de ces vies enchantées m’ont davantage touchée ou interpellée.

Il y a d’abord la paysagiste qui ouvre le livre. Elle prend soin de son jardin, s’émerveille de fenêtre la vie des fleurs, brèves, belles, sans cesse renouvelées. En les admirant elle a l’impression de se « fondre dans une sorte de flux de vie perpétuelle », de se fondre dans ce grand tout qui nous survit. C’est sans doute une façon pour elle d’être encore avec son fils mort. Car elle explique qu’elle est parvenue à cet état de bonheur (grave et esthétique) alors qu’elle a perdu son fils. Son attitude me semble incroyable, impossible. Comment être capable d’éprouver encore du bonheur de vivre quand on survit à son enfant (peut-être qui plus est son enfant unique) ? Même après des années, il me semble que c’est le deuil dont on ne peut pas se remettre parce qu’une part de nous-même nous est arrachée. Il y a chez la paysagiste une forme d’orgueil qui non seulement la sauve de l’inacceptable deuil mais la fait grandir comme si tout son jardin vivait en elle et son fils avec.

François, le père de famille qui voit dans la paternité une forme d’accomplissement m’a aussi touchée. Etre père comme il l’explique était d’ailleurs une sorte de vocation, dès sa jeunesse. Il est heureux de participer à l’avenir à travers ses quatre enfants. Il leur construit de bonnes bases en se montrant positif avec eux, il leur montre l’exemple de la félicité et par-là en profite aussi. Cela peut sembler banal, un peu simpliste mais en même temps si juste. Le bonheur d’être parent rend l’enfant heureux d’être là ; l’enfant ne peut être heureux de vivre que si on lui montre l’exemple. C’est également ce que semble faire Sylvie la douce bibliothécaire qui ne couve pas son enfant mais lui montre tout simplement qu’il « est aimé ». Se sentir aimé ne suffit pas à être heureux mais apporte à l’enfant un sentiment de sécurité et de confiance qui participeront plus tard à son accomplissement. Bien sûr, il y a peu de parents qui n’aiment pas leurs enfants mais combien négligent de manifester cette affection qui certes va de soi ? Ils ne pensent pas à manifester leur amour parce qu’ils sont pris dans le quotidien, le travail, bref tous ces corps étrangers qui, si on n’y prend pas garde, nous éloigne de nous-mêmes et donc du bonheur.

Jean-François l’érudit accumule les livres, les sources de savoir sans se sentir écrasé par la quantité accumulée et la quantité qu’il lui échappe. Aymeric Patricot le décrit faisant des listes de mots pour les connaître, se les approprier. Un exemple de monomanie qui pourrait paraître pathétique et vain. Mais cet érudit ne regarde pas le verre à moitié vide des connaissances qu’il n’a pas avec désespoir, il tâche de remplir de plus en plus son verre de connaissance sous l’œil admiratif de son épouse. Cette femme, esthète, trouve de la beauté dans l’attitude de son compagnon. Une admiration qui participe aussi au bonheur de Jean-François puisqu’il vit dans le partage de la culture, du savoir. Cette attitude m’a fait penser à celle de mon père qui, dans sa bibliothèque, sous les combles, accumulait des papiers, des documents sur tout, il gardait même des choses en double, en triple. Il était trop secret pour que je le sache mais peut-être qu’à l’instar de Jean-François il éprouvait une vraie satisfaction dans cette accumulation et ce même si, hélas, il ne partageait pas ou peu sa bibliothèque avec sa famille.

L’auteur a déterminé six catégories d’accès au bonheur. Un classement poétique qui résume les différentes manières d’aborder l’existence, de se placer dans la vie, par rapport au monde. Par exemple, les représentants des deux premières formes, le bonheur par extension (où figurent la paysagiste et l’érudit) et par dispersion (où l’on trouve Mehdi au RSA ou un expert-comptable qui cultive le dilettantisme comme un art de vivre) cherchent comme dit l’auteur à repousser les enveloppes de leur moi jugées trop étroites.

Pour chaque catégorie, outre quatre exemples rencontrés au hasard de la vie, Aymeric Patricot convoque un écrivain dont l’œuvre, la philosophie de vie lui paraissent correspondre à ce type de bonheur.

L’attitude de l’écrivain qui se rapproche du bonheur par « synthèse » est ainsi selon lui Simone de Beauvoir qui « croit au pouvoir du mot juste et à ceux de l’action ». L’auteur parle de son œuvre autobiographique, qui demeure la plus intéressante, le plus vivante aujourd’hui. Dans ses mémoires, Beauvoir fait preuve de générosité, de sens de l’amitié, de sensualité, en somme de goût pour la vie et l’humain que ne partageait pas Sartre dont on ne peut dire qu’il soit un exemple de bonheur de vivre.

