La littérature sous caféine


mardi 20 janvier 2026

Ultra pampa



Dans l'étonnant Familistère de Guise je découvre la série Ultra Pampa d'Alexa Brunet qui me frappe par sa tendresse et son humour... Quel regard porte exactement l'artiste sur cette population des Hauts de France marquée par une pauvreté grandissante depuis la catastrophe de la désindustrialisation ? L'effet de réel est sidérant. Cela me rappelle mes propres pérégrinations dans la région quand je préparais l'écriture des "Petits Blancs". Je sais que le terme est souvent contesté, je me doute que l'artiste ne l'utiliserait pas forcément, et pourtant je persiste à croire à la fois dans sa pertinence et dans son avenir.

Stephen King réaliste

Et si Stephen King donnait le meilleur de lui-même dans les romans courts et réalistes ? Je tombe sur une pépite méconnue au titre impossible, "Rita Hayworth ou la rédemption de Shawshank", que je lis après avoir vu le formidable "Évadés" (1994, Tim Robbins, Morgan Freeman) qui s'en inspire. Ses romans fantastiques sont parfois divins ("Shining"), parfois foutraques ("Le fléau"), parfois baroques dans le mauvais sens du terme ("La tour sombre"). Là, c'est un festival de scènes mémorables et de morceaux de bravoure dans une veine sociale et gouailleuse qui n'appartient qu'à lui. On retrouve l'un de ses deux angoisses foncières, avec les supplices imposés à l'enfance : l'enfermement et les sévices qui peuvent en découler. On dirait du Maupassant passé par le crible d'Easton Ellis et de Bukowski.

mardi 13 janvier 2026

Ernest

Jean-Michel Djian a bien raison de vouloir réhabiliter Ernest Renan ("Ernest Renan, le géant oublié", 2025). Outre l'imparable "Qu'est-ce qu'une nation ?", indispensable quand on veut réfléchir au sujet (j'y avais bien sûr fait référence dans "Les petits Blancs" puis "La révolte des Gaulois"), on lira avec profit le merveilleux "Souvenirs d'enfance et de jeunesse". Renan y raconte comment son goût pour la démarche scientifique a peu à peu dissous sa foi catholique. Pour autant, il n'a pas perdu son ardent idéalisme. Son parcours est un condensé de la psyché française ! La mère aînée de l'Eglise devenue fervente laïque... On pense à la fameuse thèse du "christianisme, religion de la sortie de la religion" de Marcel Gauchet. Et l'on dirait le premier des fameux "catholiques zombies" d'Emmanuel Todd.

Brigitte

Le ciné-club que j'anime en prépa ressemble à un cimetière d'éléphants. J'y rends hommage à des acteurs et réalisateurs disparus ou à d'autres qui achèvent leur carrière. Souvent, je sous-estime l'évanouissement d'anciennes gloires dans la mémoire collective. Pire, je mesure mal le mauvais effet que certaines mises en scène, certains scénarios font désormais sur le spectateur. Brigitte Bardot fait partie de cette galerie de fantômes. J'avais cru, voilà cinq ans, ranimer chez les étudiants un certain goût du charme et de la liberté. "Et Dieu créa la femme" a suscité le malaise : les simagrées de l'actrice, la gifle qu'elle reçoit de Trintignant n'ont pas plu... Quant à sa beauté, je ne crois pas qu'elle ait inspiré beaucoup d'émoi. O tempora...