La littérature sous caféine


La droite masturbatoire (Le Faste des Morts, de Kenzaburo Oé, suite)



Achevant ma lecture du recueil Le Faste des Morts (titre et couverture splendides), je tombe sur de beaux paragraphes largement inspirés du Sartre de L’Enfance d’un Chef (une nouvelle phare du recueil Le Mur) : Oé Kenzaburô cherche à saisir, dans la nouvelle Seventeen, l’un des tout premiers textes de sa carrière, dans les années 50, la psychologie d’un jeune étudiant basculant dans une idéologie de droite dure (pas grand-chose à voir avec le fascisme à la française, d’ailleurs, puisqu’il s’agit ici de se soumettre à un Empereur authentiquement divinisé).

Le Prix Nobel en fait un jeune homme mal dans sa peau, maladivement focalisé sur la masturbation, et qui retrouve dans l’idéologie le minimum de confiance en lui sans lequel il ne parviendrait pas à s’insérer dans la vie sociale. On comprend que le texte est ironique… Et il est intriguant de voir à quel point Oé représente la position romanesque quasiment inverse, point par point, de celle de Mishima (Mishima sacrifiant, lui, au culte du corps et de la force des armées japonaises…).

« Maintenant je me rendais compte que ma nature faible et vile avait été enfermée dans une armure hermétique pour être éloignée à jamais des regards d’autrui. C’était une armure de droite ! A peine avais-je fait un premier pas que les filles poussèrent un cri, mais elles ne pouvaient pas s’enfuir, comme si leurs pieds étaient cloués au sol. La peur qui faisait battre un sang brûlant dans leur poitrine provoqua en moi une joie spirituelle aussi violente qu’une pulsion sexuelle. J’ai hurlé :

« Où est le problème avec la droite ? Hé ! Ca vous dérange peut-être qu’on soit de droite ? Espèces de putes !
» » (p154)

COMMENTAIRES

1. Le mardi 17 avril 2007 à 22:59, par manue

Ca me fait penser à une des chansons à la mode de Renault, le chanteur engagé avec l'accent parigo, qui dis quelque chose sur les bobos votant à gauche, mais pensant à droite; bref, c'est la mode.

Et comme dis si bien argh j'oublie le nom d'un de nos plus grands écrivains de théatres: "ce qu'il y a de beau dans la mode, c'est que ca meurt vite".

2. Le mercredi 18 avril 2007 à 08:09, par manue

Jean Cocteau a dis cette jolie phrase.

3. Le mercredi 18 avril 2007 à 13:52, par mister pat

Pas mal la citation ! Je l'utiliserai la prochaine fois que j'aurai à avouer que j'aime le R&B : "j'adore les tubes de skyrock, mais vous savez, hein, c'est parce que je trouve tres beau que ces chansons meurent aussi vite !..."

4. Le jeudi 19 avril 2007 à 07:43, par manue

Um. Je ne peux pas penser au R&B comme un style qui peut "mourir" vraiment. c'est comme le classique, l'electro, le blues, le jazz, funk, hip hop, ambiant, bref, tous ses styles de musiques qui sont l'"âme" même de la musique (pour utiliser un gros mots:). Ces Styles ne peuvent pas mourir, ils peuvent juste être transformés, mais leurs essence restera à jamais. En tout cas temps qu'il y aura des humains pour se souvenir.
Comme une fleur, on peut les cloner, les muter, les tout ce que notre imagination peut y faire, mais c'est toujours à la fleur qu'on pense.

Moi qui croyais que Skyrock c'est de la pop, ben j'ai appris quelque chose;)

5. Le jeudi 19 avril 2007 à 11:41, par mister pat

Oh non, skyrock ce n'est pas la pop !! d'ailleurs bcp de rappeurs crachent sur la pop : trop fade, trop gentille, trop associée aux dominants...
Je te trouve bien optimiste par rapport au RNB: la plupart des mélomanes le considèrent comme tout simplement insignifiant... Pour ma part j'ai du plaisir à l'écouter, mais je ne me fais pas trop d'illusions sur son avenir...

6. Le jeudi 19 avril 2007 à 17:47, par manue

Tiens, ben, faudra que j'essaye skyrock un jour alors.
Ce serait dommage de cracher sur la pop, c'est quand même jolie de belles mélodies avec des paroles rassurantes. Et puis, de nos jours, beaucou de ce qu'on nomme le "hip hop" est aussi devenue de la pop. C'est populaire, ca se vend, ca sent le pop corn.

Pour le R&B, je le vois comme un dérivé du blues, sans le quel le rock n roll n'aurais jamais vue le jour. Le hip hop est en fait un dérivé du rock, donc du blues, bref, je vois le blues comme une des racines essentielles de la musique. Comme toute racines, y'a pleins de plantes qui en pousse. Tant qu'il y aura des plantes, y'aura du blues dans l'air;)

Pardon pour les allusions plantales, j'ai passé la journée à travailler dans le jardin.
Puis merci pour m'appeler une optimiste, ca fait super plaisir:)

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