Par admin,
lundi 27 octobre 2025 à 13:46 ::Voyages
Les deux choses que je guette en séjour rapide à Édimbourg, ce sont les traces (même fantasmatiques et naïves) de mythologie arthurienne et les plats traditionnels, loin des seuls fishs and ships. Pour moi les deux références littéraires en matière de peinture gastronomique sont Rabelais, de plus en plus cher à mon cœur, et Joyce. Dommage, ce dernier hante plutôt l'une des rives opposées ! Pas grave, je ne crois pas qu'Irlandais et Écossais soient vraiment ennemis.
De temps en temps je me laisse aller au polar. J'y ai de grandes joies comme de grandes déceptions. Souvent, le genre me paraît manquer de caractère en dépit de ses pétarades. Récemment c'est Léo Malet qui m'est tombé des mains. Son titre célèbre a du chien : "La vie est dégueulasse" ; le texte manque de vraies bonnes pages et d'une psychologie autre que sommaire. Autant lire Malet dans les versions illustrées par Tardi, le Gustave Doré du 20eme siècle : ses dessins, eux, sont vraiment forts en gueule.
Si j'avais connu plus tôt l'œuvre de Stephane Blanquet, découverte à l'exposition L'étoffe des rêves de la Halle Saint-Pierre, j'en aurais forcément fait un personnage clé de "La Viveuse". Qui sait ? Peut-être l'héroïne serait-elle tombée amoureuse de lui...
Je ne suis pas croyant mais je fréquente chaque jour davantage les cultures religieuses. Je lis les mystiques, j'écoute les requiem, j'observe les vitraux, je fréquente la Bible - récemment, j'ai par exemple relu l'Apocalypse dans la somptueuse version Diane de Selliers illustrée par la tapisserie d'Angers. Et ce n'est pas la mortification telle que la pratiquait Bernard de Clairvaux qui m'intéresse mais un certain niveau de "conscience vitale" comme l'écrivait DH Lawrence quand il parlait de la folle dimension païenne hantant certains passages de l'Apocalypse. Les images, les symboles, les élans, les visions... A ce propos je partage l'ironie féroce de Romaric Sangars dans son brillant petit essai "La dernière avant-garde" (Cerf, 2023) vis-à-vis de ceux qui partent à l'autre bout de la planète pour glaner quelque frisson spirituel. Il leur suffirait ici même de tendre l'oreille et d'ouvrir les yeux pour entrevoir des vertiges, des éblouissements.
Nous discutons de théâtre, de création littéraire et de dynamiques de groupe dans le cadre charmant du Musée des arts premiers (son médiocre lors des 8 premières minutes : activez les sous-titres !)
J'avais griffonné de mémoire et à la va-vite un portrait schématique de mon père. Puisque je n'étais jamais parvenu à retenir la date de sa disparition, j'estimais qu'il était finalement resté à l'état de fantôme. Ce goûter servirait-il d'exorcisme ? Peut-être allais-je enfin voir la date s'inscrire en moi. D'autant qu'un autre fantôme existait depuis toutes ces années sans que j'en sache rien, un fantôme dont il m'est arrivé de parler aux précédentes réunions et qui a récemment pris corps parmi nous. J'ai déposé le portrait sur une tombe anonyme (la mousse en rongeait le nom) marquée d'un simple "A notre père". J'aimais cette conjonction des imaginaires. Le goûter achevé, j'ai remballé mes petits visages en carton. Des corps disparaissent, d'autres apparaissent. La valse des mots, la valse des noms, la valse des actes font une jolie sarabande.