Il y a peut-être cinq ans, Alexandre Lacroix, maintenant rédacteur en chef du magazine à succès Philosophie Magazine, me disait : "C'est marrant, tu écris surtout sur les rapports hommes-femmes... Moi, ce n'est pas quelque chose qui m'obsède." Aujourd'hui, c'est un roman qu'il publie chez Flammarion, De la supériorité des femmes ("Et de leurs conséquences tragiques", précise le bandeau), explicitement consacré à la chose - plus précisément, la séparation difficile entre le narrateur et une dénommée Mathilde, quelques années après la naissance de leur fils. A croire qu'on en revienne toujours, à son corps défendant, à ces questions relatives au couple, à l'amour, à la sexualité...

"Il y a un côté commercial dans l'amour. L'acte sexuel ressemble à une négociation. Le but ? Atteindre un record qui ne lève aucune des deux parties. D'ailleurs, cette dimension se révèle progressivement. Les accords tarifaires arrivent assez tard dans l'évolution d'un couple. Si je te suce, tu vas en faire autant. Si tu te prêtes au 69 - que tu n'apprécies pas -, tu pourras en échange me griffer. Si tu jouis la première, tu me laisses finir quand même. Si je te lècge les orteils, tu m'autorises à te fourrer trois doigts dans la chatte. Si tu avales mon sperme, je te ferai ensuite un long câlin immobile et tendre. Chaque couple aguerri possède ses conventions tacites, son jeu subtil de poids et de mesures." (p79)

Dans ce roman cru, volontiers provocant, parfois désinvolte, et à propos duquel la presse est partagée (Le Figaro a dit de lui qu'il "bandait mou", mais le Nouvel Obs s'est avoué séduit), ce sont les pages consacrées au rapport du narrateur avec son fils qui m'ont le plus intéressé - on y sent une tendresse qui semble avoir déserté le terrain des relations conjugales (du moins dans les pages qui nous sont données à lire...)

"J'attrape un roseau cassé pour Julien. "Tiens, ça peut te faire une épée..." Tout à coup, je perçois un vrombissement dans notre dos. Un canot à moteur, avec un couple à bord, arrive à notre hauteur. Ca y est, ils m'ont vu. Ils ont l'air étonné, pour peu qu'on puisse deviner l'expression de leurs visages malgré leur larges lunettes de soleil (ndr: le narrateur est nu). L'homme hoche le menton avec réprobation, la femme me fixe. Déjà, ils s'éloignent.
Pourquoi j'éprouve, à être surpris en flagrant délit de nudité avec mon fils, un vague sentiment d'indignité ?"
(p125)