La littérature sous caféine


mardi 20 juin 2017

Hitchcock les cloue tous au poteau !

Bilan de la deuxième saison de mon ciné-club en prépa : après calcul du taux de satisfaction des étudiants, le Psychose d’Hitchcock emporte haut la main la mise face à des concurrents pourtant corsés, tous excellents dans leur domaine : le Scarface et le Carrie de De Palma, le Quai des Brumes de Carné ou le Trainspotting de Boyle. Amusant comme l’ancêtre lointain des slashers qui ont aujourd’hui envahi nos écrans continue à séduire, en dépit du côté dépassé, presque archaïque, de la scène mythique du meurtre sous la douche. Amusant aussi de se rappeler que l’année dernière, c’était également un film construit autour d’une agression dans une salle de bain qui avait remporté les suffrages, l’indémodable Shining de Kubrick, d’ailleurs grand champion des deux années écoulées.

lundi 16 janvier 2017

L'angoisse du vingtième siècle

Cette année je dois conduire beaucoup et j’en profite pour m’offrir de grandes rasades musicales… Je découvre ainsi une partie de la création contemporaine et je suis surpris par l’atmosphère générale qui s’en dégage : un véritable climat d’angoisse. Se rendent-ils compte, tous ces compositeurs talentueux, qu’ils reproduisent certains des codes des musiques de film d’horreur ?

mardi 11 octobre 2016

Les Oiseaux crèvent l'écran

Quand je demande à mes étudiants ce qu'ils savent d'Hitchcock, tout de suite ils me répondent en choeur : "Les Oiseaux" ! Ca m'étonne beaucoup parce que je trouve qu'il ne s'agit vraiment pas de son meilleur film. Peut-être ce titre se retient-il plus facilement que les autres ? Que son "pitch" a quelque chose d'élémentaire ? Ou alors, serait-ce que la charge d'épouvante fait lorgner le film vers l'horreur, genre éminemment plus moderne que le thriller d'espionnage ?

lundi 13 juin 2016

L'homme à la hache plus fort que l'homme à la crête

Bilan d'une première année de ciné-club en classe préparatoire - cinq films projetés tout au long de l'année, devant un public d'une cinquantaine d'étudiants en moyenne. Je leur ai demandé de noter chacun des films sur une échelle de 1 à 5.

Sans surprise, le thriller horrifique de Stanley Kubrick, "Shining" (1980), est arrivé en tête avec près de 4 de moyenne. Beaucoup l'avaient déjà vus, et le film semble avoir peu vieilli à leurs yeux - du moins, cela ne remet pas en cause l'interprétation sidérante de Jack Nicholson.

Suit d'assez près le fabuleux "Excalibur" (1981) de John Boorman, que j'étais bien obligé de projeter puisque nous étudions au lycée Chrestien de Troyes et que la geste arthurienne doit beaucoup à cet auteur. Puis le "Lost Highway" (1997) de David Lynch, sans doute le plus clivant puisqu'il a suscité tour à tour l'enthousiasme et l'exaspération, et le "Manhattan" (1979) de Woody Allen, dont certains ont apprécié l'humour et d'autre ont détesté l'inaction - aucun ne le trouvant émouvant, à ma grande surprise.

Enfin, bon dernier, le "Taxi Driver" (1976) de Martin Scorsese (avec une note moyenne de 3,3), dont on m'a dit que je l'avais "survendu": il n'a pas été à leurs yeux le chef-d'oeuvre hallucinant que j'avais annoncé. Est-ce un hasard si c'est aussi le plus ancien des cinq ?

jeudi 5 mai 2016

Prince, le monstre pop (2)

- Prince a réalisé un certain nombre d'albums maudits, méprisés par la critique et boudés par le public. Certains, à juste titre - je pense à "New Power Soul" (98), dont on ne peut raisonnablement sauver qu'un seul titre. Mais pour les autres, il s'agit de véritables injustices. "The Vault" (99), critiqué pour n'être qu'une série de fonds de tiroirs, est un merveilleux ensemble de balades jazz-pop parfaitement rôdées, et même particulièrement émouvantes. Quant à "Come" (94), qui signe son divorce avec le public, il propose une étonnante série d'électro-funk à la fois glaciale et sensuelle, et souvent brillante.

- Le véritable rival de Prince n'aura pas été Michael Jackson, qui a par ailleurs largement gagné le duel commercial en oeuvrant dans un genre comparable, mais David Bowie qui, par l'amplitude de sa carrière, son talent, sa créativité multiforme, a toujours représenté pour moi comme son frère jumeau. L'un dans le funk, l'autre dans le rock, ils ont multiplié les formules, les albums et les visages, et s'ils ne se sont jamais croisés, je les ai toujours mis sur un pied d'égalité. Leurs morts à quelques semaines d'intervalle signent d'ailleurs véritablement la fin d'une époque.

- L'une des choses qui me frappe à chaque écoute, c'est que les titres de Prince ont quelque chose de très net. Les mélodies sont franches, les arrangements distincts, les chansons parfaitement reconnaissables. On est loin de la sorte de brouillard dans lequel tombent bien des groupes de pop-rock avec leurs albums qui ont l'air de se fondre les uns dans les autres. Même dans ses pires compromissions, Prince savait proposer des œuvres propres. Il n'y a qu'au plus fort de sa créativité des années 80, lorsque son funk atteignait un niveau d'énergie proprement délirant, que certains titres devenaient brouillons. Mais on lui pardonnait, parce qu'il avait l'air ici de créer un genre.