On peut s’étonner de trouver Céline qui ne paraît vivre que pour vitupérer. Mais justement cette attitude, en opposition perpétuelle, lui procure une forme de jubilation, une force vitale qui n’a rien à voir avec les petits bonheurs à la Delerm mais qui peut s’apparenter à une sorte de bonheur, de satisfaction à la pensée qu’il est dans le vrai, qu’il n’est pas dupe. On est moins surpris de trouver Montaigne, Colette ou Aragon tant ces écrivains se distinguent par leur façon de sentir la vie, avec une certaine sensualité, une certaine conscience épanouie qu’ils parviennent ensuite à exprimer sur le papier.

On aurait pu aussi trouver Stendhal, je crois, même s’il a sans doute était davantage en quête du bonheur qu’il n’en a joui. Il a éprouvé des moments de félicité, notamment dans l’écriture, dans l’amour et dans les œuvres d’art plastiques et musicales. Un bonheur tantôt par « expansion » tantôt par « sublimation ».

Au fil de ces portraits, comme dans ses autres ouvrages, Aymeric Patricot évoque avec discrétion sa vie, ses origines, ses choix d’existence et ici sa position par rapport à ces « vies enchantées » comme il l’avait fait par rapport aux « petits blancs ». Un portrait en pointillé de l’auteur qui cherche également sa façon d’être heureux. Il clôt d’ailleurs son livre par Colette « cette papesse de la jouissance », qui incarne pour lui l’écrivain du bonheur par excellence. Aymeric Patricot ne cherche pas à imiter Colette ce serait vain et stérile mais il déguste son œuvre pour y puiser, peut-être l’inspiration afin de construire à son tour son œuvre « à [s]a manière, c’est-à-dire hésitante » dit-il. Une modestie qui pourrait bien aussi le mener sinon sur la voie de son bonheur particulier, du moins le mener, paradoxalement, à oser écrire pleinement peut-être en continuant justement à observer, à sentir le monde autour de lui mais en y ajoutant plus fortement sa présence.

Je termine sur les « Les Vies enchantées » par Sylvie, la douce dont je me suis sentie proche. Elle prend la vie avec douceur, aime se fondre pour « s’inscrire dans le grand flux majeur ». Elle a assez de force pour tenir dans la douceur, une force de conviction qu’elle fait manifestement partager à son enfant. Tous les bébés sont naturellement dans la douceur, l’émerveillement, l’affectif ; c’est au fil du temps qu’ils devront se durcir. Sylvie, elle, persévère dans la douceur pour les autres mais aussi un peu contre les autres tant comme le souligne l’auteur « la douceur est interprétée comme une faiblesse, un refus de s’intégrer » ou une source de mépris. Dommage que la société des adultes soit d’abord un monde dur, un monde où l’on passe en force, où l’on se bat, où l’on se concurrence. La douceur n’est pourtant un frein ni à l’action, ni à l’intelligence, elle est seulement une perception du monde différente. Pour Sylvie, la méchanceté est inutile, elle la voit comme un divertissement à l’ennui. Une façon aussi sans doute d’asseoir sa puissance, sa position face aux autres. La douceur ne triomphera jamais mais réjouissons-nous qu’elle existe et qu’elle se repende parfois dans nos existences.

[...]

lundi 7 mars 2016

"Le bonheur tient à si peu..." (Les vies enchantées, enquête sur le bonheur - La Montagne)

"Le casting fait tout le charme de ce petit guide du bonheur pas tout à fait consensuel, pas du tout mièvre et surtout pragmatique. Une potentielle source d’inspiration. Et si jamais le bonheur se révélait contagieux, qui sait…

Le constat est rude. «On a un moi très limité. On ne com­prend pas tout. On meurt as­sez vite ». Le drame immémorial de la condition humaine. Ayme­ric Patricot le jure, il n’avait jamais lu les divers traités publiés sur le bonheur ou multi­ples manuels de développement personnel. Pas envie de se laisser «phagocyter ».

Pour aborder la question res­sassée du bonheur, ce profes­seur de lettres à Troyes, agrégé, la jeune quarantaine, est allé tout simplement à la pêche aux gens heureux, qu’ils soient res­tés tenaces dans sa mémoire ou irradient son quotidien. «Avec ce bouquin, j’ai essayé de fabri­quer une théorie du bonheur », confie l’auteur des Vies enchan­tées, enquête sur le bonheur (éditions Plein Jour).

