Je connaissais le nom de Gabriel Matzneff, mais je n’avais lu de lui qu’un livre qui m’avait semblé léger, Boulevard Saint Germain (Editions du Rocher, 98). Et il a suffi que je tombe en janvier dernier sur les Carnets Noirs, le dernier volume en date de son journal, pour que la force sensuelle de cet auteur m’éclate à la conscience, son étonnante aptitude au bonheur et sa prose splendide, facétieuse et classique à la fois.

Que l’essentiel de ses propos concerne son amour « pour les moins de seize ans » (et maintenant pour les femmes ayant quarante ans de moins que lui), ça n’a guère d’importance… Ce que je trouve beau, c’est le fond de bonheur sur lequel se détache cette quête effrénée du plaisir. Il est finalement très rare que les journaux d’écrivains soient heureux : la plupart du temps, on y découvre des peurs, des contrariétés dont la ronde toujours recommencée provoque l’écœurement. Matzneff ne nous épargne pas ses obsessions, mais il les déploie sur le mode majeur de l’accomplissement jouisseur. Amours, bonne chair, voyages… Le tout saupoudré de quelques désillusions, si ponctuelles qu’elles y paraissent à peine.

« J’aimerais que mes livres aident de futurs jeunes lecteurs à se pénétrer de la conviction que même dans notre monde hyper fliqué, uniformisé, où la singularité est de moins en moins admise, il existe une réelle possibilité d’être un esprit libre, d’avoir une existence hors norme, au nez et à la barbe des professeur de morale et des sycophantes. Pour cela, il faut la santé, le courage, l’indifférence souveraine au qu’en-dira-t-on, la foi en sa bonne étoile et – last but not least – comprendre que la félicité ne réside pas dans la possession mais dans la dépossession, que pour être heureux nous devons sans cesse nous dépouiller, nous alléger. » (Carnets Noirs, p 282)

Impressionné par la liberté de ton de Gabriel Matzneff, et par l’excellente tenue de son volume, j’ai tout de suite pensé envoyer mon dernier manuscrit aux éditions Léo Scheer, Suicide Girls. Ce roman tardait à intéresser Flammarion, depuis que l’éditrice qui s’était chargée de publier Azima la Rouge n’y travaillait plus.

Quelques semaines ont suffi pour que je signe un contrat de publication. Et c’est avec le charmant et professionnel Florent Georgesco que je m'attelle en ce moment-même à la relecture de Suicide Girls. Inspiré pour moitié de l’histoire d’une amie, ce texte raconte l’histoire d’un jeune homme basculant dans ce qu’il appelle « le monde noir », c’est-à-dire un monde peuplé de jeunes femmes suicidaires. Subjugué par leur mystère, il connaîtra l’amour avec l’une d’elles, un amour périlleux… Roman terrifiant à bien des égards, mais porté par une vraie douceur. J’y ai mis beaucoup de moi-même et je suis fier de participer à la rentrée littéraire, le 25 Août prochain, aux côtés d’un écrivain parmi les plus prestigieux et les plus iconoclastes d’aujourd’hui… Profitant de cette occasion, je relance aujourd’hui ce blog dont les billets accompagneront le chemin vers la publication.