La littérature sous caféine


lundi 26 octobre 2020

Chez Ruquier, consensus mou après l'assassinat de Samuel Paty ?

Mon passage chez Ruquier, samedi soir, dans un débat sur la liberté d'enseigner.
Je l'avoue, j'ai mis les pieds dans le plat.
Je trouvais qu'il régnait un étrange consensus mou sur le plateau, alors que je m'attendais à un climat de colère une semaine après l'assassinat de Samuel Paty.
A partir de 1h10.

jeudi 22 octobre 2020

Le courage des professeurs

Tribune publiée dans Le Monde le 20 octobre 2020, pour réagir à l'assassinat de Samuel Paty, présentée sur internet sous le titre "Comme tous les professeurs, j'ai honte d'appartenir à une institution si faible", et, dans la version papier, sous le titre "Refuser l'omerta dans les salles de classe": "C’est une qualité que réclame le métier mais dont on parle peu. Qui parmi les pédagogues aurait l’idée de faire l’éloge de ce dont l’actualité nous offre le spectacle chaque jour, à savoir le courage des professeurs ?

Je ne parle pas seulement du courage intellectuel mais du courage physique, sans lequel le premier n’aurait aucun sens. Tout professeur ayant enseigné dans ce que j’appelais en 2011 « les territoires difficiles » a forcément affronté un jour ou l’autre le spectacle de dégradations, de bousculades, de coups subits par des élèves ou par des collègues. Ce climat de brutalité fait partie de son quotidien. Il pourra s’en émouvoir, s’en accommoder ou en faire un motif supplémentaire de fierté pour son sacerdoce.

A l’heure où le fascisme islamiste a forcé les portes de l’institution, comme il menaçait de le faire depuis des années sans qu’aucune de ces organisations syndicales ou humanitaires paradant aujourd’hui dans les manifestations n’agissent en conséquence, une réflexion sur la violence subie par les professeurs devient indispensable.

Tout d’abord, il faut insister sur la solitude du professeur face à l’institution, qui ne sait pas ou ne veut pas le protéger. Les affaires d’enseignants mis en difficulté par des classes où joue l’excitation de mettre un homme à terre, et à qui la hiérarchie n’apporte pas de support élémentaire, sont légions, parfois soldées par la mort honteuse des victimes, dont le seul tort est la maladresse ou la faiblesse. Ne parlons pas de ces diplômés de fraîche date que l’on envoie depuis des décennies dans les pires établissements, au mépris de leur santé comme de la réussite des élèves.

Le hashtag PasdeVague, surgi spontanément en 2018 après les menaces par arme à feu subies par une enseignante, a révélé la profondeur du malaise. Mais rien n’a été fait, en dépit des promesses. On a trop espéré d’un système pourtant miné par la paresse, la peur et le manque de moyens. On a refusé de nommer les réflexes d’omerta. Plus grave, l’affaire Mila nous a démontré jusqu’à la nausée que l’institution renonçait à protéger une adolescente menacée dans son intégrité physique pour des paroles certes malheureuses mais légales. Il n’est pas exagéré de parler d’infamie, de la part d’une part importante de la classe politique et d’une administration qui s’est tout de suite couchée devant la meute. Comme de nombreux professeurs, je me sens honteux d’appartenir à une institution si faible. Pour le coup, la seule personne courageuse est restée Mila : la terreur a fait taire tous les autres.

Cette réticence d’un corps de métier à nommer la violence dont il est victime, réticence qui fait son courage paradoxal, j’ai mis du temps à la comprendre. Je crois pouvoir maintenant avancer deux raisons principales.

Tout d’abord, si les professeurs ont tendance à trouver des excuses aux jeunes gens brutaux, c’est que le sens de leur métier est de les accompagner, de les mener patiemment hors de l’adolescence. Au fond, le professeur s’inscrit dans une forme de compagnonnage avec l’élève, à l’écart du monde adulte et pour l’y préparer. Il ne conçoit pas l’élève comme un adversaire mais comme un protégé, presque comme un ami. Dans ces conditions, les réticences du corps professoral à dénoncer les écarts de conduite de ses ouailles seront toujours très fortes.