«Ils ont un côté obsessionnel. »

Au commencement, sa «sur­prise» comme facteur déclen­chant de l’écriture. «Je n’imagi­nais pas qu’on puisse être heureux ainsi ». Il pense notam­ment à ce gars croisé il y a vingt ans, à qui il consacre un long chapitre intitulé :«Le bai­seur ». Il trouvait sa félicité dans le «sexe immédiat », décom­plexé et butineur. «Il avait un côté un peu fou, un peu mania­que aussi. La plupart de mes personnages ont ce côté obses­sionnel. Ils vont au bout d’une sorte de délire. On n’est pas dans le côté serein, bouddhiste à la Frédéric Lenoir, mais plutôt dans la folie douce ».

Il y a ce collègue qui entasse et classe compulsivement ses li­vres jusqu’à tapisser son pla­fond, cette femme qui a misé toute sa vie sur sa forte poitrine, cette autre qui oublie ses che­veux gris dans la contemplation de son jardin. Ou encore ce père de famille pour qui «le bonheur est une discipline » et une obli­gation paternelle.

Aymeric Patricot s’est toujours méfié des gens qui se disent heureux. Toujours suspects en plus d’être passablement aga­çants.Sans compter leur légère tendance à se la raconter, à «en imposer aux autres et à se men­tir à eux-­mêmes ». Alors il leur a préféré ceux qui «donnent l’im­pression d’être heureux », et a cherché à extirper de leur vie la recette de cette béatitude re­nouvelée. Sans les interviewer. Il les observe parfois comme des objets curieux, mais sans juge­ment. Lui revendique un petit côté Schopenhauer, pas fran­chement connu pour son opti­misme à toute épreuve. Mais cette idée négative que le bon­heur n’est rien d’autre qu’une absence de malheur lui parle. Toutefois, il se dit bien moins pessimiste. «Pour ma part, je pense qu’il est parfaitement possible d’être heureux si on entretient une part d’illusion. J’ai une vision assez ludique des choses. L’idée, c’est d’oublier notre finitude ».

«O nsublime, on s’excite de petites choses. On est dans la folie douce »

Ce que réussissent à merveille ses personnages. Pas parce qu’ils manquent de lucidité, au contraire, mais parce qu’ils par­viennent à «trouver une astuce pour la surmonter ». Ils ne sont pas seulement dans le trip «Profitons du café qu’on boit, là maintenant », mais dans l’exal­tation. «Regardez la femme au jardin, elle ne se contente pas d’admirer les petites fleurs. On n’est pas dans un hédonisme cool. Non, on sublime, on s’ex­cite de petites choses ».

Au milieu des anonymes, l’auteur invoque quelques écri­vains. Dont Colette. «J’en suis jaloux. J’aurais aimé être elle. Elle va à fond ». Mais, au fait, est-­il un homme heureux ? «Disons que j’ai réussi à identi­fier ce qui pourrait me rendre heureux, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Mais il me faut juste éliminer encore une ou deux choses dans ma vie pour y parvenir ». L’Homme, cet éternel insatisfait, toujours quelque chose qui cloche… Comme l’écrivait Jules Renard, «si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce en serait la salle d’attente »."

Florence Chedotal, pour La Montagne.

lundi 29 février 2016

"Les vies enchantées - enquête sur le bonheur" sur le blog "Clara et les mots"

"Aymeric Patricot ne nous livre pas un (énième) livre de recettes, de philosophie, de modes de vie pour atteindre le bonheur. Car à la vaste question qu’est-ce que le bonheur, chacun a ses réponses. Et quoi de mieux que donner la parole à des anonymes aussi différents par leur style de vie et qui expliquent ce qu’est le bonheur pour eux. Mais avant l’auteur différencie six groupes : le bonheur par expansion, par dispersion, par opposition, par sublimation, par synthèse, par dilution.

De celle qui s’occupe de son jardin avec amour et s’y épanouit au dragueur insatiable amoureux de l’amour physique en passant par le poète, le réactionnaire à une jeune fille dont la foi la rend heureuse mais aussi celui dont les billets de banque procurent une satisfaction sans nom.... Vous l’aurez compris, tous ces personnages si différents en quelques pages nous expliquent leur bonheur.