- Les derniers concerts de Prince m'ont ennuyé. Devenu une institution, il attirait surtout un public qui le connaissait mal et attendait donc surtout les classiques des années 80. Cela décevait forcément les fans authentiques, guettant les dernières perles de sa discographie. "You don't know the new songs", se plaignait-il au micro, sourire aux lèvres, avant d'enchaîner des medleys que je trouvais indigestes. Il y a deux ans, j'étais ressorti de son concert à la Villette en me promettant de ne plus venir l'écouter... Aujourd'hui, j'en entends regretter de ne l'avoir jamais vu, mais ils n'auraient fait que gonfler les rangs de ces amateurs de la dernière heure, contribuant à transformer l'icône en momie.

mardi 26 avril 2016

Prince, le monstre pop (1)

Quelques notations sur Prince dont j’ai toujours été un admirateur féroce et que je considère, dans le domaine de la pop, comme le plus grand

- Je l’ai découvert avec « Diamonds and Pearls » (1991) et je n’ai plus cessé d’acheter ses nouveaux albums tout en mettant la main sur les anciens – j’organisais mon exploration selon deux flèches temporelles divergentes.

- J’ai d’abord été fan de cette période 90’s, sans comprendre qu’elle soit aussi décriée : je trouvais ses années 80 assez kitsch alors que ses production 90’s, aux contours plus nets, colorées de Hip-Hop, me transportaient. J’adorais d’ailleurs le groupe NPG qui l’accompagnait et je n’étais pas d’accord avec ceux qui ironisaient à son propos.

- Très vite, j’ai compris que je serais toujours partagé entre deux sentiments : la déception devant certaines facilités de Prince, l’indulgence pour ceux qui le trouvaient factice ; et une sidération devant la puissance et la variété de sa créativité. Pour moi, il a toujours représenté l’archétype du génie créatif et j’ai du mal à me faire à l’idée que la plupart des auditeurs, malgré tout, restent insensibles à ses fulgurances.

- Peu à peu, j’ai pris goût à ses années 70 et 80 et j’ai compris pourquoi cette période-là restait considérée comme sa meilleure : fraîcheur quand les 90’s viraient à la virtuosité ; chaleur quand les 90’s devenaient métalliques ; délire ébouriffé quand les 90’s basculaient dans la mégalomanie.

- A propos de mégalomanie, l’album « Love symbol» (1992) est une sorte de monstrueuse anomalie musicale, géniale dans son délire boursouflé, étouffante par sa volonté de prouver. Cet album concept ouvre sans doute l’inexorable période de désamour entre Prince et son public.

- Je ne suis pas un inconditionnel de son tube « Purple Rain » (tous les autres titres de l’album me paraissent plus brillants). J’ai toujours préféré Prince dans le funk torride plutôt que dans le slow sirupeux (quoi que le bien nommé « Sometimes it snows in april » soit superbe) ou dans le rock désuet et sautillant, qui me hérisse un peu. Quel dommage que ce titre éclipse souvent le reste ! Pourquoi donc Prince y revenait-il toujours ? Les fins de concerts sous les pluies de paillettes me laissaient insensibles, et Prince me faisait alors l’effet d’un pantin.

- Trois tubes se détachent sans doute aux yeux du grand public : Purple Rain, Kiss et Cream, seul le second me paraissant vraiment passer la barre des années. Bien souvent, il y a dans la musique de Prince un élément de bizarrerie, de baroque, de fantaisie assez datée qui lui interdit de franchir le cap du large assentiment public – l’inverse de Michaël Jackson, en fait. Je me suis toujours demandé s’il recherchait cet effet d’étrangeté, s’il le revendiquait, ou s’il l’apercevait à peine, emporté par son obsession créatrice.

mercredi 13 janvier 2016

L'énergie de Bowie dans les années 80

La période de Bowie que j'ai le plus de plaisir à écouter est une période pourtant relativement décriée: celle des années 80, certes moins créative, moins subtile, moins touchante que celle des années 70, mais dont j'aime l'énergie sauvage, la sorte de naïveté adolescente. On daube d'ailleurs pas mal, en général, sur les arrangements des années 80, mais je les aime de plus en plus - et Roxy Music par exemple brille de plus en plus fort dans mon panthéon personnel.

jeudi 22 octobre 2015

Le jour où plus personne ne connaîtra le nom de Woody Allen

La cinéphilie va-t-elle disparaître ? Je lance un ciné-club dans le cadre de mes classes préparatoires et, en dépit de la belle affluence, je me demande si le goût pour les classiques, les films singuliers, les chefs-d’œuvre, n’est pas en train de se raréfier. Sur cent élèves, à peine deux ou trois ont déjà vu un Woody Allen ou un Scorsese – et la plupart ne connaissent même pas ces noms-là. Résultat de l’omniprésence des séries ? Accélération du temps, de la consommation, de la valse perpétuelle des références ? Ou bien simple vieillissement, et donc éclipse partielle, des quelques artistes qui forment mon panthéon ?