La littérature sous caféine


mardi 9 avril 2024

La vie sexuelle de ma tortue

Qui ne s’est jamais interrogé sur la vie sexuelle de son animal de compagnie ? Dans ce texte mordant, Aymeric Patricot découvre celle de sa tortue, qu’il prenait pour un animal triste et apathique, mais dont il découvre les grands appétits. Une fiction qui interroge la folie couvant dans les espaces pavillonnaires, où la vie semble pourtant si tranquille.

mardi 30 janvier 2024

Soirée poésie: autour du recueil "Presque..." de Raluca Belandry

samedi 30 décembre 2023

Temps

Il y a dix ans, Mathieu Simonet m'avait suggéré l'idée suivante : proposer aux élèves du lycée dans lequel j'exerçais d'enterrer des messages dans une boîte, et de prévoir la redécouverte de cette boîte une décennie plus tard. J'avais trouvé l'idée belle. Mais lorsque j'avais eu le malheur d'en parler à mes collègues et à l'administration, on m'avait opposé de l'indifférence et même de la consternation.

Dix ans plus tard, à la date donc où le déterrement (?) aurait pu avoir lieu, j'ai le plaisir d'écouter Mathieu lire en musique des extraits de son dernier livre, "La fin des nuages", sur la scène de la Maison de la poésie. Je retrouve intactes sa délicatesse, sa précision, son originalité, et je me dis qu'il est peut-être temps que je relance le projet de ces boîtes, dans mes nouveaux établissements, d'autant que me taraude l'idée que les années défilent...

mercredi 29 novembre 2023

Littérature et champagne 2

lundi 5 septembre 2016

Michel Butor à Tokyo (2)

En même temps que je recevais Michel Butor avec le succès que l’on sait, quelques membres de ma famille me rendaient visite eux aussi à Tokyo. Je les avais prévenus que je n’avais pas beaucoup de temps à leur consacrer puisque je courais d’une conférence à l’autre pour accompagner celui dont ils ne connaissaient que le nom. Je l'avais décrit l'illustre auteur comme portant salopette et barbe blanche.

Alors qu’ils déambulaient dans l’un des nombreux musées de Tokyo, les membres de ma famille ont eu l’heureuse surprise d’apercevoir précisément un homme à barbe blanche et salopette. De plus, il parlait français… Ma tante a profité de l’occasion pour s’adresser à lui dans les termes les plus chaleureux : « Michel Butor ! Quel plaisir de vous croiser là. Je suis l’une de vos grandes admiratrices… » Bien sûr, elle n’avait pas lu un seul de ses livres. Michel Butor ne s’est douté de rien, rosissant de plaisir. Comment aurait-il réagi s’il avait su qu’il devait cette délicieuse flatterie au jeune homme dont il s’était agacé la veille ?

jeudi 25 août 2016

Michel Butor aimait-il la poésie ?

Un souvenir particulier me lie à cette figure éminente de la littérature française, tout juste décédée. Au début des années 2000, j’officiais de manière très approximative au Bureau du Livre de Tokyo, intégré au service culturel de l’Ambassade de France. Jeune homme un peu perdu, davantage porté vers les livres et l’écriture que vers l’organisation de conférences et de le démarchages de traducteurs, j’ai été chargé d’organiser la venue au Japon, pendant une dizaines de jours, de ce Michel Butor dont je n’avais pas lu grand-chose mais qui me paraissait sympathique avec sa grande barbe blanche et sa salopette.

Quelques heures à peine après son arrivée, et après les inévitables approximations dans le planning causées par la maladresse qui était la mienne dans ce pays que je découvrais et à ce poste qui ne me convenait pas, Michel Butor n’a pas pu s’empêcher de me déclarer, sur un ton qui masquait mal sa colère : « Mais enfin, sur quelle planète vivez-vous ? » J’ai compris ce jour-là que les plus grands littérateurs, tous poètes qu’ils soient, n’aiment pas trop la distraction poétique quand ils la repèrent chez ceux dont dépend leur bien-être.

lundi 21 novembre 2011

David Wojnarowicz, l'auteur qui traumatise les jeunes femmes


Fire in My Belly de David Wojnarowicz, Diamanda... par altimsah

La découverte, il y a dix ans, du Chroniques des Quais de David Wojnarowicz, m’a profondément marqué. J’y ai vu l’une des limites que la littérature pouvait atteindre, la description d’un monde de violence infernale dont certains auteurs, d’époques et de sensibilités proches, comme Kathy Acker, Lydia Lunch, Hubert Selby Jr, ont donné d’autres aperçus. Cela m’a décomplexé pour écrire certains textes, et ces auteurs-là brillent désormais d’une lumière particulière dans mon panthéon, une lumière plus crue que d’autres, parfois plus simpliste, mais indéniablement plus intense.