On peut être surpris ou trouver des fragments qui résonnent ou qui nous touchent, mais ce livre nous ouvre les yeux sur les autres et sur nous-mêmes. Il y a ceux qui ont changé de vie, d’autres pour qui le chemin était tout tracé, d’autres qui se remettent en question mais tous autant qu’ils sont par leur sincérité et leur témoignage ne nous laissent pas indifférents. Et forcement on se pose des questions sur notre façon de concevoir le bonheur. Au fil des personnages rencontrés, Aymeric Patricot dépeint des portraits d’écrivains célèbres comme Montaigne, Aragon, Beauvoir, Céline, Proust et Colette et leur rapport au bonheur ( un régal!).

Certains de ces anonymes puisent leur bonheur dans la mise en avance de soi ou dans le vice ou le cynisme. Ces personnes existent comme celles pour qui le bonheur personnel passe par celui de l’autre (en tant que personne humaine) ou par la liberté. Pour ces anonymes, le bonheur prend différents aspects et est souvent au final non figé (car dans une vie beaucoup de choses peuvent changer).

C’est vivant, surprenant également et j’ai beaucoup aimé comment Aymeric Patricot de façon très subtile glisse quelques réflexions toujours très appropriées. Hyper intéressant, cet essai joyeux et gai nous amène à nous interroger sur nos bonheurs et c'est très réussi ! A lire et à relire.

L'humaniste
Quelque chose est toujours possible, d'autant plus si nous travaillons en groupe. Fort de cette foi dans l'œuvre commune des hommes, je cherche toujours à entrevoir chez autrui la part essentielle d'humanité, la part excellente avec laquelle échanger.

Le maniaque
L'effet est magique. Travaillant perpétuellement sur ma vie, je la connais : je la trouve sous mon stylo, sous mon clavier, dans mes fichiers… Elle a cessé de m'angoisser pour me fasciner tout à fait. Je la dissèque comme un bel animal ressuscitant chaque jour sous mon scalpel. Je ne ressens plus ni tristesse ni nostalgie. Les jours défilent et je m'en réjouis : je m'approche d'une vision plus globalisante - et donc presque parfaite- de ma propre vie.

Le poète
La réalité me pose problème. Je ne vous dirai rien sur l'histoire de ma famille car cela n'expliquerait pas le rapport très particulier que j'ai au monde, ou ça l'expliquerai mais sans restituer la nature exacte de ce que je ressens. Quoi qu'il en soit, à mes yeux, le quotidien ne va pas de soi.(...) Je n'en reviens toujours pas que l'homme puisse réduire son comportement, dans certaines circonstances qui ont tendance à se multiplier, à quelque chose d'aussi dépourvu de bienveillance. Nous jouons tellement de rôles ! Moi-même, je donne des cours pour acquérir un statut social. Je séduis beaucoup pour me prouver des choses à moi-même et montrer à tous comment je comprends les règles qui nous régissent et comme je peux réussir à les transcender – croyez-moi, je suis très lucide à cet égard. Mais ce qui m'a toujours peiné, c'est que la plupart des gens n'arrivent pas à marquer de distance par rapport à ces masques. Ils les prennent très au sérieux. Jamais d'ironie de leur part, jamais d'élan vers un autre domaine que la plus reproduction des codes, cette espèce de machine.(...) Alors la poésie c'est la grande échappatoire. Non pour fuir la réalité mais pour la trouver. Ce sont des élans travaillés pour produire le même effet sur le lecteur, c'est-à-dire la sensibilisation d'entrer en communication avec les courants essentiel de nos vies, la vie pleinement comprise et pleinement vécue.

Le cynique
Chaque jour, je m'abandonne. Je me laisse aller à vivre et j'accepte le grand affaissement vers la mort. Que voulez-vous, je n'arrive pas à mentir. Je souffrirais de trop jouer le jeu. On me dit cynique, je me considère comme réaliste. Personne ne me croit lorsque je me déclare heureux; je suis profondément heureux, pourtant. (....) Ma pensée caustique est une cure de jouvence.

La paysagiste
Je n'ai jamais été déçue. Je pensais me divertir, les jardins sont entrés dans ma vie. Leur fanfare m' a fait oublier certaines déconvenues. Mieux, elle a pris la place d'autres passions.(...)Encore une fois, je ne m'oublie pas dans ce jardin : je grandis mon corps à ses dimensions et je les laisse entrer en moi. C'est un bonheur instinctif, comme privé de parole."

Clara et les mots

vendredi 12 février 2016

"Ma poitrine a forgé ma vie bien plus que je ne l'ai façonnée" (La femme à forte poitrine dans "Les Vies enchantées", citée par L'Express)

"Heu-reux

Où trouvons-nous notre bonheur ? Réponses d'anonymes à Aymeric Patricot. Savoureux.

