La littérature sous caféine


Le comble de l'ignominie

Je m’apprêtais à détester le livre de Tony Duvert, « Quand mourut Jonathan » (Editions de Minuit, 1978), tant le thème annoncé paraissait ignominieux : une relation pédophile assumée (avec un garçon de 7 ans), proche de l’autobiographie, et conclue par le suicide du garçon quelques années plus tard. Je me disais qu’on touchait là quelque chose comme le pire en matière de bassesse. Et puis, le livre m’a dérouté par sa qualité littéraire d’une part – une vraie belle prose traversée d’éclairs sensuels ou satiriques, truffée de notations sensibles –, par son étrange manque de scrupules de l’autre : la pédophilie y est présentée comme une chose belle et douce, plus respectueuse de l’enfant que la société traditionnelle. Le livre n’est pas si vieux, pourtant, mais on dirait le fruit tombé d’un autre monde, et devenu répugnant.

J’ai beaucoup pensé en le lisant au « Voyage dans l’Est » (2021) de Christine Angot, qui livre l’autre point de vue d’une relation condamnable, celui de la victime, mais en montrant là aussi que l’auteur du forfait vit la relation comme une chose naturelle. Aucune conscience d’un crime, aucun remords, et cela donne pour le lecteur quelque chose de tout à fait saisissant. J’imagine que le prochain roman de Claire Castillon, « Les longueurs » (janvier 2022), qui donnera également la parole à une victime, fera ce genre d’effet.


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