La littérature sous caféine


mardi 4 août 2026

Un bon Nolan, un mauvais Homère

Nolan aura donc livré une excellente version de l'Odyssée (grande réussite des scènes horrifiques ou guerrières, pistes séduisantes d'interprétation comme cette idée qu'Ulysse est avant tout traumatisé), avec un bémol cependant : non pas les concessions trop appuyées à l'époque, ni la bande-son relevant davantage du sound design, mais une curieuse façon d'effacer tout le féerique de l'épopée. Comme dans "Troie", les dieux disparaissent - Zeus, Poséidon, Hermès. Même Athéna n'existe que dans l'esprit d'Ulysse. Seuls les monstres et les morts crèvent l'écran. Toute merveille et toute beauté semblent avoir disparu, y compris sur les visages d'acteurs qui ne sont pas filmés à leur avantage. Calypso n'est plus qu'une femme éteinte sur une plage stérile. Évacuée , Nausicaa. Circé n'est qu'une vieille folle dénuée de sensualité. Les sirènes sont sensuelles, elles, mais on les voit de si loin qu'elles se confondent avec la roche. Quant au lit des retrouvailles torrides d'Ulysse et Pénélope, lui aussi passe à la trappe. Rétrospectivement, le cinéma de Nolan que j'admire beaucoup me paraît marqué par un certain refus du plaisir, qui se voit à l'écran par des univers toujours un peu gris. On se croirait presque chez Pasolini. Vaste réflexion sur le thème de la dépression ? Le film restera, et j'en suis ravi, mais il aura le mérite aussi de ne pas effacer de précédentes versions plus contrastées ni d'en interdire de futures.

Roussel



Comme chaque 14 juillet au Père-Lachaise, un hommage a été rendu à Raymond Roussel conjointement à un artiste enterré dans le même cimetière et non sans rapport avec lui - cette année, Max Ernst. Le Cercle potache ne pouvait manquer l'occasion de se joindre à une telle manifestation de bon goût pataphysique. Je suis allé assister aux déclamations de quelques joyeux drilles parmi lesquels Alain Snyers, Daniel Daligand, Jean Rault. Je doute que le nom de Roussel soit encore connu, s'il l'a jamais été d'ailleurs, et que ses thuriféraires aient même vraiment lu ses livres. Qu'importe ! Ce manque d'audience est d'autant plus beau que le geste littéraire de Roussel persiste à travers les âges, contredisant toutes les logiques humaines, commerciales et littéraires.