La littérature sous caféine


lundi 16 octobre 2006

Gabriel Garcia Marquez : Mémoire de mes putains tristes (Livre de Poche, 2006)



Le Prix Nobel colombien se livre à la réécriture d'un classique d'un autre prix Nobel, japonais cette fois : Les Belles Endormies, de Kawabata. Meme histoire d'un vieil homme qui paye pour passer la nuit avec une jeune et jolie vierge. Mais le charme nippon en moins, l'énergie burlesque en plus.

On pense aussi, immanquablement, à La bête qui meurt, de Philipp Roth, sur les amours juvéniles d'un professeur vieillissant.

Notre cher Marquez me paraît cependant le grand perdant de ce duel à trois : son texte est enlevé, certes, plein de verve, mais il n'a ni l'énergie primaire et dramatique de celui de Roth, ni l'émotion grave de celui de Kawabata. On a du mal à croire aux élans d'amour tardifs de ce vieillard libertin. Ce court roman s'achève sur des gesticulations rappellant le baroque des premières oeuvres, baroque dont Marquez tentait pourtant de s'affranchir...

Extrait : "L'année de mes quatre-vingt-dix ans, j'ai voulu m'offrir une folle nuit d'amour avec une adolescente vierge. Je me suis souvenu de Rosa Cabarcas, la patronne d'une maison close qui avait pour habitude de prévenir ses bons clients lorsqu'elle avait une nouveauté disponible. Je n'avais jamais succombé à une telle invitation ni à aucune de ses nombreuses tentations obscènes, mais elle ne croyait pas à la pureté de mes principes." (p9)

mercredi 11 octobre 2006

stylo dans l'oreille

Un élève, au rire tonitruant et à l'humour certain, lève la main pour prendre la parole.

Je remarque qu'il s'est mis un stylo dans l'oreille.

- "Monsieur, on m'a jeté quelque chose !..."

mardi 10 octobre 2006

Harley Davidson

Une élève vient me voir en fin de cours :

- Hey, Monsieur, est-ce que vous avez une moto ?

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?...

- Je sais pas. Dites, vous avez une moto ?

mardi 3 octobre 2006

Groupe nominal

Un élève, à propos de l’analyse des fonctions dans la phrase :

« Monsieur, il est où le sujet dans le groupe nominal ? »

mardi 26 septembre 2006

Yasunari Kawabata : Les Belles Endormies (Livre de poche)



Un vieil homme paye pour voir dormir à ses côtés de jolies jeunes femmes nues. Comme toujours chez Kawabata, prose brève et délicate, et cet art de la saisie de sentiments profonds par la description de menus événements, de gestes anodins, d'objets discrets. Mine de rien, l'auteur aborde des thèmes beaucoup plus « virils » que ne laisserait attendre son atmosphère subtile : fascination pour la beauté, crudité des rapports sexuels, peur de la mort... Savant dosage d'élégance et de cruauté.

jeudi 21 septembre 2006

Voisines de table

- Samira, je vais te demander d’arrêter de parler avec ta voisine.

- Eh, mais Monsieur, je suis en train de faire connaissance avec elle !!

- C’est bien ce qui m’inquiète…

mardi 19 septembre 2006

La frisée

La sonnerie retentit. Une élève en profite pour hurler de rire et tirer la manche de tous ceux qu’elle croise dans la classe, puis le couloir, pour leur répéter la dernière blague :

« Ta mère est tellement frisée que quand elle promène son caniche c’est au chien qu’on parle ! »

lundi 18 septembre 2006

Marie Ndiaye : Autoportrait en vert (Folio 2006)

Petit livre ciselé à l’extrême, travaillé par le mystère et le souci de la phrase non pas belle, mais savamment énigmatique. Etonnant qu’un exercice d’autobiographie – Marie Ndiaye présente quelques figures de femmes en vert ayant marqué sa vie - débouche sur ces visions légèrement scénarisées, mettant en scène une sorte de fantastique intellectuel (la narratrice doutant de tout ce qu’elle voit et se posant des questions sur les détails les plus anodins). Très beau livre au final, à la fois précieux, fragile et ponctué de quelques somptueuses pages solennelles.

Extrait : « ''Je reviens alors à mon premier sujet :

- Tu t’es marié avec une femme aux yeux bruns et sans doute aimais-tu ses yeux. Mais s’ils sont verts, est-ce que cela ne change pas tes sentiments pour elle ?

Mon père a continué ses dessins et figures abstraites sur le sol, sans me regarder, et j’ai compris qu’il ne souhaitait pas évoquer les yeux de sa femme, mon ex-meilleure amie. Mon père en est à son quatrième ou cinquième remariage. Il est raisonnable de considérer qu’il veut mettre toutes les chances de son côté, à présent qu’il se sent vieillissant et fatigué, en se gardant de toute phrase qui pourrait être entendue ou répétée hors de la cuisine et dont sa femme pourrait un jour s’armer pour démontrer qu’il ne l’a jamais aimée. Qui suis-je pour tenter d’enfoncer un coin dans les fondations de cette union ? Il m’apparaît simplement que mon père, certes très aminci mais plus ni jeune ni fort, n’a pas pris la mesure de l’importance de ces changements dans l’aspect de sa femme.'' »