La littérature sous caféine


lundi 20 septembre 2021

Foujita

Je ne suis vraiment sensible ni au trait, ni aux coloris de Foujita, mais je me sens très attaché à son parcours d’artiste japonais converti au catholicisme, puisque je me sens catholique de culture et fasciné par le monde japonais. Je ne pouvais pas manquer la visite, à l’occasion des Journées du patrimoine, de la chapelle qu’il a fait construire à Reims et qu’il a peinte d’étonnantes fresques d’histoire chrétienne, savant dialogue entre deux esthétiques qu’on pensait plus éloignées.

lundi 14 juin 2021

Féminisme de la soumission

Fascinant de comparer deux classiques de l’érotisme à quarante ans de distance… « Emmanuelle » (1974) est manifestement conçu pour plaire aux hommes, avec ces jolies femmes qui se dénudent pour s’affranchir de la morale bourgeoise, rinçant l’œil des spectateurs au passage. « 50 nuances de Grey » (2015) préfère épouser le point de vue d’une femme, et il paraît assez évident que le public visé est féminin. On y trouve un nombre impressionnant de clichés des romans sentimentaux : le bel homme riche et ténébreux, sensible, cachant un redoutable secret… Mais le plus surprenant, à l’heure de la dénonciation tous azimuts du patriarcat, c’est de découvrir que le fantasme le plus brûlant de la psyché féminine – du moins, celle que nous présente Hollywood – est de se soumettre corps et âme à un homme puissant et à la sexualité inquiétante ! Bien curieuse révolution que cette esthétique BDSM…

mardi 21 avril 2020

Hollywood et le social trash

Pendant plusieurs décennies, Hollywood a poussé toujours plus loin les frontières de ce qui était regardable en termes d’horreur, et cela nous a donné par exemple le « torture porn » d’Eli Roth. Ayant sans doute atteint une limite en la matière, j’ai l’impression qu’Hollywood cherche aujourd’hui de nouveaux terrains de sensationnalisme, et je me demande si nous ne pourrions pas baptiser « social trash » cette nouvelle tendance consistant à mettre en scène le pire du pire en matière de sévices, notamment dans le cadre familial. Cela donne d’ailleurs lieu à des pépites en la matière, comme « Precious » (2009) dont l’héroïne tombe enceinte de son propre père, ou « Joker » (2019) dont le personnage se rend compte qu’il a été violé très jeune par son beau-père.

lundi 27 janvier 2020

Préférer les simagrées

C’est curieux, je suis resté complètement indifférent à deux films récemment adoubés par la critique… Le dernier Scorsese, The Irishman (Netflix, 2019), m’a fait l’effet d’une indigeste resucée de ses plus grands classiques, notamment Les Affranchis et Casino, mais sans l’énergie viscérale ni la créativité de ces derniers. Copié-collé sans âme et sans jeunesse, avec des acteurs usés jusqu’à la corde. Remix à tous les étages et sentiment de vacuité. Quant au film de Sam Mendes, 1917, il avait tout pour me plaire et promettait un feu d’artifice émotionnel – du sang, des larmes, de la révolte, de la beauté… Au lieu de quoi, quelque chose de froid et d’appliqué qui ne m’a pas inspiré le moindre frisson. Serais-je de glace en ce début de décennie ? Le dernier Tarantino m’a pourtant arraché des sanglots avec les simagrées de DiCaprio. Quant aux outrances du Joker, elles m’ont séduit. Je pensais que la maturité me forgerait un goût plus sûr, je commence à en douter.

lundi 23 septembre 2019

Le Trash politiquement correct

Dans ses précédents films, Tarantino massacrait des nazis, des racistes et des machos. Dans « Once upon a Time… », il massacre des femmes et des hippies ! Il passe ainsi du Trash politiquement correct au Trash politiquement incorrect. Je n’ai trouvé dans aucune critique, aucune interview de Tarantino de piste pour expliquer ce mystère...

mardi 20 novembre 2018

La mort dans les couples bourgeois

Sam Mendes est l’auteur de deux beaux films sur le thème du naufrage des couples bourgeois : American Beauty (1999) et Les Noces rebelles (2008). Dans le premier, c’est le mari qui s’ennuie pour basculer dans le sarcasme et la rêverie érotico-romantique. Dans le second, c’est la femme qui est déçue, manifestant rancœur et colère. Je ne sais pas si cet effet de symétrie est voulu, et s’il y a quelque chose de significatif dans le fait que le premier film vire au burlesque alors que le second donne dans le pathos. Façon de souligner la légèreté des hommes ? D’insister sur la plus grande douleur ressentie par les femmes ? En tout cas, chacun des films s’achève par la mort de celui qui ne supporte plus son couple… Faut-il l’interpréter comme la condamnation du couple bourgeois ou bien comme la condamnation de ceux qui seraient trop faibles pour l’assumer ?

mardi 16 octobre 2018

Aragon, la vive intelligence et la bêtise

C’est un mystère à mes yeux. Par quel maléfice les plus vives intelligences basculent-elles si souvent dans le dogmatisme, l’intransigeance, la dureté, même au prix des pires contradictions, même au prix des pitreries mentales les plus affligeantes ? Serait-ce l’effet d’esprits qui tournent un peu trop sur eux-mêmes ? Qui s’enivrent de leur propre orgueil ?

Une page du beau livre d’Entretiens de Pierre Boulez avec Michel Archambaud (Gallimard 2016) me confirme dans l’intuition que j’ai toujours eue sur Aragon, à la fois l’un des plus brillants esprits du 20ème siècle et prisonnier de sortes de pulsions de radicalité qui me semblent salir son œuvre.

« Ce qui m’a séparé de Jean-Louis Martinet et de Serge Nigg, ce fut le réalisme socialiste. Là, je n’ai pas du tout marché. Les thèses d’Andréï Jdanov, le ministre de la Culture de Staline après-guerre, et ses oukases sur la musique m’ont guéri à tout jamais du communisme. C’était absurde. Les nazis avaient déjà fait la même chose : eux aussi avaient légiféré sur ce qu’il fallait faire et ne pas faire en matière d’art. (…) André Fougeron et Louis Aragon étaient insupportables d’histrionisme et légiféraient en permanence sur la peinture acceptable et celle qui ne l’était pas. Aragon était toujours aux ordres des dernières malhonnêtetés du parti. Un jour, vous le trouviez faisant l’éloge de Tito, puis peu après, le même Tito était devenu la lie de l’humanité. Aragon n’était pas le seul, il y en avait beaucoup d’autres dans son genre, un homme politique comme Jean Kanapa, par exemple… » (Pierre Boulez, Entretiens, Folio p36)

lundi 25 juin 2018

Brigitte Bardot périmée ?

Au ciné-club, les étudiants n’ont semble-t-il pas été convaincus par deux films symptomatiques de la libération des mœurs dans les années 60 et 70. Les poses lascives de Bardot dans « Et Dieu créa la femme » les a plutôt laissés indifférents tandis que les virées picaresques de Dewaere et Depardieu dans « Les valseuses » ne les ont pas tant fait rire que ça. Surtout, ils ont été dérangés par la gifle que reçoit Bardot de la part de Trintignant à la fin du premier film, tout comme les scènes de harcèlement au cours du second. Finalement, la libération sexuelle a quelque chose d’archaïque à leurs yeux : ils pensaient découvrir des rapports outrageusement sexués, ils n’ont vu que des rapports sexistes. Femmes surjouant la femme, hommes surjouant l’homme… Au lieu de personnages révolutionnaires, des beaufs.