La seconde raison tient à une compréhension partielle du phénomène de la violence. Pour la gauche dite sociale, la violence est avant tout le fruit de la pauvreté : elle doit donc s’attirer la compassion plus que la sévérité. Jusqu’à maintenant, les syndicats n’ont toujours avancé que cette explication. Pour une gauche plus radicale, qu’elle soit marxiste ou non, la violence suscite de la fascination pour la charge révolutionnaire dont elle est porteuse. Or, c’est oublier qu’il existe des formes de violence impardonnables, dont notre société démocratique et libérale ne peut s’accommoder, des violences crapuleuses et criminelles que le contexte ne suffit pas à expliquer, voire des violences fascistes, comme celle à laquelle nous venons d’assister, qui ne méritent aucune complaisance. A cet égard, nous payons aujourd’hui la sous-estimation de ce que l’islamisme a de singulier, et que la pauvreté ne suffit pas à éclairer – rappelons que certains terroristes viennent de classes éduquées.

Pour conclure cet article trop rapide, le drame que subit aujourd’hui la communauté éducative me rappelle celui que subit précisément Charlie Hebdo, et l’ensemble de la gauche avec lui, celui d’une fracture terrible et sanglante au sein d’un même camp politique, partagé désormais en deux factions : une gauche universaliste, clamant l’existence de droits individuels transcendant toute appartenance communautaire – dont celui de la critique et de la moquerie – et une gauche plus en phase avec l’époque, préférant aux droits individuels les droits des identités collectives à ne pas être bafouées.

Samuel Paty s’inscrivait nettement dans le premier camp, il l’a payé de sa vie. J’ai bien peur que la volonté collective de rétablir la simple sécurité pour ceux qui voudraient se prévaloir de valeurs qu’on croyait acquises, comme le droit à la critique, soit plus faible qu’on ne l’imagine. Il suffit de se rappeler que madame Belloubet, Garde des Sceaux, interprétait les saillies de Mila contre l’Islam comme une attaque contre la liberté de conscience, contresens indigent. C’est un triste constat qui s’impose : la nécessité du courage pour les professeurs a de beaux jours devant elle.

Aymeric Patricot est enseignant, essayiste et romancier. Il a publié deux livres sur le métier de professeur, « Autoportrait du professeur en territoire difficile » (Gallimard, 2011) et « Les bons Profs » (Plein jour, 2019)."

mercredi 21 octobre 2020

Samuel et Mila, même combat ?

Ma réaction à la décapitation de Samuel Paty sur Sud Radio

lundi 12 octobre 2020

En septembre...

... j’ai lu Charlie Hebdo, journal satirique embourbé dans la tragédie / J’ai persévéré dans l’écoute d’Olivier Messiaen sans en récolter tous les fruits / J’ai découvert les films de Xavier Dolan, dont j’ai goûté la passion / J’ai dévoré plusieurs romans de la rentrée littéraire pour y piocher de beaux chapitres / J’ai renoncé dès les premières minutes à comprendre Tenet et ça ne m’a pas gâché le film / Je me suis laissé bercer par le rock savant de Grateful Dead / J’ai complété mon rayon « romans d’aventures » par l’œuvre délicate et vigoureuse de Jack London /J’ai redécouvert Nietzsche dont l’esprit taquin me paraît faire pièce à l’époque / J’ai appréhendé la rentrée des classes avec masque mais, comme à peu près tout le monde, j’ai fini par m’y faire

mardi 29 septembre 2020

Non, les tueurs de Charlie ne se sont pas trompés de cible

Depuis plusieurs semaines maintenant j’achète Charlie Hebdo pour suivre le compte-rendu du procès. L’humeur n’y est pas à l’humour, c’est le moins qu’on puisse dire… Ce n’est plus un journal satirique mais un journal tragique, coulé dans un bain glacial, avec quelques blagues pour le principe mais auxquelles plus personne ne croit. Il faut dire qu’on perdrait l’envie de plaisanter pour moins que ça…

Evidemment, le curieux titre de la double-page d’ouverture du numéro du 16 septembre sonne comme une épouvantable antiphrase : « L’autre survivant du 7 janvier : le rire ». Yannick Haenel se charge avec talent du compte-rendu du procès. Il décrit bien la misère morale des complices et le pathétique du témoignage des victimes, au point qu’on a désormais l’impression de lire une sorte de Nouveau détective version NRF.

