La littérature sous caféine


mardi 19 octobre 2021

Brutalité de Pialat, brutalité de l'art

Ironie des canaux de diffusion, c’est avec les plateformes de streaming américaines que je (re)découvre des pans entiers du cinéma classique français. Netflix m’a permis de compléter ma connaissance de la délicieuse filmographie de Jacques Demy, aujourd’hui je découvre grâce à Amazon l’intégralité de l’œuvre de Maurice Pialat.

A ce propos, je suis surpris par la grande force et, pour tout dire, par la brutalité des rapports humains que met en scène Pialat. On comprend de film en film que les protagonistes bourrus, sympathiques par leur enthousiasme mais insupportables par leur agressivité, leur façon de toujours dénigrer l’autre en des termes insultants, ressemblent sans doute au cinéaste lui-même, et c’est assez troublant. Quel plaisir y a-t-il à se plonger dans la psychologie mauvaise et tourmentée d’un créateur ? Je suis d’autant plus désarçonné que mes propres romans proposent souvent cet abord très rude, au-delà d’un style qui se veut léché . Sans doute une catharsis autant qu’un désir de se confronter à ce qu’il y a de capiteux, de radical dans toute existence humaine…

lundi 27 septembre 2021

Portraits impossibles

Je découvre grâce au beau livre de Gaëlle Josse, « Une femme en contre-jour », la vie mystérieuse et touchante de la photographe Vivian Maier. On dirait que, cherchant à saisir le secret des gens de passage, celle-ci se heurte au secret de sa propre existence. J’aime beaucoup la douce étrangeté de ses portraits. Quand j’écris mes romans, j’ai souvent cette sensation de me confronter à la dimension radicalement impénétrable de toute destinée – pour ne pas dire, impossible.

lundi 20 septembre 2021

Foujita

Je ne suis vraiment sensible ni au trait, ni aux coloris de Foujita, mais je me sens très attaché à son parcours d’artiste japonais converti au catholicisme, puisque je me sens catholique de culture et fasciné par le monde japonais. Je ne pouvais pas manquer la visite, à l’occasion des Journées du patrimoine, de la chapelle qu’il a fait construire à Reims et qu’il a peinte d’étonnantes fresques d’histoire chrétienne, savant dialogue entre deux esthétiques qu’on pensait plus éloignées.

lundi 14 juin 2021

Féminisme de la soumission

Fascinant de comparer deux classiques de l’érotisme à quarante ans de distance… « Emmanuelle » (1974) est manifestement conçu pour plaire aux hommes, avec ces jolies femmes qui se dénudent pour s’affranchir de la morale bourgeoise, rinçant l’œil des spectateurs au passage. « 50 nuances de Grey » (2015) préfère épouser le point de vue d’une femme, et il paraît assez évident que le public visé est féminin. On y trouve un nombre impressionnant de clichés des romans sentimentaux : le bel homme riche et ténébreux, sensible, cachant un redoutable secret… Mais le plus surprenant, à l’heure de la dénonciation tous azimuts du patriarcat, c’est de découvrir que le fantasme le plus brûlant de la psyché féminine – du moins, celle que nous présente Hollywood – est de se soumettre corps et âme à un homme puissant et à la sexualité inquiétante ! Bien curieuse révolution que cette esthétique BDSM…

mardi 21 avril 2020

Hollywood et le social trash

Pendant plusieurs décennies, Hollywood a poussé toujours plus loin les frontières de ce qui était regardable en termes d’horreur, et cela nous a donné par exemple le « torture porn » d’Eli Roth. Ayant sans doute atteint une limite en la matière, j’ai l’impression qu’Hollywood cherche aujourd’hui de nouveaux terrains de sensationnalisme, et je me demande si nous ne pourrions pas baptiser « social trash » cette nouvelle tendance consistant à mettre en scène le pire du pire en matière de sévices, notamment dans le cadre familial. Cela donne d’ailleurs lieu à des pépites en la matière, comme « Precious » (2009) dont l’héroïne tombe enceinte de son propre père, ou « Joker » (2019) dont le personnage se rend compte qu’il a été violé très jeune par son beau-père.

lundi 27 janvier 2020

Préférer les simagrées

C’est curieux, je suis resté complètement indifférent à deux films récemment adoubés par la critique… Le dernier Scorsese, The Irishman (Netflix, 2019), m’a fait l’effet d’une indigeste resucée de ses plus grands classiques, notamment Les Affranchis et Casino, mais sans l’énergie viscérale ni la créativité de ces derniers. Copié-collé sans âme et sans jeunesse, avec des acteurs usés jusqu’à la corde. Remix à tous les étages et sentiment de vacuité. Quant au film de Sam Mendes, 1917, il avait tout pour me plaire et promettait un feu d’artifice émotionnel – du sang, des larmes, de la révolte, de la beauté… Au lieu de quoi, quelque chose de froid et d’appliqué qui ne m’a pas inspiré le moindre frisson. Serais-je de glace en ce début de décennie ? Le dernier Tarantino m’a pourtant arraché des sanglots avec les simagrées de DiCaprio. Quant aux outrances du Joker, elles m’ont séduit. Je pensais que la maturité me forgerait un goût plus sûr, je commence à en douter.

lundi 23 septembre 2019

Le Trash politiquement correct

Dans ses précédents films, Tarantino massacrait des nazis, des racistes et des machos. Dans « Once upon a Time… », il massacre des femmes et des hippies ! Il passe ainsi du Trash politiquement correct au Trash politiquement incorrect. Je n’ai trouvé dans aucune critique, aucune interview de Tarantino de piste pour expliquer ce mystère...

mardi 20 novembre 2018

La mort dans les couples bourgeois

Sam Mendes est l’auteur de deux beaux films sur le thème du naufrage des couples bourgeois : American Beauty (1999) et Les Noces rebelles (2008). Dans le premier, c’est le mari qui s’ennuie pour basculer dans le sarcasme et la rêverie érotico-romantique. Dans le second, c’est la femme qui est déçue, manifestant rancœur et colère. Je ne sais pas si cet effet de symétrie est voulu, et s’il y a quelque chose de significatif dans le fait que le premier film vire au burlesque alors que le second donne dans le pathos. Façon de souligner la légèreté des hommes ? D’insister sur la plus grande douleur ressentie par les femmes ? En tout cas, chacun des films s’achève par la mort de celui qui ne supporte plus son couple… Faut-il l’interpréter comme la condamnation du couple bourgeois ou bien comme la condamnation de ceux qui seraient trop faibles pour l’assumer ?