Quoi de plus déprimant que les traités sur le bonheur ? On oscille entre copie de bac philo et manuel de développement personnel. Saluons donc le dernier livre d'Aymeric Patricot, qui renouvelle le genre en présentant une série de témoignages anonymes sur ce qui leur procure du bonheur dans la vie. Concept tout simple, mais diablement efficace.

Le casting est excellent. Il y a Camille-la-paysagiste, qui oublie ses cheveux gris dès qu'elle arpente son jardin, sécateur en main. Jean-François-l'érudit, qui accumule compulsivement les étagères de livres, ambitionnant de rivaliser avec Wikipédia. Ou encore le control freak, qui photographie tous ses objets et archive le moindre ticket d'entrée à une exposition.

Imperceptiblement, ces témoignages, consignés chacun en quelques pages, amènent à nous interroger sur nos propres bonheurs. Quel espace leur ménageons-nous encore dans la routine de nos vies ? Et quelle est la part de notre libre arbitre ? A ces questions métaphysiques, la "femme-à-forte-poitrine" apporte une réponse claire: "Ma poitrine a forgé ma vie bien plus que je ne l'ai façonnée." Avec Patricot, le bonheur est toujours une idée neuve en Europe."

L'Express, Jérôme Dupuis, 10/02/2016

mercredi 3 février 2016

Fêtons la sortie du livre le mercredi 24 février à La Belle Hortense

Le mercredi 24 février, à partir de 20h, retrouvons-nous pour boire un verre à l'occasion de la sortie simultanée des "Vies enchantées - enquête sur le bonheur" (Plein Jour) et des "Petits Blancs" (Point Seuil), à la Belle Hortense, 31 rue Vieille du Temple, Paris 4.

mardi 2 février 2016

"Enquête sur le bonheur" dans Métronews

"Après des essais sur des sujets moroses, Aymeric Patricot a relevé le défi d’aller à la rencontre de gens que l’auteur sentait heureux dans le monde d’aujourd’hui. "Je ne les ai pas fait beaucoup parler, j’ai préféré laisser vaquer mon imagination, je craignais les discours forcés, les répliques convenues", précise-t-il. Pour lui, le bonheur s’observe par un tiers et ne s’évoque pas par soi-même, ça ne serait pas crédible. C’est ce qu’il a fait pour ce livre, en fin observateur, il nous retranscrit ses différents échanges en proposant des portraits épatants composés d’anonymes et d’écrivains célèbres comme Montaigne, Aragon, Beauvoir, Céline, Proust et Colette. Construite en six parties, l’enquête dévoile aux lecteurs différentes formes de bonheur, le bonheur comme une sorte de dialogue entre le "moi" et le monde.

En promenant le lecteur dans les différentes formes de la joie de vivre, Aymeric Patricot nous démontre avec ces différents témoins que finalement le bonheur ne répond à aucune recette, mais que chacun d’entre eux l’a trouvé en cultivant ses vices ou ses défauts. C’est avec ce regard subtil que l’auteur restitue ici une radiographie précise du bonheur ancré dans notre réalité. Les vies enchantées est le livre qui va à contre-courant de ceux qui nous expliquent comment être heureux. Et c’est en cela que sa démarche résonne. À travers ces témoins qui forcent l’admiration, Aymeric Patricot exprime un regard joyeux, réel et inattendu sur le bonheur, avec un souci de véracité qui rendra service au lecteur en quête de bonheur."

Christophe Margelle, pour Metronews

mardi 26 janvier 2016

Le bonheur selon Colette



"Je suis jaloux de Colette. J’aime sa façon d’aimer, forte et sensuelle. Et je suis effaré par son assurance. Elle ne doute ni du génie de la vie pour la combler ni de son pouvoir pour en jouir – et cela passe en partie par le langage qui est préparation, délimitation puis saisie de ce même plaisir.

Le bonheur de Colette, c’est la jouissance comprise et systématisée. Pas de morale, mais l’exigence de toujours saisir les frémissements de vie pure. Colette est dure ; elle ne pardonne ni les mesquineries ni les à-peu-près. Mais c’est une façon de répondre à son désir impérieux, son souci de dire, sa lucidité sans scrupule. On s’en voudrait de ne pas obéir à sa loi : ce serait manquer quelque chose comme l’érotisme même."

Extrait des "Vies enchantées - enquête sur le bonheur"