La littérature sous caféine


Le surréaliste intégral

J'ai toujours trouvé qu'il y avait contradiction dans l'œuvre de Breton entre son éloge du rêve et son attitude intransigeante, sa fâcheuse tendance à excommunier. Des spécialistes rétorquent qu'il fallait ces principes de feu pour une période de remous politiques. Il fallait aussi des règles pour tenir un programme artistique si révolutionnaire. Je le soupçonne malgré tout d'avoir caché sous cette posture de manitou un goût pour le pouvoir. N'est-il pas absurde de vouloir régenter le surréalisme ? On n'entre pas en révolution existentielle pour subir la férule de nouveaux flics. Je suis soulagé de lire dans l'étonnant "Journal d'un génie" de Dali - certains comme Soupault l'accusaient de salir le mouvement - que la rupture entre les deux mages est effectivement intervenue à l'occasion de ce débat. Et malgré le caractère loufoque du texte, je dois bien avouer que je penche du côté de la sensibilité dalienne : liberté totale en matière de création ! "Quelqu'un comme moi qui prétendais être un vrai fou, vivant et organisé, d'une précision pythagoricienne dans le sens le plus nietzschéen du mot, ne pouvait exister. Arriva ce qui devait arriver : Dali, surréaliste intégral, postulant une absolue absence de contrainte esthétique ou morale, animé de la "volonté de puissance nietzschéenne", affirma que toute expérience pouvait être portée à ses limites extrêmes, sans solution de continuité."


COMMENTAIRES

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Les commentaires pour ce billet sont fermés.