Il m’arrive cependant d’être frappé par ce que j’estime être de véritables erreurs d’interprétation – bien que je reste éloigné des événements – comme dans le paragraphe suivant publié le 16 septembre :

« Honoré dessinait pour dénoncer les conditions de vie en prison. Tignous dessinait pour dénoncer les injustices sociales. Les dessins de Charlie Hebdo donnent la parole à ceux qui n’ont pas la parole. Et c’est eux, les dessinateurs de Charlie, qui sont tués. Ils sont tués par des gens que leurs dessins, politiquement et socialement, défendent : des enfants des banlieues que leur frustration sociale aveugle, et que le fanatisme religieux capture et rend monstrueux. Franchement, on n’appelle pas ça se tromper de cible ? A l’abjection du meurtre s’ajoute la bêtise consternante, et l’on sait que la bêtise conduit au crime, la preuve. »

Je pense que Yannick Haenel se trompe. Les assassins connaissaient ceux qu’ils visaient. Ils agissaient non pas en victimes de la pauvreté mais en fanatiques religieux. Toujours réduire la dimension culturelle à ses causes sociales conduit à de sacrés aveuglements. La question des identités, des croyances et des traditions n’est décidément pas soluble dans la question des salaires et des sujétions économiques – comme nous l’a d’ailleurs récemment rappelé Jean Birnbaum avec son « Silence religieux – la gauche face au djihadisme ». Elle existe en soi, distincte de la question sociale, à laquelle elle se mêle parfois pour compliquer la donne.

En somme, Yannick Haenel oublie que le Français d’origine immigré n’est pas défini par sa seule pauvreté. Quand on prend sa défense en tant que pauvre, il ne nous aimera pas forcément en tant que croyant. Et s’il peut avoir tendance à voter à gauche pour des raisons d’ordre économique – et même historique – il pourra penser à droite quand il s’agit de questions sociétales. Est-il utile de rappeler que l’opposition au mariage pour tous n’était pas l’apanage des seuls catholiques ?

Il est assez curieux que cette naïveté se perpétue dans les pages d’un journal qui en a déjà payé le prix du sang. Cette naïveté que je relevais précisément dans « La révolte des Gaulois » chez un célèbre écrivain américain, Russel Banks, qui déclarait eu substance dans un entretien publié par la revue America dirigée par François Busnel que les Démocrates avaient intérêt à favoriser l’immigration dans la mesure où celle-ci gonflerait mécaniquement les réserves de voix de la gauche. Quel calcul de court terme ! Il est fréquent que les populations immigrées proviennent de pays plus structurellement conservateurs. Il n’est que de penser à la population d’origine mexicaine, beaucoup moins portée à voter démocrate que les Afro-américains.

Le cri du cœur de Yannick Haenel a ceci de pathétique qu’il est assez candide, en même temps qu’il témoigne de la fracture qui partage désormais la gauche française, entre une gauche dite universaliste, estimant que le droit de caricaturer et le devoir d’accepter de l’être valent quelle que soit son origine ethnique et sociale, et une gauche plus radicale estimant que l’humiliation sociale vaut un certain passe-droit en la matière : il devient interdit de se moquer de la culture d’une personne si celle-ci fait partie des humiliés du capitalisme moderne.

Les tueurs de Charlie ne se sont donc pas trompés de cible : c’est Charlie qui persiste – en partie, car dans l’équipe on trouve notamment Riss, qui se montre lucide et combatif à ce sujet – à se tromper d’ennemi, refusant de voir qu’il existe des réactionnaires dans toutes les parties du monde et dans toutes les couches de la société, et des complices de ces derniers dans les rangs de gens qui prétendent les combattre.

mardi 22 septembre 2020

"Entre élèves et professeurs, le gouffre du temps qui passe" (Le Monde, 21.09.2020)

Première tribune d'une petite série consacrée au métier de professeur, publiée dans les pages du Monde

"Entre élèves et professeurs, le gouffre du temps qui passe

Le professeur avance en âge et chaque année, chaque rentrée scolaire, grandit le fossé qui le sépare de ses élèves. Dans leurs discours, il entend quelque chose d’étrange et de nouveau. Mais c’est précisément l’un des charmes du métier que de rester en contact avec ces adolescents. Face à la classe, le professeur éprouve un certain état de la jeunesse – après tout, la centaine d’élèves qu’il pratique en moyenne chaque année représente un bel échantillon. Il peut alors mesurer ce qu’il partage avec elle comme ce qui l’en sépare.

Par la force des choses, cet écart grandit à mesure que la carrière se déroule. Et l’amusement le dispute à l’angoisse : amusement de découvrir chaque année de nouvelles expressions, de nouvelles passions, de nouveaux réflexes ; angoisse devant les différences de perception, que le professeur a tendance à interpréter comme de nouvelles formes d’ignorance ou d’indifférence par rapport à des valeurs qu’ils jugent essentielles.

Deux mondes

Après tout, quand il fait cours, le professeur en apprend autant que ses élèves. Si ces derniers tirent quelques leçons de son enseignement et du spectacle de sa personnalité, le professeur lui-même s’enrichit du contact avec les classes. Mais il se pourrait bien que la leçon soit amère : il réalise que la morale évolue. Ses élèves sont désormais là pour lui rappeler que deux mondes différents vivent en parallèle, deux mondes qui se confrontent dans la classe.

