La littérature sous caféine


Michel Houellebecq et le prénom Aymeric

Quelques remarques en vrac sur le dernier Houellebecq, « Sérotonine » (2019) :

Je n’ai trouvé qu’une seule occurrence du mot « pénible », pourtant pléthorique d’habitude chez notre auteur ; en revanche « bite » et « chatte » restent assez présents, au détriment de d’ailleurs de « couille », quasiment absent dans l’ensemble de la geste houellebecquienne, me semble-t-il / Je suis ravi que le principal personnage secondaire s’appelle Aymeric, qu’il soit par ailleurs d’origine noble et normande ; j’avoue que sa fin tragique n’est pas tout à fait pour me déplaire / La scène de pédophilie passe plutôt bien, beaucoup mieux intégrée dans le récit que la scène de zoophilie qui tombe, elle, comme un cheveu sur le soupe (en l’occurrence, comme un poil canin sur un vagin nubile) / Cette scène de révolte de paysans bloquant un bretelle d’autoroute est évidemment stupéfiante, pour peu qu’elle ait vraiment été écrite avant le début de la crise des Gilets jaunes (ce qui du reste est probable) ; coup sur coup, Houellebecq a réussi le prodige d’anticiper à quelques jours près le surgissement d’une réalité à peine entrevue, rien que pour ça son œuvre fascinera encore longtemps / Je persiste à penser qu’il a livré quatre chefs-d’œuvre avec ses quatre premiers romans et que les trois suivants (dont « Sérotonine ») marquent un certain retrait, soit par la redite, soit par le sentiment qu’ils donnent de ne pas savoir exactement où aller ; à cet égard, les cent premières pages de « Sérotonine » m’ont fait l’effet d’une autoparodie poussive et assez gênante / Par la suite, le roman prend son rythme et la partie centrale décrivant la désespérance du monde agricole fonctionne très bien, même si l’on aurait aimé qu’elle soit développée, approfondie / Le narrateur est dépressif au dernier degré et j’avoue avoir eu du mal à croire à ce degré de désespoir, à 46 ans, pour une question d’échec amoureux ; je suis pourtant adepte des littératures de la dépression / J’ai cru noter une certaine inflexion du style vers une manière plus relâchée, avec des phrases sinueuses et volontiers répétitives : une manière d’épouser le lyrisme du propos, puisqu’il s’agit bien d’un roman dont le message ultime est romantique ? A moins qu’il ne s’agisse d’un mélange d’épuisement et de paresse ? / La photo de quatrième de couverture esquisse un sourire tellement évanescent que je me demande s’il n’est pas plus triste que n’importe laquelle des photos du Michel rêveur et accablé que nous connaissons / Enfin, le livre propose tellement de vannes, d’ailleurs souvent drôles, qu’on dirait le texte-support d’un véritable stand-up.


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