Le 20 Octobre dernier, Laurence Viallet proposait à la librairie Le Monte en l’air une soirée de lectures et de projections (dont le film ci-dessus) autour de la sortie de deux nouvelles traductions de David Wojnarowicz, Spirale et Seven Miles a second. C’était très touchant de voir réunis des admirateurs de l’écrivain, mais aussi quelques personnes l’ayant connu et aimé, comme Marion Scemama, photographe. J’ai très envie d’écrire un jour un essai qui rendrait hommage à l’écriture de Wojnarowicz. En attendant, j’ai dévoré Spirale, trop court à mon goût, mais réservant de belles surprise comme ce cri du cœur, page 59, à propos des ravages de la maladie (on dirait du Guibert, en moins élaboré) :

"Parfois j'en viens à détester les gens parce qu'ils ne peuvent pas se mettre à ma place. Je suis devenu vide, complètement vide et tout ce qu'ils voient c'est une forme visuelle ; mes bras et mes jambes, mon visage, ma taille et mon attitude, les bruits émis par ma gorge. Mais putain que je suis vide. La personne que j'étais il y a seulement un an n'existe plus ; un tourbillon m'emporte lentement et je me laisse aller à la dérive dans les profondeurs lointaines de l'éther."

Dans le cadre d’un atelier d’écriture que j’ai animé cet automne sur le campus havrais de Sciences-Po, j’ai fait découvrir à mes élèves Wojnarowicz et quelques auteurs de la même trempe, et il semble que ces lectures aient fait leur effet. Une élève, après nous avoir livré une nouvelle de son cru particulièrement sombre, nous a dit en riant avoir été traumatisée par Wojnarowicz et Lydia Lunch. Elle n’avait écrit jusqu’à maintenant que des histoires de princesses. Ces lectures ont fait basculer son univers mental de visions de robes blanches à celles de cutters plein de sangs. Merci David !

mercredi 9 novembre 2011

Un livre fantôme au Prix Virilo !



Les membres du Prix Virilo ne manquent pas d’humour : ils remettent un prix chaque année, la veille de la remise du Fémina, pour un livre qui met en scène les hommes, et plus généralement les représentations contemporaines de la virilité. Les membres du jury et les personnes présentes à cette occasion sont priés de porter une moustache, une façon de se moquer du féminisme incarné par le Prix Fémina, qu’ils estiment daté.

Pour l’anecdote, une autre marque de leur humour (sans doute involontaire, cette fois-ci) a été d’inscrire dans leurs titres sélectionnés l’un de mes romans, L’homme qui frappait les femmes. Le livre a même été considéré, sur le site Bibliobs, comme le grand favori du second volet du Prix Virilo, le prix Trop Virilo, récompensant "la poussée de testostérone littéraire la plus vivace de l'année". Le problème est que le texte existe bien, mais que le livre n’a jamais été publié ! Tout juste le titre est-il apparu sur le net lorsque j’ai envisagé sa publication cette année chez Léo Scheer, pendant quelques semaines, avant d’y renoncer pour diverses raisons – notamment l’envie de limiter la publication de textes courts (en l’occurrence, une centaine de pages) pour éviter la dispersion et me concentrer sur des projets plus conséquents.

Il faut dire que le titre paraissait fait pour l’intitulé du prix ! Peut-être aurait-il fallu prévoir un prix pour le titre le plus Virilo de l’année ? J’aurais pu concourir !

Précisons que le palmarès a finalement été le suivant : Eric Chevillard pour le Prix Virilo avec Dino Egger, et Eric Reinhardt pour le Prix Trop Virilo avec Le Système Victoria.