Sans surprise, c’est à l’occasion d’événements graves que j’ai pu prendre conscience de ce gouffre. Puisque les questions d’actualité me taraudent, j’ai toujours aimé aborder certains thèmes par le biais d’articles ou d’exposés, que ce soit au lycée, en BTS ou en école préparatoire. A ce moment-là, je guette les attitudes des élèves autant que ma propre façon d’aborder les choses, révélatrice de l’attitude que l’époque me suggère.

Les événements de Charlie Hebdo ont été l’un des jalons de cette prise de conscience. A vrai dire, j’avais abordé la question bien avant les attentats. En BTS, quelques années plus tôt, dans le cadre d’un cours où le débat servait de prétexte à des travaux écrits, j’avais soumis à une classe de Seine-Saint-Denis des articles de Charlie Hebdo, afin d’ouvrir une discussion sur le thème de la liberté d’expression. A l’époque, le journal satirique avait fait le choix de publier les fameuses caricatures de Mahomet, et je n’avais pas hésité à en proposer l’examen à la classe.

Les réactions avaient surtout été de surprise. Aucun élève ne connaissait le journal, certains avaient entendu parler de l’affaire sans avoir vu les caricatures. Personne n’avait l’idée de ce que pouvait signifier Mai 68 ni anarchisme, liberté de conscience, anticléricalisme… En tant que musulmans, la plupart des élèves désapprouvaient la publication de tels dessins, sans pour autant marquer d’agressivité. « Ils vont loin, quand même ! » s’était exclamé l’un de ceux que cela faisait plutôt rire. En fait, ils découvraient surtout un univers, celui de la presse, celui d’une certaine liberté de ton gauloise dont ils étaient curieux de savoir ce que j’avais à en dire. Pour ma part, je profitais de mon poste dans le 93 pour tâter le terrain comme peu de journalistes pouvaient espérer le faire.

Indifférence

Quelques années plus tard surviendraient l’attentat, puis les manifestations, puis les débats, jusqu’à ce jour où débute le procès des complices. Et, comme j’ai pris l’habitude de le dire aux élèves sans que cela ne les émeuve, je pense que « Charlie Hebdo a perdu » – le signe le plus sûr de cette défaite étant précisément l’indifférence que je perçois dans les classes à propos de ce genre de considération, et même l’hostilité qu’elles manifestent à l’égard des critiques ou des provocations vis-à-vis de la religion musulmane : qu’ils soient musulmans ou non, tous les élèves prenant la parole à ce sujet considèrent comme inconvenant, voire condamnable, d’avoir des mots stigmatisant l’Islam ou de dessiner Mahomet dans des postures ridicules.

Et pourtant, mon public a changé : des classes en difficulté de Seine-Saint-Denis, je suis passé aux classes préparatoires de l’Aube. On aurait pu imaginer que ces dernières développent une certaine réflexion sur la nécessité de la liberté d’expression, ses limites, ses brutales remises en causes. Or, pas du tout : la gêne, le silence, le renoncement à prendre la parole m’incitent à penser que, décidément, l’idéal d’une démocratie du débat viril s’est éclipsé au profit d’une vision plus irénique, où le respect des cultures perçues comme minoritaires devient la valeur cardinale et où chacun s’accorde le droit de se retrancher, avec l’accord des autres, derrière l’épaisseur de ses propres principes.

Tout cela non pour me plaindre que les temps changent ou que la morale républicaine se perde, affaiblie par un certain principe de prudence appliqué à la prise de parole publique, mais pour prendre acte de ce temps qui passe et qui bouleverse si profondément la donne que le professeur, par son contact privilégié avec la jeunesse peut ressentir un vertige. Dans quelle mesure doit-il changer ses discours ? Dans quelle mesure doit-il s’accommoder de l’époque ou lutter contre ses tendances profondes ? Pour ma part, je m’en sors en soulignant précisément le contraste entre la morale du jour et celle qui prévalait hier encore, suggérant quelle pouvait être la mienne sans faire de prosélytisme pour autant.

Ce qu’il y a par ailleurs de fascinant dans ce gouffre, c’est qu’il a été creusé par la génération à laquelle appartient le professeur lui-même. Par ses actes, par ses pensées, par son éducation, celle-ci a forgé la génération suivante, tout au moins dressé le cadre sur fond duquel celle-ci se définit. Dialoguer avec la jeunesse, c’est découvrir ce que notre passé contenait en germe, et l’impensé qui le travaillait.

D’une certaine manière, le trouble qui saisit aujourd’hui le professeur ressemble à l’angoisse ressentie par les Gaullistes devant la jeunesse qui se soulevait en 68 : cette dernière se plaignait de s’ennuyer, un comble pour des adultes estimant qu’elle avait la chance de grandir au sein d’une prospérité chèrement acquise.

Aujourd’hui, ce n’est plus la surprise d’aînés trop sérieux ne comprenant pas l’oisiveté de leurs enfants, mais l’amertume de républicains devant ce qui leur paraît être, chez des jeunes bousculés par la société multiculturelle et s’adaptant à elle, un renoncement à certains principes universalistes.

Bien sûr, l’énergie foncière des élèves reste une source inépuisable d’inspiration pour le professeur, et force son optimisme. Mais il devra éviter les deux pièges qui le menacent en tant que professionnel vieillissant : le fatalisme et la crispation. S’il résiste à la double tentation du « Nous ne pouvons rien aux temps qui changent » et du « Ces enfants n’ont décidément rien compris », alors il trouvera le principe d’une pratique accueillante et ferme de son métier, toute en modestie par rapport aux effets du temps."

lundi 14 septembre 2020

Homosexuels, fascistes et Gilets jaunes

Le roman de Tom Connan, « Radical » (lu pour le Prix Rive gauche à Paris 2020) a le mérite d’évoquer un phénomène presque tabou, celui du vote d’extrême-droite et même de l’activisme chez une frange non-négligeable de la communauté gay. Dans un style très houellebecquien (alternance d’analyse et de récit, scènes de sexe très crues, goût pour les personnages dépressifs), le livre propose par ailleurs une analyse (partagée par l’un des protagonistes, mais dont on sent qu’elle pourrait être celle du narrateur) du mouvement des Gilets jaunes très proche de celle de « La révolte des Gaulois », à savoir que la dimension culturelle du soulèvement est sans doute plus décisive que ses dimensions économiques et sociales.

A propos de « fascisme homosexuel », je me m’y étais intéressé voilà quelques années, proposant même à l’un de mes éditeurs de me lancer dans l’écriture d’un roman sur ce thème. « Malheureux ! m’avait-il répondu. Tu vas te mettre à dos toute la communauté gay, ce sera terrible. » J’avais pourtant en tête de sérieuses références, puisque je venais de lire de magnifiques livres de Mishima fantasmant des corps de métal et des morales d’acier, sur fond d’amours homosexuelles. Tom Connan vient de déflorer le thème sur le sol romanesque français.

« Nous nous étions réfugiés avec Simon à La Palette, un bar de la rue de Seine qui fermait tard.
En début de soirée, nous avions été voir l’interminable film Magnolia, avec un Tom Cruise plus improbable que jamais, dans un petit cinéma proche de la rue Soufflot qui ne passait que des vieilles pellicules. Il était 23 heures et nous n’avions toujours pas dîné.
« Alors, comment ça se passe, ton bouquin ? Tu avances sur tes mecs de droite ? demandai-je, sourire en coin.
- Ouais, ça avance, de toute façon l’intuition est là, il faut juste que je la mette en forme, mais je sens que c’est la bonne piste. D’ailleurs, on voit qu’il y a une colère de dingue qui monte, et pour une fois elle vient du peuple profond. Pas des lycéens des beaux quartiers ou des profs.
- Ouais… Mais en quoi ça confirme ton hypothèse ?
- Bah, ça me paraît évident ! Le peuple profond, il est carrément de droite. Plutôt blanc, de culture catho et avec de vieux relents xénophobes… La France de Pernaut, quoi ! Ceux qui manifestent tous les samedis. » » (Radical, page 91)

lundi 7 septembre 2020

En juin-juillet...

... J’ai découvert avec « Né d’aucune femme » de Franck Bouysse qu’on pouvait encore aujourd’hui écrire des romans gothiques / J’ai été heureux d’apprendre que Michel Legrand avait composé un disque pour Sarah Vaughan / J’ai comparé les premiers films de Truffaut et de Demy et force est de reconnaître que le second l’emporte haut la main / J’ai réalisé que Pierre Jourde avait écrit un livre dont je mûrissais précisément le projet, « La littérature monstre » / Je me suis remis à lire de la belle critique littéraire comme au temps de mon agrégation avec Marc Fumaroli ou Patrick Dandrey / J’ai visité quelques châteaux de la Loire en buvant du Saumur-Champigny